Teinture : A chacun sa technique et son secret

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Presque tout sur la teinture du bazin. Visitons ce monde teinté de belle couleur attirante.

Aminata Sacko teinturière à Magnambougou est follement amoureuse de son métier. Voulant savoir davantage sur la teinture, nous nous sommes rendus à l’atelier de la teinturière. Avec plus d’une quinzaines d’employées, entourées de baignoires et de grands fourneaux, ces dames font un travail remarquable. La confection du bazin teint à l’indigo passe par plusieurs étapes, selon Aminata la teinturière. « D’abord il faut bouillir l’eau, ensuite mélanger les couleurs. Après que le bazin soit dans la teinture, on le sort et on l’enfouit dans de l’eau propre. Trois baignoires alignés, le bazin fait le tour de chacun d’eux afin d’enlever l’acide et terminer sa course dans l’amidon pour qu’il soit dur, rigide et bien brillant ». Après l’amidon, le bazin est étalé au soleil jusqu’à ce que ça soit sec et amener chez le tapeur. Du retour chez le tapeur, le bazin revient à son état presque normal. Il y a plusieurs couleurs comme le vert citron, ficha, le somon, la move, plusieurs teintures sont fusionnées pour avoir une seule couleur. Cette technique est empruntée  pour la teinture du bazin à couleur unique.

En plus de la teinture unique, le bazin peut aussi être coloré à plusieurs dessins.

Tout d’abord, le bazin est attaché pour y mettre des dessins. « On l’attache pour former le dessin puis on le met dans la teinture jusqu’à trois couches. On l’attache après chaque couche. On le déplie et le défait après chaque teinture afin d’avoir des dessins et différentes couleurs sur un même bazin », témoigne Mme Sacko. Les attaches ont aussi leur nom dont le Ticafarani, Malofarani, City, Potipoti, Sankaba. Le basin attaché et teinté peut prendre une longue durée de 15 jours à 3 mois selon le modèle. Le modèle appelé « Djokoromè sirili » (du nom d’une ethnie au Mali) dure trois mois envié beaucoup par les femmes « Djokoromè ». Le prix varie selon le modèle et le travail abattu, selon Aminata. Les attaches sont défaites à l’aide d’une lame avant d’être amené chez le tapeur. Toutes déterminées avec des gants à la main, un cache-nez pour se protéger car les produits qu’elle va toucher sont toxiques et l’eau est très bouillante, Aminata trempe et retrempe le bazin blanc dans la teinture. Dans une fumée chaude, le bazin commence à changer de couleur. Il devient de plus en plus bleu-ciel. C’est ainsi que ces battantes sont à cheval pour la valorisation de leur art.

Le bazin Getzner

Le bazin est un tissu de couleur blanche avec des motifs. Il est fabriqué en Allemagne. Il y a plusieurs qualités de bazin, le bazin riche, le moins riche, le deuxième et le Leger. Il y a aussi plusieurs marques de bazin, le « Gagny Lah », le « HC », le « Getzner », le « Gumaci », etc.

Vendu généralement par mètre chez les vendeurs, le bazin nous accompagne dans toutes nos cérémonies.

 Un tour au marché de Sogoniko, dans la boutique Niangadou et Mamadou Djigué

Il était 13h. Le soleil battait son plein. Il avait plu le lendemain. Des flaques d’eau encombraient la petite cheminée qui mène à la boutique Niangadou&Mamadou Djigué. Une grande boutique de vente de bazin au marché de Sogoniko.

Devant la boutique, une femme vendait de la farine. Un autre jeune était débout à côté d’une charrette qui contenait des accessoires de téléphone, kits-oreilles et des chargeurs. À son tour, il faisait son petit commerce.

La boutique s’imposait de par sa grande plaque sur laquelle, on pouvait lire ‘’Niangadou&Mamadou Djigué’’. Un groupe de jeunes faisait du thé devant la boutique. À l’intérieure, des gens faufilaient. Une odeur fraiche et parfumée accueillait une fois à l’intérieur. Un vendeur nous dira que c’est le bazin Getzner qui sent bon comme ça. Un grand comptoir sépare les clients des vendeurs. On voyait des bazins de multiples couleurs arrangés sur des étagères. Ils étaient classés selon les qualités, les couleurs et le prix.

Certains clients, la plupart des femmes faisaient des aller-et-retours. Trois jeunes vendeurs leur livraient le bazin demandé. Elles dépliaient, observaient à l’endroit et à l’envers. Souvent elles les retournaient pour faire un autre choix ou l’achetaient définitivement. C’est dans ce bruit que continuait le petit marchandage entre clients et commerçants dans la boutique Niangadou&Mamadou Djigué.

Satisfaite après son achat, Mariam Bah, une cliente, confie que pour elle, sans le bazin, il n’y a pas de fête. (On est à l’approche de la fête). « Le bazin est plus important que le mouton pour nous les femmes », dit-elle en souriant. « Surtout le Getzner qui est aujourd’hui la marque réputée. Quand on porte le Getzner, on se sent plus élégante. On est enviée parmi les autres et ça montre qu’on est  le ‘’sanfin’’, l’adorée de son mari», a-t-elle martelé. Mariam Bah prend congé de nous. Elle quitte la boutique avec son sachet marque Niangadou&Mamadou Djigué en main. D’autres femmes continuent à chercher leur choix parmi les milliers de bazins étalés sur les placards. Et patiemment trois jeunes sont là derrière le comptoir pour leur donner les bazins qu’elles laissent ou achètent.

«Le commerce est un dur travail. On passe la journée à discuter avec les clients pour parvenir à un terrain d’attente », a soupiré, Ousmane Niangadou, le promoteur principal de la boutique.  Pour le commerçant import-export, le bazin est presque dans toutes nos coutumes. « À chaque évènement, le bazin est présent. Quand on est habillé en bazin, on est plus considéré comme responsable plus que la plupart des styles et habillements», dit-il avant d’ajouter que « les gens n’ont pas d’argent maintenant, le pays va mal. Mais allhamdoulilah on remercie Dieu. Les clients viennent surtout en cette période de fête. Mais pas comme les autres années compte tenu de la situation actuelle de notre pays ».

Maintenant, ça va, surtout à l’approche des fêtes, le bazin est l’une des principales préoccupations pour les femmes, a-t-il conclu, avec un petit sourire aux lèvres.

Les trois jeunes continuaient de faire descendre les bazins pour les soumettre au choix des clientes. Le Getzner bat le record. Il demeure le bazin le plus acheté pour le moment sur le marché.

Pour Sidiki Niaré, promoteur de la marque Niaré couture ils gagnent plus avec le Getzner que le bazin teinté. Sidiki Niaré est tailleur et promoteur de  la marque Niaré couture. Il dit coudre tous  les genres de tissus  à savoir le wax, le bazins et le Getzner.

Selon Sidiki Niaré, avec l’arrivée du bazins Getzner, les tailleurs couturiers se sont sentis  plus à l’aise. Cela a été un plus pour eux. Dit-il. « Nous nous gagnons plus sur le que sur le bazins teinté», a confirmé le promoteur de Niaré couture. Pour exemple, le prix du modèle est déjà connu avec le bazin, explique-t-il. Par contre avec le Getzner, vu que le prix d’achat est cher, il faut aussi un très beau modèle. Qui s’avère être aussi cher automatiquement. En plus de cela, le Getzner est aussi facile à coudre. « Avec lui, on se sent à l’aise contrairement au bazin qui est  plus rigide ». Le Getzner est plus facile à manier et le tailleur est le premier à être content du travail. « Le Getzner s’achète cher et se coût cher», termine t’il.

AMARY COULIBALY

De la daba au tapeur de bazin

 Âgé de 33 ans, Amary a choisi le domaine du bazin. Le natif de Bougouni a voué sa vie à son bâton comme tapeur de bazin.

Issu d’une famille pas très aisée, le jeune décide de venir à Bamako pour tenter sa chance. Venu pour être gardien au début, il découvre ce métier dont il tombe fou amoureux. Il commence comme apprenti en 2007. Après 6 ans de dur labeur, il parvint à avoir son propre atelier au centre du marché de Banankabougou. Il raconte qu’arriver à Bamako, la seule chose qui l’a impressionné, c’était le style. Surtout le bazin, dit-il, tout beau, et éclatant envié par bon nombre de personnes. « Alors j’ai opté pour ce travail, embellir les gens ».

Après plusieurs années d’expériences acquises, Amary gagne la confiance de ses clients et arrive à s’imposer sur le marché du bazin comme ‘’tapeur’’.  La bonne confection d’un bazin est l’œuvre de plusieurs personnes, dit-il. C’est la concentration de toute une chaine qui y travaille dure pour la satisfaction de la clientèle.

D’abord les commerçants, les teinturières, les attacheurs et nous les tapeurs, pour finir par les tailleurs. Ayant dans son atelier 7 autres jeunes hommes tapant sans relâche les bazins avec un bruit si fort que souvent on a du mal à s’entendre. Fiers, déterminés et robustes par ce dur travail, les apprentis de Amary sont toujours actifs. Issa Fofana apprenti témoignage, « je travaille avec Amary il y a plus de 5 ans. Il m’a appris tout ce que je sais. Nous avons beaucoup de travail dans tout le marché quand tu parles de nous toute suite on te conduit jusqu’ici on est très connu ».

« La plupart de nos clients sont satisfaits. C’est pourquoi, ils reviennent à chaque fois », s’est-il vanté. Aux dires d’Amary, la plupart de leurs clients sont des femmes surtout les teinturières. « Par jour, on peut battre jusqu’à 30 complets. Par contre à l’approche des fêtes, nous pouvons battre plus d’une centaine de complets. Nous sommes débordés jusqu’à ne plus prendre des habits de la dernière minute. Les complets sont battus selon la volonté du client. Le prix varie entre 500 à 3000 F CFA », précise-t-il. Il avance qu’avec ce métier, « je subviens aux besoins de toute  une dizaine de personnes. Ma femme, mes 4 enfants et aussi mes frères et sœurs au village ».

Amary et le Getzner…

« Franchement, avec l’apparition du Getzner, nous constatons un frein pour ne pas dire un coupe-surcuit dans cette chaine. Il y a tout un secteur qui a commencé à chavirer, disparaitre à petit feu », soupire le jeune Amary d’un air triste. « Les Chinois ont gâté le marché et rien ne fonctionne comme avant. Nos grands clients ont tous opté pour le Getzner et notre secteur est désormais en dépression », regrette-t-il avant de signaler que « Les majeurs parties des tapeurs sont partis dans les mines ou en aventure ». « Il n’y a pas de marché, le Getzner vient avec toutes ses couleurs, il est teinté d’origine et on ne peut pas le taper non plus car il est très fragile », précise le jeune. « Les teinturières, les attacheurs et  nous les tapeurs sont, tous, écartés du marché», explique-t-il. « Nous prions Dieu pour le changement, sinon nous sommes appelés à disparaitre dans les jours à venir », martela Amary qui est aujourd’hui sans espoir avant de lancer un appel, « nous faisons appel au gouvernement pour la mise en valeur de l’artisanat. Ce travail est toute ma vie, je ne me vois pas exercer d’autres métiers. Elle m’a tout donné et je suis fier de mon travail », affirme-t-il. Il rappelle qu’il n’y a pas de sots métiers mais des sottes gens. « Il faut juste avoir l’amour du métier que tu fais et Dieu te viendra à l’aide », conclut-il.

Micro-trottoir

Que pensez-vous du ?

Le Getzner étant le bazin star du moment sur le marché, nous avons jugé nécessaire de tendre l’oreille à l’appréciation de quelques fans.

 Kadidiatou Yattara (étudiante)

« Le est un tissu très joli et éclatant. Disponible en plusieurs couleurs, fine au touché et très léger aussi. Même si le prix est un peu élevé, il faut reconnaitre que c’est de la bonne qualité donc ça en vaut le coup. Le Getzner est très cher et le prix varie selon les couleurs de 10000 et 12500 F C. Si ce n’est pas les moyens je porterai que le ».

Haïdara Sétou Coulibaly (femme ménagère)

« Le Getzner nous cause beaucoup de problèmes. À chaque mariage ou baptême, nous les femmes sommes obligées de faire des uniformes. Avec le Getzner c’est très couteux. Pour l’achat de trois mètre de Getzner il faut à peu près 30 000 F CFA et cela n’a rien à voir avec le prix de la couture, qui varie de 20 000 F CFA ou plus. Alors que si on donne ces 50 000 F CFA à l’intéressée ça va tellement l’aider, avec ce monde qui est de plus en plus cher».

Moussa Djiguiba (chef de famille)

« Avec l’arrivée du Getzner nous, chef de famille, sommes dans des problèmes. Les femmes ne veulent porter autre chose que ça, or c’est cher. Avec des petites querelles chaque soir, tu es obligé de l’acheter. Elles ne s’inquiètent même plus des autres charges quand il s’agit de l’achat de Getzner. Tout homme veut que sa femme soit la meilleure de toutes. Mais la fin justifie les moyens malheureusement ».

Aïchata Cissé (commerçante)

« Quand le monde évolue, il faut faire avec. Maintenant c’est le Getzner qui est à la mode. Moi à chaque événement, je porte que du Getzner même si toutes mes économies y restent. Seulement que je ne passe pas inaperçue dans la foule ».

Ali Togola (un jeune citoyen)

« Le Getzner est un tissu très cher. C’est pour les riches. Un mètre de Getzner fait 10 000 F CFA. Pourquoi pas un jean et un t-shirt. Les trois mètres font 30 000 F CFA plus la couture, c’est trop moi, je ne peux pas. Dans la vie, il faut voir sa position pour faire les choses. Tout le monde aime être beau et bien vêtu. Mais pour moi, le Getzner c’est une futilité. C’est tout ça qui a mis ce pays en retard. Nous faisons tout pour les yeux des gens pour ensuite tomber dans des problèmes ».

Sory Diallo (étudiant)

« Les bazins et Getzner, moi j’en porte très rarement. Je préfère le style européen et américain. Plus léger et plus jeune. Un jeune c’est les jeans, les bodies, les belles chemises. Mais les prix sont presque égaux. Il y a des jeans à 17 000 F CFA et des chemises à 30 000 F CFA. C’est une question de choix ».

 

Dossier réalisé par

Aboubacar Sidiki Diarra

(stagiaire)

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