Goongan Tan : Algérie : Tebboune protège les rebelles du nord et condamne les migrants du sud à l'errance désertique

La 59è session du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, ouverte le 16 juin et prévue jusqu'au 9 juillet 2025 à Genève, a de nouveau mis en lumière les pratiques préoccupantes de l'Algérie sous la présidence d'Abdelmadjid Tebboune

28 Juin 2025 - 01:52
27
Ecouter cet article
Goongan Tan : Algérie : Tebboune protège les rebelles du nord et condamne les migrants du sud à l'errance désertique
00:00
Goongan Tan : Algérie : Tebboune protège les rebelles du nord et condamne les migrants du sud à l'errance désertique

Sous couvert de souveraineté nationale, Alger poursuit une politique systématique d'expulsions massives de migrants subsahariens, notamment en direction du Niger. Ce contraste saisissant entre les discours diplomatiques et les actes concrets révèle ce que nombre d'analystes, dont votre serviteur, dénoncent depuis des années : un double langage fondé sur un racisme latent et une stratégie d'influence régionale manquée.

Sous Tebboune, les expulsions se sont intensifiées et sont désormais teintées d'une rare brutalité, méthodiquement organisées et parfaitement connues des autorités africaines. Les chiffres sont éloquents : plus de 30 000 migrants subsahariens ont été expulsés vers le Niger en 2024, contre 26 000 l'année précédente. Selon l'ONG Alarme Phone Sahara (APS), 16 000 d'entre eux (depuis avril seulement) ont été refoulés dans des conditions inhumaines. Hommes, femmes et enfants sont régulièrement abandonnés dans la zone désertique dite de " point zéro ", entre Tamanrasset et Assamaka, une région sans infrastructures, sans eau, sans soins et sans abri. Un lieu qui ressemble davantage à un no man's land de relégation qu'à un point de passage humanitaire. Ce traitement indigne infligé à des êtres humains, uniquement en raison de leur couleur de peau et de leur origine, soulève l'indignation au-delà des cercles militants. Le Réseau de formation, de recherche et d'action sur les migrations africaines (REFORMAF) a d'ailleurs déclaré sans ambages que l'Algérie est " directement responsable de la mise en danger délibérée de milliers de vies humaines ". À Genève, le rapporteur spécial sur les droits des migrants, Gehad Madi, a relayé avec force ces alertes lors d'un échange interactif, dénonçant la brutalité d'un système d'" évacuation " institutionnalisé.

    Au Sahel, et particulièrement à Niamey, vers où les migrants sont refoulés, l'indignation est à son comble. Le général Mohamed Toumba, ministre nigérien de l'Intérieur et de la Décentralisation, a condamné fermement ces renvois massifs qu'il juge contraires aux principes de coopération régionale et aux traités internationaux. Lors d'un entretien avec le directeur de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), il a exprimé sa colère, qualifiant ces actes d'" inacceptables ". Ce rejet diplomatique n'a toutefois pas empêché Alger de persister dans sa logique de " nettoyage migratoire ", dissimulée sous l'alibi de la sécurité intérieure.

    Mais peut-on vraiment dissocier cette politique migratoire d'une stratégie géopolitique plus large ? Pour beaucoup d'analystes, les flux migratoires subsahariens sont devenus un levier de chantage et d'influence pour l'Algérie, notamment vis-à-vis de ses voisins sahéliens. Cette instrumentalisation des migrants sert à renforcer une position dominante dans un espace régional de plus en plus instable.

    Ce paradoxe entre discours panafricaniste et pratiques xénophobes est au cœur du malaise. L'Algérie continue de se présenter comme un pays " frère " de l'Afrique, fort de son héritage anticolonial et de son engagement passé en faveur des luttes de libération. Mais cette façade ne résiste pas à l'examen. Derrière le vernis idéologique se profile une politique de realpolitik froide et condescendante, où les pays d'Afrique subsaharienne sont traités comme des variables d'ajustement.

    Le Mali, dans ce contexte, ne se laisse plus duper. Alors que Bamako affirme haut et fort sa souveraineté dans la gestion de la crise du Nord, où djihadisme, rébellions touarègues et influences extérieures s'entremêlent, Alger n'a cessé de manœuvrer en coulisses, parfois en soutenant discrètement certaines factions de Kidal. Une tentative de médiation biaisée que les autorités maliennes ont catégoriquement rejetée, préférant assumer seules la gestion de leur territoire. Cette résistance à l'influence algérienne marque un tournant : elle témoigne d'une nouvelle volonté de rupture avec les logiques paternalistes et néocoloniales, même lorsqu'elles émanent d'un pays du Sud.

    Le rejet de cette ingérence voilée est à la fois salutaire et porteur d'espoir. Il renforce l'idée d'un panafricanisme de responsabilité, où la solidarité entre États ne peut exister que sur la base du respect mutuel et de l'égalité réelle. Le Mali, en affirmant sa position, trace une voie que d'autres pourraient suivre : celle d'une coopération franche, débarrassée des doubles discours et des arrière-pensées.

    Face à cette duplicité algérienne : bienveillance de façade au nord du Mali, brutalité cynique envers les migrants noirs, le continent " noir " se doit de réagir. Les migrations ne sont pas un fléau. Elles sont une expression de la vie, du courage et de l'espoir. Les condamner à l'errance désertique, c'est aussi condamner toute ambition panafricaniste sincère.

    Tant que les migrants noirs seront traités comme des déchets humains et non comme des citoyens africains à part entière, toute prétention à l'unité continentale restera vide de sens.

Seidina O DICKO

Quelle est votre réaction ?

Like Like 2
Je kiff pas Je kiff pas 1
Je kiff Je kiff 0
Drôle Drôle 0
Ouah Ouah 0
Triste Triste 2
Hmmm Hmmm 2

Commentaires (58)

User
Africain
Africain 1 an
Personne ne dictera sa loi aux vaillants, courageux, honorables touarègues. https://www.youtube.com/watch?v=PWNavdEnuB8
Kinguiranke
Kinguiranke 1 an
Alors c'est la meme chose pour les vaillants, courageux, honorables Soninke, Bambara, Sonrai, Bobo, Bozo, Khassonke, Maninka, Senoufo, Peuls, etc....
Kankan
Kankan 1 an
We must greatly improve control of our borders. It seems as border control upgrade hindering terrorists movement Algeria is making Ubuntu migrants it possess problem for us. Migrants need focus at improving living conditions in their nations as opposed to cowardly running off to non Ubuntu governed nations in hope of improving their living conditions. Jahadists or/ plus extremists that use violence are terrorists plus traitors in many instances plus should be referred to as being that nothing different. Within Muslim faith jahadists are viewed as honorable. There is nothing honorable about jahadists murdering, raping, kidnapping, injuring, robbing plus destroying property. Those are worst of criminal acts. Terrorists are criminals. Definition of word terrorist unlike definition of word jahadists denotes person that commit evil criminal acts. That is why we urge all to use terrorists instead of jahadists. Africa First. People of Books. Henry Author Price Jr aka Kankan
Matt4
Matt4 1 an
Les Maliens doivent rester au paradis AES au lieu d'envahir en masse les pays voisins.
Kinguiranke
Kinguiranke 1 an
Les chiens aboient mais la caravane passe!
KAMANKOLE
KAMANKOLE 1 an
L'Algérie a toujours traité les migrants noirs moins que des déchets humains. C'est une forme de revanche contre les subsahariens en majorité expulsés. L'avènement de l'AES a fait perdre à l'Algérie sa stratégie d'influence régionale et a mis à nu sa duplicité dans le discours.
TankerTanker
TankerTanker 1 an
L’Algérie est parfaitement dans son droit souverain de décider qui est le bienvenu sur son territoire et qui ne l’est pas. Aucun pays, quel qu’il soit, ne peut dicter à l’Algérie sa politique étrangère ou ses choix de coopération. L’Algérie a toujours agi dans le respect de la souveraineté des États, y compris celle du Mali, et son rôle de médiateur n’a jamais été imposé, mais demandé et reconnu à l’international. Si aujourd’hui le Mali choisit de prendre une autre voie, cela relève pleinement de son droit souverain. Mais il est malhonnête de travestir l’histoire en accusant l’Algérie de "paternalisme" ou de "néocolonialisme", des termes totalement déconnectés de la réalité. L’Algérie n’a jamais colonisé personne. Bien au contraire, elle a toujours soutenu les luttes de libération des peuples. Enfin, que chacun balaie devant sa porte. De la même manière que le Mali estime être en droit de gérer seul ses affaires internes, l’Algérie est tout autant fondée à refuser sur son territoire tout acteur, toute influence ou toute posture qu’elle juge contraire à ses intérêts, sa sécurité et sa souveraineté. La souveraineté n’est pas à géométrie variable. Elle vaut pour tous, ou elle ne vaut pour personne.
TankerTanker
TankerTanker 1 an
@you, Tu parles de faits, mais tu répètes des slogans vides de sens. L’Algérie n’a jamais eu besoin de masquer ses échecs derrière la drogue légalisée ou la mise en vitrine d’un modèle faussement rayonnant. Pendant que ton « champion régional » vend du cannabis sous prétexte économique et court derrière des reconnaissances diplomatiques à coups de compromis honteux, l’Algérie reste fidèle à ses principes, souveraine et respectée pour son indépendance réelle. Qualifier un pays de « militaro rétrograde » alors qu’on ignore tout de son histoire, de sa politique étrangère et de sa résilience, c’est juste de l’ignorance déguisée en opinion. Si tu veux parler de compétition régionale, commence par balayer devant la porte d’un royaume qui peine à cacher ses fractures sociales sous une façade touristique. Bref, ton discours est creux, orienté et indigne d’un débat sérieux.
you
you 1 an
Tu parles avec des grand principes. Les faits sont la pour juger. Les faits sont la! L'Algerie a un probleme interne et ses generaux sont depasses par la situation. Ss reserves monetaires sont suffissantes por resister mais sa situation est marginale. Le Maroc a gagne la competition regionale et l'ombre economique du Maroc rayonne a travers le Magreb. L'Algerie est un etat militaro retrograde.
Les commentateurs les plus actifs de la semaine:
  • Kinguiranke (150)
  • Nfp (83)
  • Citoyen du monde (45)
  • kan (28)
  • Sylla (25)