L’AES, la fédération ou la chute

La guerre sans fin : pourquoi l’impérialisme ne se fatigue jamais – et pourquoi l’AES doit devenir fédération

29 Jan 2026 - 12:23
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L’AES, la fédération ou la chute
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L’AES, la fédération ou la chute

L’Histoire est cruelle mais claire : les fauves chassent pour vivre, donc par nécessité biologique. Ils s’arrêtent quand le ventre est plein, ou quand le risque dépasse le gain.

Mais l’impérialisme, lui, ne chasse pas seulement pour manger.
Il chasse pour dominer. Il attaque par intérêt, par peur, et surtout par sentiment de supériorité structurelle : l’idée malsaine que certains peuples seraient nés pour commander, et d’autres pour obéir.

Voilà pourquoi l’impérialisme ne se fatigue jamais.
Il ne s’agit pas d’une politique : c’est une psychologie de caste, un réflexe de système.

Et c’est exactement la nature de la bataille qui se joue aujourd’hui contre l’AES.

I. La règle d’or : on ne pardonne jamais aux peuples qui se relèvent
L’impérialisme tolère beaucoup de choses :

des élections folkloriques,
des oppositions domestiquées,
des présidents «acceptables»,
des réformes sans rupture,
une souveraineté de discours.
Mais il ne tolère pas :
•  l’autonomie stratégique,
•  la reconquête de l’État,
•  la réhabilitation de l’armée nationale,
•  le rejet des tutelles,
•  et surtout la possibilité d’un modèle de contagion.

L’AES représente une menace non parce qu’elle attaque quelqu’un, mais parce qu’elle prouve que le destin n’est pas scellé, que le Sahel peut se gouverner, se défendre, et réécrire ses contrats.

C’est cela que l’empire veut casser.

II. Les valets locaux : l’arme impériale la plus efficace
L’impérialisme a compris depuis longtemps une vérité simple :
il est moins coûteux d’acheter un pays que de l’envahir.

Le colonisateur du XXIe siècle n’a plus besoin de débarquer.
Il lui suffit d’activer :

des relais médiatiques,
des ONG-écrans,
des réseaux d’influence,
des «experts» télévisuels,
des partis opportunistes,
des syndicats manipulés,
des officiers achetés,
des «leaders d’opinion» nourris.
Le valet local est le missile le moins cher.

Exemple historique : la chute de Thomas Sankara n’a pas été réalisée par une armée étrangère débarquant à Ouagadougou, mais par une mécanique interne activée et exploitée. Ce schéma s’est reproduit partout : Iran 1953, Congo-Lumumba, Chili 1973, etc. L’instrument change, la logique demeure.

III. La leçon brutale de la Chine : aucune puissance ne survit avec des services infiltrés
Ce qui se passe en Chine aujourd’hui est une alerte stratégique mondiale.

La direction chinoise a enclenché une purge sécuritaire d’une ampleur historique, touchant le sommet de la hiérarchie militaire. Des figures majeures sont soupçonnées de violations graves, d’activités illégales, voire de trahison et de transmission d’informations sensibles à une puissance étrangère.

Conséquences immédiates :

enquêtes au sommet,
sécurisation renforcée,
suspicion généralisée,
réorganisation autoritaire,
discipline réaffirmée,
verrouillage des centres de pouvoir.
Le message central est clair :

Une armée infiltrée est une armée déjà vaincue.
Un État infiltré est un État déjà colonisé.

Et la Chine ne traite pas cela comme un débat de salon.
Elle le traite comme une question de survie nationale.

IV. Ce que l’AES doit comprendre : l’ennemi préférera toujours la trahison à la bataille
Ne soyons pas naïfs : face à l’AES, l’impérialisme ne misera pas d’abord sur les chars et les bombes. Il misera sur :

la corruption ciblée (financer la rupture interne),
la guerre psychologique (fabriquer le doute),
les fractures ethniques et sociales (provoquer l’implosion),
le sabotage économique (asphyxier),
l’isolement diplomatique (délégitimer),
l’infiltration des forces armées (décapiter),
la trahison institutionnelle (judiciaire/administrative).
L’objectif n’est pas seulement de faire tomber un régime.
L’objectif est plus profond :

→ empêcher la naissance d’un modèle souverain durable au Sahel.

V. Le premier bouclier : la Fédération AES
C’est ici que votre intuition est capitale.

L’AES doit franchir un seuil historique : passer à la Fédération.

Pourquoi ? Parce que la Fédération :

dilue les vulnérabilités de chaque État,
mutualise le renseignement, la défense, la diplomatie,
ferme les brèches qu’exploitent les adversaires,
impose une profondeur stratégique,
rend le renversement plus difficile (on ne renverse plus un pays : il faut casser un bloc).
L’impérialisme n’a jamais peur d’un État isolé.
Il a peur des ensembles.

C’est pourquoi :

il a combattu les tentatives d’unité africaine,
il redoute la consolidation régionale,
il attaque toute intégration réelle (pas symbolique).
La Fédération AES est donc un premier palier de blindage systémique contre la guerre hybride occidentale.

VI. Deuxième bouclier : cohésion sociale + soutien stratégique aux autorités
Il faut dire une chose sans hypocrisie :
quand une nation est assiégée, l’ambiguïté devient une trahison involontaire.

Les peuples doivent comprendre :

on peut critiquer dans les formes,
on peut exiger des résultats,
on peut refuser l’injustice,
mais on ne doit jamais :
•  fragiliser l’autorité stratégique,
•  briser l’unité nationale,
•  ouvrir la porte aux réseaux impériaux internes.

Car c’est là que l’empire gagne : quand le peuple détruit ses propres digues.

VII. Les 10 conseils «béton» à l’AES (doctrine de survie souveraine)
1) Doctrine anti-infiltration
Créez une cellule fédérale AES de contre-ingérence :

audits permanents,
traçage des patrimoines,
contrôle des communications sensibles,
test de loyauté stratégique dans les unités critiques.
2) Sécuriser les forces armées
La Chine l’a compris :
on ne modernise pas une armée avec des traîtres.
Il faut une discipline impitoyable mais rationnelle.

3) Neutraliser les relais «soft power»
Tout pays a des ONG et médias.
Mais un pays souverain distingue :

société civile nationale,
outils de déstabilisation étrangers.
4) Guerre narrative
Une AES muette est une AES vaincue.
Il faut :

une doctrine de communication,
des porte-voix crédibles,
des preuves documentées,
des récits structurants (souveraineté, dignité, justice sociale).
5) Économie de guerre
Face aux sanctions/pressions :

autonomie alimentaire,
monnaie et paiements résilients,
chaîne logistique sécurisée,
contrôle stratégique des ressources.
6) Justice anti-collaboration
La trahison ne doit plus être un débat moral,
mais une catégorie pénale rigoureuse.

7) École et conscience historique
Un peuple sans mémoire est une proie.
Il faut enseigner :

les mécanismes de domination,
les coups d’État téléguidés,
les stratégies de division.
8) Diplomatie en blocs
Toujours négocier en format AES.
Toujours internationaliser.
Toujours diversifier les partenariats.

9) Sécuriser les capitales
Les vidéos de convois militaires à Pékin, le verrouillage sécuritaire, les purges : c’est brutal, mais instructif.
L’AES doit sécuriser :

centres de décision,
infrastructures énergétiques,
télécoms,
banques,
dépôts stratégiques.
10) Fédération ou étouffement
L’AES doit annoncer un calendrier fédéral clair.
Le flou est dangereux :
il donne du temps à l’ennemi pour infiltrer et diviser.

Conclusion : La guerre contre l’AES ne s’arrêtera pas d’elle-même
Il faut regarder la réalité en face :

L’impérialisme ne se repose pas.
Il ne se fatigue pas.
Il ne renonce pas.

Il ne considère pas l’AES comme un interlocuteur, mais comme une anomalie à corriger.
Et il n’admettra jamais :

l’égalité,
la réciprocité,
l’indépendance,
la souveraineté réelle.
Donc l’AES doit agir comme une puissance en construction :

discipline intérieure,
ciment social,
fédération stratégique,
contre-ingérence permanente.
Car dans ce monde, une vérité domine toutes les autres :

Les empires tolèrent les faibles.
Ils respectent les solides.
Et ils craignent les unis.

Dr. Eloi Bandia Keita

Source: https://reseauinternational.net/

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Commentaires (8)

User
Matt
Matt 9 mois
The three stooges...
MODIBBO
MODIBBO 9 mois
Bonjour Fanga, J'ai une grande admiration pour ton sens de l'analyse posée, sereine et lucide. Je suis entièrement d'accord avec tout ce que tu dis ici. On parle beaucoup de l'AES, mais à mon avis jusqu'à présent le système néocolonial est toujours en vigueur et, en dehors de la déroute infligée à l'armée néocoloniale et de quelques autres aspects, il me semble que nos décideurs n'ont toujours pas le courage de s'attaquer au gros menu, tant la tâche leur paraît redoutable, d'autant plus que dans nos pays, il y a toujours une foule de faux experts et intellectuels qui ne savent jouer qu'aux cassandres et qui sont toujours là pour ''mettre en garde'', ''appeler à la prudence'', alarmer, chaque fois qu'on veut lever le petit doigt pour entamer un changement. Ils sont toujours là à crier ''Attention! Attention! Attention!'' quand on évoque la moindre idée de création d'une nouvelle monnaie ou qu'on veut débattre de l'abandon du système monolingue, exclusiviste et assimilationniste du français et en français. As-tu remarqué que même les grands ''panafricanistes'' et influenceurs n'abordent jamais ce sujet? Probablement parce qu'eux aussi surfent sur la maitrise du français dont ils tirent tout leur prestige et pensent que ce serait se saborder que de prôner l'enseignement effectif et généralisé de nos langues maternelles? Or, si nous n'adoptons pas le système d'enseignement multilingue à même d'assurer la diversité culturelle et linguistiques de nos nations en lieu et place du système monolingue, exclusiviste et assimilationniste du français et en français, il ne fait aucun doute que toutes nos langues disparaitront dans quelques générations au profit du seul francais, cette langue qui nous est totalement étrangère et qui est surtout le principal instrument de notre asservissement et de notre soumission mentale et psychologique aux mains de la France. Nous ne pouvons pas garder la langue française, continuer à nous ''franciser'' et prétendre que nous luttons contre la domination française. Non seulement ça ne fait pas sérieux, mais c'est surtout une stratégie perdante et suicidaire à long terme car le français tue nos langues et nos cultures comme c'est d'ores et déjà très avancé dans certains pays africains tels que le Gabon ou la Côte d'Ivoire où au moins un tiers des enfants ne parlent déjà plus aucune langue africaine et ne s'expriment qu'en francais. Preuve de l'efficacité du génocide culturel et linguistique perpétré par la France et la francophonie. Donc soit nous faisons le choix du courage pour affronter les problèmes liés au changement, soit nous commettons notre propre suicide linguistique et culturel en laissant sciemment mourir nos idiomes de façon graduelle et imperceptible, par la promotion active du français. Pour beaucoup, rien n'est jamais possible et il faut toujours s'en tenir au statu quo alors même que nous savons tous que la situation actuelle est un échec sur tous les plans. C'est par exemple le cas pour le franc CFA. Il y a toute une foule ''d'experts'' qui sont là pour poser des conditions impossibles à remplir avant de créer notre monnaie. Et nous en sommes encore là à discuter, depuis des dizaines et des dizaines d'années, de la possibilité de créer le franc CFA alors même que nous voyons que partout, tous les autres pays du monde sans exception, ont leur propre monnaie et il ne leur arrive rien. Même de minuscules pays comme la Gambie, Sao-Tome et Principe, le Cap Vert, l’Érythrée, le Laos, Myanmar, l'Albanie, l'Islande, la Macédoine du Nord, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, etc. etc., tous avec leur monnaie distincte et séparée et ils ne s'en portent pas plus mal que nous. Mais chez nous on évoque cette question banale qui ne ferait même pas débat ailleurs que chez nous, tant elle va de soi, comme si c'était la fin du monde. Or, si nous n'avons pas le courage d'engager ces changements, je ne vois pas où est la souveraineté. Certes chasser l'armée française de nos terres était une avancée historique initiée par le grand peuple du Mali avec à sa tête l'intrépide Assimi Goita. Il y a aussi une prise de conscience salutaire sur la question du contrôle total de nos ressources minières ainsi que la dénonciation de la tutelle française à l'ONU. Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l'eau du bain mais la tâche qui est encore devant nous, dans notre marche vers la fédération pleine et entière, est immense.
Matt
Matt 9 mois
On chasse les Francais et on ramene les mercenaires russes. Drole de souverainté retrouvée . Lol
Kinguiranke
Kinguiranke 9 mois
Vive la Federation de l'AES souveraine independente et prospere pour le bonheur du peuple Sahelien! Honneur aux grands leaders er patriotes Presidents Assimi Goita Ibrahim Traore et Abdrahamane Tiani!
Bilout
Bilout 9 mois
fanga on s'en bat les couilles de ton avis de négro
Fanga
Fanga 9 mois
"L’AES, la fédération ou la chute" / J'ai cessé de prendre au sérieux ceux qui prônent la création d'une fédération entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. C'est vraiment, à ce stade, une mauvaise idée. La fédération avec le Sénégal n'a pas duré une année entre 1959 et 1960. Ni les peuples ni les élites de ces trois pays ne sont aujourd'hui prêts pour une véritable fédération, sans compter le fait qu'elle sera aussi sabotée par les impérialistes. Je dis "véritable" fédération, car l'AES actuelle est une "fausse" confédération. L'AES est une banale organisation intergouvernementale qui est même au Mali anticonstitutionnelle. Par exemple, l'AES dans sa devise dit que le Burkina Faso, le Mali et le Niger forment "un peuple". Il y a ici clairement incompatibilité avec la Constitution et la devise du Mali qui ne reconnaissent qu'"un peuple du Mali". Par ailleurs, dans AES, il n'y a pas de Cour de justice commune pour permettre le contrôle des actes adoptés par les chefs d'Etats et de gouvernement ou leurs représentants. C'est ici un recul du progrès du droit d'un siècle. / A mon avis, il faut avancer lentement avec cette AES, mais le faire très bien. Chaque pas qui est fait doit être sécurisé politiquement et juridiquement pour éviter le retour en arrière en cas de changement de régime. La priorité, à mon avis, c'est de compléter légèrement le cadre institutionnel et normatif de l'AES actuelle, puis de soumettre cette organisation d'intégration régionale africaine à l'approbation par référendum par les trois peuples concernés. / Il faut rester modestes dans la vie. Notre génération doit envisager de réussir l'AES à partir de la réussite dans chaque État membre qui passe nécessairement par la réussite dans les études et dans le travail. Il faut étudier, travailler et réussir au niveau national. C'est plus facile de réussir au niveau national, car on est désormais habitués à ce cadre. Il faut laisser aux générations suivantes le chantier de la concrétisation de l'idée de la fédération. Occupons-nous de nous entendre très bien dans l'AES, puis de sortir de la colonisation économique, monétaire et linguistique. Réussir durablement la sortie de la monnaie et de la langue exclusives françaises en faveur de notre monnaie commune et de nos langues africaines et d'autres langues de circulation internationale comme l'anglais, c'est pour notre génération un objectif extrêmement ambitieux et difficile à la réalisation duquel il faut travailler jour et nuit.
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