Derrière les chiffres record, les défis persistants de l'agriculture malienne

16 Avr 2026 - 11:12
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Derrière les chiffres record, les défis persistants de l'agriculture malienne
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Derrière les chiffres record, les défis persistants de l'agriculture malienne

La campagne agricole affiche des résultats en progression et des budgets revus à la hausse. Pourtant, les tensions sur les prix, les pertes post-récolte et la dépendance aux aléas climatiques continuent d’alimenter les interrogations sur la solidité du secteur.

Les données officielles présentées à l’issue de la campagne 2025 font état de 11,45 millions de tonnes de céréales, 433 700 tonnes de coton, plus de 157 000 tonnes de viande contrôlée, 17 238 tonnes de lait collecté et 122 671 tonnes de poisson. Pour 2026, les projections portent la production céréalière à 11,9 millions de tonnes, soutenue par un budget de 164,4 milliards de FCFA, en légère hausse par rapport à l’exercice précédent.

Ces chiffres traduisent une dynamique encourageante, portée par les aménagements hydro-agricoles, la récupération de superficies perdues et les efforts de mécanisation. Mais sur les marchés, la perception reste plus nuancée. Les prix de plusieurs produits de base demeurent élevés, sous l’effet des coûts de transport, des difficultés logistiques et des perturbations sur certains axes commerciaux.

Une partie du problème se situe entre le champ et le consommateur. Malgré les volumes produits, les pertes post-récolte continuent de peser lourdement sur la disponibilité réelle des denrées. Le manque de magasins de stockage, de chambres de conservation et d’unités de transformation réduit l’impact concret des performances annoncées.

La maîtrise de l’eau reste également un point sensible. Même si les autorités mettent en avant de nouveaux aménagements, une part importante de la production demeure encore fortement dépendante de la pluviométrie. Dans un contexte de saisons de plus en plus irrégulières, cette dépendance fragilise les prévisions et expose les producteurs à des risques récurrents.

La transformation locale constitue un autre défi majeur. Une grande partie des produits agricoles continue d’être écoulée à l’état brut, avec une faible valeur ajoutée sur place. Cette situation limite les revenus des producteurs et freine la création d’emplois dans les filières agroalimentaires.

D’autres pays africains ont engagé des approches plus intégrées. La Côte d'Ivoire a développé des chaînes de transformation dans plusieurs filières stratégiques, tandis que l’Ethiopie a investi massivement dans l’irrigation et les programmes céréaliers. Le Rwanda, de son côté, s’est appuyé sur les coopératives, l’encadrement technique et l’intensification agricole pour améliorer durablement les rendements.

Ces expériences montrent qu’une hausse de la production ne suffit pas à elle seule. Le véritable enjeu reste la capacité à relier production, stockage, transformation et commercialisation, afin que les performances annoncées se traduisent par une amélioration visible pour les producteurs comme pour les consommateurs. Tant que cette chaîne restera fragile, la question de l’efficacité des investissements publics et de la résilience du secteur continuera de se poser.

Cheick B CISSE