Fait divers : Pris à son propre PIÈGE

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    L”escroc pensait faire une excellente affaire. La victime ciblée s”est montrée plus futée qu”il ne l”imaginait

    La bonté est une valeur fondamentale dont personne ne songerait à remettre en cause le principe. Les prêcheurs nous disent chaque jour que "Dieu aime et récompense par le Paradis, celui qui fait du bien à ses prochains". Toute action généreuse apporte une double récompense. La satisfaction morale ici-bas et le salut dans l”au-delà. Par ailleurs le Tout Puissant ne laisse pas les âmes charitables sans protection. Cette protection est précieuse dans un monde où pullulent, malheureusement, les malfaiteurs. Parmi ceux-ci, il faut surtout craindre les escrocs. Sam Johnson et Mamy Zaza, deux ressortissants anglophones sont de cet acabit.

    L”histoire que nous vous proposons aujourd”hui remonte à un certain jour de février dernier. Mme Doumbia appelée "Bibi" est présidente d”une association s”occupant des enfants déshérités, dénommée ASE-Mali sise à l”ACI 2000. Ce jour, au cours d”une visite à l”hôpital "Mère-enfant, le Luxembourg", la dame au bon coeur tombe sur une patiente qui se tord de douleur. Celle-ci attend de subir une intervention pour enlever un "fibrome". Mme Doumbia "Bibi" la généreuse, s”approche de la malade pour lui proposer son aide. Elle fait ainsi la connaissance de Mamy Zaza une ressortissante libérienne.

    PERE "BANQUIER".

    La malade accepte ce secours spontané. Elle explique à la présidente de l”ASE-MALI, qu”elle n”a pas d”accompagnateur à l”hôpital. La philanthrope "Bibi" décide d”apporter son aide à la pauvre fille. En fin de journée, un homme prétendant être le mari de la Libérienne se présente au chevet de la malade. Il s”appelle Sam Johnson. Le jeune est libérien lui aussi. Après les présentations, le mari et Bibi échangent leurs numéros de téléphone.

    Une semaine plus tard, Mamy Zaza sort de l”hôpital. Mais Mme Doumbia continue à appeler Sam Johnson pour prendre des nouvelles de la santé de sa femme. Un jour, le couple se présente au siège de l”association avec une ordonnance en main pour solliciter l”appui de "Bibi" qui témoigne encore une fois sa générosité à la convalescente. Elle offre 10 000 Fcfa pour payer les médicaments. Le 23 février dernier, la présidente de l”association ASE-Mali reçoit un coup de téléphone du Liberia. Au bout du fil, un certain Samuel.

    Ce dernier assure à Mme Doumbia qu”il est le "père" (au sens étendu du terme) des deux jeunes Libériens, Mamy Zaza et Sam Johnson. Il remercie chaleureusement "Bibi" pour la gentillesse dont elle a fait montre envers ses enfants. Il explique à la présidente de ASE-MALI, qu”il réside à Monrovia et qu”il est banquier. Il souhaite s”installer à Bamako pour monter un projet à confier à ASE-Mali. Il est prêt à mettre 250 000 dollars américains (environ 125 millions de Fcfa) dans le futur projet. Une telle somme ferait perdre sa lucidité à plus d”un. Comment cette manne peut-elle ainsi tomber du ciel dans l’escarcelle de "Bibi" ? Celle-ci a un mauvais pressentiment. Ses soupçons s”avéreront par la suite fondés.

    Quelques heures après le coup de fil de Samuel, le jeune libérien Sam se présente au bureau de ASE-Mali. Il explique à la présidente de l”association que son père lui demande de revenir au Liberia. Peu après le départ du jeune homme, un coup de fil tombe chez "Bibi" : le "père" Samuel prie la généreuse dame de remettre une certaine somme d”argent à Sam Johnson pour couvrir son voyage retour.

    Le lendemain, Sam se présente de nouveau à l”ASE-MALI pour répéter à Mme Doumbia que son père Samuel le presse de revenir à Monrovia. La gentille "Bibi" lui remet 50 000 Fcfa. Elle aura dans les minutes qui suivent une conversation téléphonique avec le "père" Samuel qui persuade son interlocutrice d”assurer aussi les frais du billet retour de son fils. Il réaffirme son engagement de débloquer incessamment sa contribution de 250 000 dollars pour monter le projet de solidarité convenu avec la présidente de l”ASE-MALI.

    Le lendemain de cet entretien, le jeune Sam annonce à "Bibi" qu”il quitte Bamako le 3 mars pour son pays. En réalité, il ne va nulle part. Il erre dans les rues de la capitale en prenant le temps de parachever son coup. Il collecte des rames de feuilles blanches. Il les découpe au format d”une coupure de dollar. Il confectionne dix paquets totalisant le pactole de "250 000 dollars". Il colle un faux billet en dollar américain sur chaque face des paquets et emballe le tout très soigneusement. A vue d”oeil, les paquets ressemblent à de vrais liasses. Le truand place les 10 paquets dans une mallette.

    DE PIED FERME.

    Samedi dernier, l”escroc annonce à Mme Doumbia qu”il est de retour à Bamako. Il ajoute qu”il apporte les "250 000 dollars", promis par son père, le soi-disant banquier Samuel. Il explique à son interlocutrice que son sac de voyage est bloqué par le transporteur. L”arnaqueur demande à Mme Doumbia de changer 1000 dollars américains soit environ 515 000 francs cfa pour qu”il puisse récupérer son bagage. La généreuse répond qu”elle envoie son chauffeur le chercher à la gare.

    Le Libérien ne se doute pas que depuis le 3 mars, la brave dame qui a flairé l”entourloupe, a expliqué à un inspecteur de police les manoeuvres du jeune homme. Après la conversation téléphonique avec Sam, Bibi rappelle l”inspecteur Koné du commissariat de police du 5è arrondissement. Elle annonce l”arrivée de l”escroc à Bamako. L”inspecteur et la dame restent en contact le temps de mener à bien l”interpellation du jeune escroc.

    L”inspecteur Sidiki Koné rassure Mme Doumbia. Il lui demande de garder son sang-froid pour ne pas éveiller le moindre soupçon chez l”arnaqueur. Celle-ci retéléphone à l”escroc pour le persuader de venir déposer la mallette au siège de l”ASE-Mali. Le truand se présente au siège, escorté d”un Nigérian dans le rôle du transporteur venu encaisser les 515 000 Fcfa. C”était le 10 mars dernier. Les deux délinquants pénètrent dans le bureau de l”ASE-Mali pour livrer les dollars.

    Malheureusement pour eux, "le sorcier de Bamako ouest" les attend de pied ferme. L”inspecteur ouvre la mallette et vérifie les liasses. La supercherie saute aux yeux. Les 10 paquets sont des leurres, même le billet collé en façade pour faire illusion, est faux. Le reste est un amas de feuilles blanches coupées au bon format. Le malfaiteur avait poussé le soin jusqu”à apposer un faux cachet de l”UNHCR (le Haut commissariat de l”ONU aux réfugiés) sur les deux faces de chaque paquet.

    L”équipe dirigée par l”inspecteur Sidiki Koné a arrêté sur le champ et en flagrant délit Sam Johnson et son complice nigérian. Les deux escrocs ont été déférés à la prison centrale de Bamako.

    D. I. DIAWARA
    L”Essor du 15 Mars 2007

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