Couloirs de transhumance et tensions foncières à Bamako : À Magnambougou, une médiation locale évite l’affrontement entre éleveurs
À Magnambougou, un conflit naissant entre éleveurs et agriculteurs a finalement trouvé une issue pacifique grâce à une médiation communautaire menée par les autorités locales.
Dans un contexte marqué par la disparition de plusieurs garbals de Bamako et la pression croissante sur les espaces fonciers urbains, cette initiative apparaît comme un exemple de gestion concertée des tensions liées à la transhumance et à l’occupation des terres.
Depuis la démolition des principaux garbals de Faladiè et de Niamana par les autorités, de nombreux éleveurs et vendeurs de bétail se retrouvent sans espaces adaptés pour installer leurs troupeaux, particulièrement à l’approche de la Tabaski.
Faute d’alternatives immédiates, plusieurs d’entre eux ont occupé des terrains vacants et des maisons inachevées à Magnambougou afin d’y parquer les animaux destinés à la vente. Mais ces mêmes espaces étaient déjà exploités par des agriculteurs qui y cultivent du maïs, de l’arachide, de la patate douce et des légumes en prévision de l’hivernage.
Rapidement, les tensions sont montées entre les deux groupes. Les agriculteurs craignaient la destruction de leurs cultures tandis que les éleveurs expliquaient ne disposer d’aucune autre solution.
Face au risque d’affrontement, l’imam du quartier et plusieurs notables sont intervenus pour calmer les esprits avant l’ouverture d’une médiation formelle conduite par le chef de quartier, Ibrahim Diarra.
Après avoir écouté les deux parties, celui-ci a rappelé que les terrains concernés n’étaient pas destinés à l’élevage. Toutefois, plutôt que d’ordonner un déguerpissement immédiat, il a privilégié une solution transitoire afin de préserver la cohésion sociale.
Les éleveurs et vendeurs de bétail ont ainsi obtenu un délai jusqu’au début du mois de juin, après la Tabaski, pour quitter les lieux et rejoindre les sites officiellement prévus par les autorités.
« L’objectif était d’éviter les violences et de permettre à chacun de trouver une solution acceptable », confie un notable impliqué dans les discussions.
Du côté des agriculteurs, cette décision est perçue comme une garantie pour protéger les cultures en pleine saison agricole. Plusieurs exploitants disent avoir été rassurés par l’engagement des autorités locales à faire respecter le compromis.
Les éleveurs, bien que frustrés par le manque d’espaces disponibles, ont également accepté cette médiation afin d’éviter un conflit ouvert. Ils insistent cependant sur la nécessité pour les autorités de créer des sites viables et accessibles pour accueillir durablement les troupeaux.
Au-delà du cas de Magnambougou, cette médiation met en lumière une approche de résolution pacifique des conflits fondée sur le dialogue communautaire et l’implication des autorités locales.
Dans un contexte où les tensions entre agriculteurs et éleveurs deviennent récurrentes au Mali, notamment sous l’effet de l’insécurité, de la pression foncière et des déplacements liés à la transhumance, plusieurs observateurs estiment que ce type d’initiative peut contribuer à prévenir les violences.
L’expérience montre également qu’une gestion concertée des espaces urbains et périurbains devient indispensable pour concilier activités agricoles, élevage et besoins commerciaux liés aux grandes périodes festives comme la Tabaski.
Pour les habitants de Magnambougou, la solution trouvée reste provisoire. Mais elle a permis d’éviter une confrontation qui aurait pu fragiliser davantage la cohésion sociale du quartier.
Ousmane Mahamane
Ce reportage est publié grâce au soutien de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas, à travers le Famoc, dans le cadre du projet « Lutte contre les extrémismes à travers le journalisme de solutions ».