Collusion entre le Front Polisario et le terrorisme au Sahel
Le Front Polisario est dans la tourmente ! Ce mouvement qui s'époumone à faire reconnaître une souveraineté de la rasd qu'elle avait elle-même autoproclamée, est en passe d'être classée ....
Le Front Polisario est dans la tourmente ! Ce mouvement qui s'époumone à faire reconnaître une souveraineté de la rasd qu'elle avait elle-même autoproclamée, est en passe d'être classée au rang d'organisation terroriste par le gouvernement fédéral américain.
Si au Maroc on suit attentivement la procédure entamée par des parlementaires américains, du côté du Polisario c'est le désarroi pendant que l'Algérie rue dans les brancards.
Le sénateur républicain Ted Cruz a déposé, en mars 2026, le "Polisario Front Terrorist Designation Act of 2026". Il s'agit d'un texte qui va contraindre l'administration américaine à inscrire le Polisario sur la liste des organisations terroristes étrangères, si sa coopération avec l'Iran est prouvée. En tout cas, lors de leurs auditions, des sénateurs ont allégué que le Polisario est transformé par l'Iran en "Houthis de l'Afrique de l'Ouest", en fournissant des drones et en les impliquant dans des réseaux djihadistes au Sahel. A l'heure actuelle, le sujet est discuté au sein de la Commission des affaires étrangères et de la Sous-commission sur l'Afrique et, des sénateurs comme Ted Cruz et David McCormick mettent la pression pour une désignation formelle du Polisario comme organisation terroriste.
C'est en 2018 que le Maroc avait rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran, soupçonné de collaborer avec le Front Polisario. C'est aussi au cours de cette même année que Rabat avait révélé qu'un diplomate iranien en poste à Alger aurait servi d'intermédiaire pour établir des contacts entre le Hezbollah et l'entité séparatiste.
Avec la procédure en cours, les États-Unis, qui reconnaissent déjà la souveraineté du Maroc sur son Sahara, avertissent qu'ils ne sont plus disposés à tolérer des zones grises sécuritaires aux portes de l'Afrique de l'Ouest et du Sahel. Dès lors, par glissement, le dossier Sahara marocain n'est plus pour les Etats-Unis un débat de reconnaissance ou non de la rasd, ce sujet étant désormais dépassé. Pour la première puissance mondiale, le débat est transféré sur le terrain sécuritaire au grand dam du Polisario dans le désarroi, pendant que son mentor algérien, inquiet de cette tournure du "dossier Sahara", rue dans les brancards.
Ce débat a donc dépassé le cadre diplomatique classique pour entrer dans le champ de la sécurité nationale américaine et de ce fait jette un pavé dans la mare Polisario qui risque de perdre toute crédibilité parce que la qualification de " terroriste " ouvre la voie à des sanctions, des restrictions financières, et appelle une surveillance internationale accrue. Sans compter la conséquence politique et diplomatique pour le Polisario qui risque de voir s'amenuiser le maigre espoir de reconnaissance internationale de la république sahraouie comme un Etat indépendant.
Il faut reconnaître que, mise à part cette collaboration avec l'Iran, le Parlement américain détient aussi un faisceau d'indices dont des rapports faisant état de collusion entre le Polisario et les deux principales centrales terroristes que sont Al-Qaeda et l'Etat islamique. Ces rapports mettent en exergue des indices suffisamment graves pour plaider en faveur du classement du Polisario comme une organisation terroriste. Ce qui, évidemment, embarrasse le Polisario et agace l'Algérie.
De la compilation de ces rapports dont certains nous sont parvenus, nous sommes amenés à nous pencher sur l'histoire du Polisario qui révèle que la problématique des dérives de certains membres du mouvement Polisario n'est pas un fait nouveau. Ces dérives ont fait basculer des membres de l'organisation vers divers trafics et une implication profonde dans le crime organisé au Sahel.
Ceci est d'autant plus accablant que la dernière attaque menée par le Polisario, le 5 mai 2026, contre la ville marocaine de Smara à l'aide de tirs de roquettes, a provoqué des dégâts matériels ainsi que plusieurs blessés. Cet acte n'a fait qu'alourdir davantage le cas du groupe séparatiste, suscitant une vague de condamnations de la communauté internationale, notamment de la part des États-Unis en premier lieu, ainsi que de plusieurs pays européens et du Moyen-Orient. Tous ont dénoncé une attaque qualifiée de provocation de trop, dans laquelle le Polisario risque de sortir fragilisé, renforçant les accusations le présentant comme un groupe terroriste.
Multiples accusations de détournement de l'aide
Retenons au passage que le Front Polisario est en effet régulièrement accusé de détournement des aides humanitaires, financières et matérielles attribuées par des ONG ainsi que par des organisations internationales. C'est ainsi que de nombreuses affaires de détournement ont été révélées par la presse internationale, à l'image du quotidien espagnol El Pais qui rapportait la disparition, en 1999, d'une aide de 64 millions de pesetas (environ 385 000 euros) remise par la Croix-Rouge espagnole au Polisario pour acheter 430 chamelles afin d'améliorer les conditions d'alimentation des enfants. Ces accusations n'ont pas été démenties par Embarek Malainine, le responsable de la coopération internationale du mouvement séparatiste. D'ailleurs, il a candidement reconnu que ce détournement n'avait toutefois pas contribué à son "enrichissement personnel" (Laurence Ammour, "A qui profite le gel du conflit du Sahara occidental ?".
Cette tendance a été accentuée par le processus de délitement du mouvement qui s'est accéléré durant ces deux dernières décennies. Déjà, en 2003, l'Union européenne décidait de renforcer le système de contrôle de son aide humanitaire mais avait rencontré des résistances de la part du Polisario dans l'exécution de sa mission. Les inquiétudes affichées par l'Union européenne n'avaient toutefois pas permis d'enrayer ce phénomène, si l'on en croit l'ONG Interfaith International qui, en 2008, dénonçait devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU le détournement de l'aide humanitaire et sa revente par le Polisario. De plus, le fait que le Polisario a toujours refusé d'autoriser le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies à se rendre dans les camps de Tindouf, ni même à effectuer un recensement, n'augure pas d'une évolution positive à propos de cette pratique du détournement.
Implications dans divers trafics
Des documents consultés, il ressort que, parallèlement à ces dérives, l'extrême pauvreté qui règne dans les camps de Tindouf a favorisé le développement de la criminalité. Un ancien du Polisario expliquait ainsi, en 2001, que "les officiers reçoivent entre 12 et 17 dollars deux fois par an, une situation qui les force à trouver d'autres revenus, (…) comme le trafic" (World Refugee Survey 6 Algeria, U.S. Committee for Refugees and Immigrants (USCRI), 2008. En plus, le mouvement est également impliqué dans des activités illégales destinées à enrayer le recul de l'adhésion populaire. En effet, selon l'universitaire Aymeric Chauprade dans "Sahara, le risque des 'zones grises'", "L'Economiste, décembre 2006", le Polisario est amené "à acheter de plus en plus les siens" pour palier sa perte de légitimité. Il a pour cela recours à divers trafics et participe activement "aux filières d'immigration clandestine". Ces pratiques avaient attiré l'attention des Nations unies qui les avaient d'ailleurs dénoncées dans le Rapport du Secrétaire général sur la situation concernant le Sahara occidental, S/2004/827, 20 octobre 2004.
Parallèlement, il a été noté que de nombreux sahraouis liés au mouvement Polisario ont fait l'objet d'arrestations pour des faits liés au trafic d'armes, d'essence, de contrebande de cigarettes ou de pièces détachées de voitures. Le développement de la criminalité dans les rangs du Polisario doit également être mis en relation avec l'impunité qui existe dans le Sahel et qui a, comme pour le terrorisme, favorisé le développement de trafics en tout genre. La région est à la fois une importante zone de production de drogue et un couloir de transit de drogue vers l'Europe en provenance d'Amérique latine. D'après un conseiller du secrétaire général des Nations unions, les trafiquants latino-américains "se battent pour obtenir le contrôle des itinéraires transsahariens qui leur permettent d'acheminer leurs drogues vers l'Europe et jusqu'au Golfe (Nadja Bouchira, "Comment désamorcer la bombe du Sahel ?" El Watan, 15 juin 2008).
Il a aussi été confirmé l'implication du Polisario dans le trafic de drogue par le démantèlement, en janvier 2007, d'un réseau de trafic de stupéfiants dans le nord de la Mauritanie. Selon les autorités locales, "des éléments du Polisario, venus du territoire algérien à bord de véhicules 4X4, se rendaient, de manière fréquente, à l'endroit où était cachée la marchandise dans la localité de Fdirik, à une vingtaine de kilomètres de Zouerate" ("Mauritanie : Des éléments du Polisario impliqués dans une affaire de drogue", MAP, 19 janvier 2007.
Le mouvement séparatiste serait aussi impliqué dans le trafic d'armes. En effet, selon une publication du Collège de Défense de l'OTAN, "les camps de réfugiés sahraouis du Front Polisario du sud-ouest algérien, le sud de la Libye ou le nord du Mali, sont également des zones de transit pour la contrebande d'armes. En raison de sa position stratégique, la ville de Tindouf représente le point de passage idéal entre le Sahel de l'est et le Sahel de l'ouest (Laurence Ammour, "Evaluation des risques liés à la criminalité dans l'arc sahélien", NATO) Research Paper N°53, Collège de Défense de l'OTAN, novembre 2009).
Liens avec les groupes armes terroristes dans le Sahel
La criminalité n'est pas le seul problème régional qui menace un mouvement séparatiste en pleine décomposition. Le développement de l'islamisme radical en Afrique du Nord, concrétisé par la création en 2007 d'une filiale d'al-Qaïda dans la région, n'a pas épargné le Front Polisario, dont plusieurs de ses membres ont rejoint les rangs des groupes djihadistes. Selon Hametti Rabani, les jeunes "n'attendent plus rien des chefs du Polisario mais tout de Dieu. Dieu remplit le vide laissé par l'idéologie passéiste de la direction du Polisario" (Claude Moniquet (dir.), op. cit, p. 68).
Il semble en effet que l'évolution du contexte géopolitique et la fin de la Guerre froide aient favorisé la substitution du marxisme par l'islamisme radical qui, depuis le 11 Septembre, apparaît comme la nouvelle idéologie transnationale de contestation de l'ordre mondial actuel. L'universitaire français Aymeric Chauprade va plus loin en affirmant que ce basculement idéologique du mouvement a été précipité par "l'arrivée dans ses rangs d'une nouvelle génération de militants imprégnés d'intégrisme lors de son passage dans les universités algériennes" (Cité in Laurence Ammour, "A qui profite le gel du conflit du Sahara occidental", op. cit.).
La même source rapporte que d'autres personnalités comme Saïd Djinnit, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest, ont insisté sur les liens entre la criminalité et l'islamisation. "Le regain de tension dans la région sahélienne est la combinaison de plusieurs facteurs. Il y a des rébellions anciennes sur lesquelles sont venues se greffer de nouveaux phénomènes, le terrorisme, qui est présent dans la région mais surtout le trafic de drogue et le crime organisé qui se sont développés de façon très importante", explique-t-il.
On notera néanmoins que cette radicalisation de la frange la plus jeune n'est pas un fait nouveau. En effet, selon Mustapha Bouh, ancien membre du bureau politique du Front Polisario, les liens entre des membres du Polisario et des courants islamistes radicaux remontent aux années 1980. "Tout a commencé à la fin des années 1980. Des étudiants venus des camps de Tindouf et présents dans les universités d'Alger ou d'autres villes du nord y ont rencontré des membres du FIS [Front islamique du Salut] qui tenaient le haut du pavé dans les facultés à cette époque. Ils ont été contaminés et sont revenus animés par l'idéologie islamiste", explique M. Bouh (Claude Moniquet (dir.), op. cit, p. 68).
L'auteur poursuit en révélant que ces premiers contacts ont permis le développement de relations suivies entre des membres du Polisario et des terroristes du GIA (Groupe islamique armé algérien) qui ont évolué, dans certains cas, vers ce qui s'apparente à un soutien militaire. En effet, en 1994, des armes fournies par l'armée algérienne au Polisario ont été retrouvées, par ces mêmes services de sécurité algériens, entre les mains de militants du GIA. Les conditions dans lesquelles ces armes se sont retrouvées en possession de terroristes algériens n'ont pas été établies. On ignore en effet si ces dernières ont été vendues dans le cadre d'un trafic ou fournies aux terroristes par des sympathisants dans les camps de Tindouf. Toujours selon l'auteur, cet épisode a néanmoins mis en lumière la proximité entre le Front Polisario et des groupes terroristes islamistes et attiré l'attention des autorités algériennes sur cette possible dérive. D'après un officier supérieur marocain, "la Sûreté militaire algérienne a demandé des explications au Polisario et a très sérieusement resserré son contrôle sur les islamistes appartenant au Front".
Une des premières illustrations remonte à décembre 2003, lorsque les services de sécurité mauritaniens ont arrêté Baba Ould Mohammed Bakhili, un cadre du Front Polisario, et plusieurs de ses lieutenants, sympathisants du mouvement séparatiste sahraoui, pour leur implication dans le vol d'explosifs dans les locaux de la Société nationale mauritanienne de l'industrie minière (SNIM). Bien que la SNIM ait été la cible du Polisario à plusieurs reprises dans les années 70, la nature du matériel dérobé a suscité de nombreuses interrogations. Les 153 bouteilles de produits inflammables et les quelques 12 kilomètres de fil utilisé pour des explosions télécommandées retrouvés dans la ville mauritanienne de Zérouate ne font en effet pas partie du matériel utilisé habituellement par les guérillas, mais plutôt par des organisations terroristes désireuses de fabriquer des bombes. Alors que les mobiles exacts de ce groupe demeurent inconnus, on peut se demander si cette opération était destinée à permettre au groupe de préparer des attentats ou s'il désirait vendre ces produits à des groupes islamistes radicaux présents dans la région.
Des indices plus probants ont émergé à l'occasion de l'attaque menée le 4 juin 2005 par le GSPC contre une caserne des forces de sécurité mauritaniennes à Lamghiti. L'opération, conduite par Mokhtar Belmokhtar, un cadre du GSPC, et à laquelle plus d'une centaine d'hommes a participé, a fait au moins 15 morts et 17 blessés. Elle a bien évidemment renforcé les doutes existant à propos d'une collaboration entre des membres du Front et des groupes islamistes radicaux en raison de la participation de véhicules du Polisario à cette attaque menée par le prédécesseur de l'AQMI, où selon plusieurs témoins, certains des assaillants s'exprimaient en hassani (Claude Moniquet (dir.), op. cit., p. 69).
On a également relevé, depuis plus d'une décennie, un intérêt certain de l'AQMI pour le Front Polisario, qui est devenu un des principaux bassins de recrutement de l'organisation terroriste. L'opportunité que représentent les camps du Polisario pour une organisation comme l'AQMI a également été soulignée par Michael Braun, ancien directeur des opérations de la DEA (Drug Enforcement Agency), l'agence américaine de lutte antidrogue. Dans les camps de Tindouf, estime M. Braun, "les jeunes âgés entre 16 et 25 ans sont spoliés de leurs droits et vivent dans des conditions abjectes et sans espoir d'un lendemain meilleur". Et d'ajouter : "Les organisations terroristes puissantes telle AQMI sont des experts en matière de détection de personnes présentant de tels signes de vulnérabilité. Ainsi, les camps de Tindouf représentent une mine d'or potentielle pour les recruteurs de groupes comme AQMI" ("Tindouf risque de devenir une pépinière de terroristes selon un expert américain" (Aujourd'hui Le Maroc, 18 février 2010).
Dans le même temps, la presse marocaine révélait que des membres de l'organisation terroriste écumaient les camps du Polisario, notamment ceux de Tindouf, dans le but d'enrôler de nouveaux éléments rompus aux techniques de combat dans le désert. Elle estima même à 265 le nombre d'anciens du Polisario qui auraient rejoint l'AQMI ("L'organisation al-Qaïda recrute des Sahraouis dans les camps de Tindouf", Al-ahdath Almaghribia, numéro 3468, 6 août 2008).
Un an plus tard, au début du mois de septembre 2009, c'est le site arabophone Algeria Times, qui révélait que l'AQMI aurait recruté "plus de 200 jeunes musulmans européens, américains et canadiens" pour les envoyer dans des camps d'entraînements du groupe radical somalien al-Shabaab. Et le site de mettre en exergue le rôle important joué dans le recrutement de djihadistes en Europe par "d'anciens membres du Polisario" reconvertis dans l'islamisme radical et sont devenus des dirigeants de réseaux logistiques en Espagne (Algeria Times).
Enfin, en 2011, les services secrets du Mali avaient produit un document sans équivoque sur la collusion entre le Front Polisario et les milieux terroristes du Sahel. Intitulé "Al- Qaeda dans les camps du Polisario", ce document révélait, entre autres faits, que deux jeunes du Polisario étaient impliqués dans l'enlèvement de deux français à Hombori, dans le nord-est du Mali. En dehors de cela, les services secrets maliens détiennent des preuves sur l'implication d'éléments du Polisario dans le vaste trafic de drogue au Sahel. En somme, les services secrets des pays de la sous-région ouest africaine sont unanimes sur un fait : la connexion entre AQMI et le Polisario. En effet, la filière Polisario d'AQMI est un secret de polichinelle. Elle était animée par Hakim Ould Mouhamed dit Mbareck. Ce dernier, à travers ses actions terroristes, avait fini par se construire une légende autour de son nom de guerre : Houdéifa.
Le cas du preneur d'otages "Omar le sahraoui"
Alors que les indices sur la collusion de membres du Polisario avec le terrorisme islamiste sont déjà nombreux, l'enlèvement de trois humanitaires espagnols en novembre 2009 témoigne de l'ampleur du phénomène en mettant en évidence le glissement de certains cadres du mouvement séparatiste vers le terrorisme.
En effet, le 29 novembre 2009, trois ressortissants espagnols de l'association catalane Barcelona Accio Solidaria étaient kidnappés dans le nord-ouest de la Mauritanie. Leur convoi, qui transportait de l'aide humanitaire en provenance de Barcelone, a été attaqué par des hommes armés sur la route entre Nouadhibou et Nouakchott, à environ 170 kilomètres de la capitale mauritanienne. Selon la presse, les ravisseurs ont tiré à plusieurs reprises pour faire stopper la caravane composée de plusieurs véhicules. Ils ont ensuite embarqué les trois humanitaires, qui se trouvaient dans une voiture en queue de convoi, dans un pick-up et ont quitté la route goudronnée afin de s'enfuir par des pistes sablonneuses à travers le désert "Enlèvement de trois humanitaires de l'ONG catalane Barcelona-Accio", AFP, 30 novembre 2009. L'AQMI avait revendiqué le kidnapping des Espagnols, en même temps que celui du Français Pierre Camatte, au début du mois de décembre dans un message diffusé par la chaîne de télévision Al Jazeera ("Al-Qaeda group claims kidnappings", Al Jazeera, le 8 décembre 2009.
L'enquête des services de sécurité mauritaniens les mena vers Omar Ould Sid'Ahmed Ould Hamma, dit "Omar le Sahraoui", dont les services auraient été loués contre de l'argent par Mokhtar Belmokhtar, émir de l'AQMI dans le Sahel. L'individu âgé en ce temps-là d'une cinquantaine d'années a été arrêté en février 2010 près de la frontière avec le Mali et inculpé fin mars par le parquet de Nouakchott pour "atteinte délibérée à la vie de personnes, leur enlèvement et leur séquestration, conclusion d'accord contre compensation aux fins de disposer de la liberté d'autrui". Il devait également répondre du chef d'inculpation : "Utilisation du territoire mauritanien pour mener des agressions contre les citoyens d'un pays étranger (Espagne), port et usage d'armes et de munitions de façon illégale" ("L'auteur présumé du rapt des trois espagnols écroué", AFP, 30 mars 2010).
Or, selon le quotidien espagnol ABC, Omar le Sahraoui est un ancien cadre du Front Polisario, qui a "formé une partie de l'organigramme" du mouvement. N'étant pas membre à part entière de la cellule de Belmokhtar, cet "homme du désert" a mis sa connaissance du territoire et "son expérience au service des terroristes et autres trafiquants de drogue et d'autres produits de contrebande comme le tabac" ("Mercenario de Al Qaida", ABC, 12 avril 2010.
D'après des sources proches de l'enquête citées par ABC, il aurait également été chargé de fournir à l'AQMI les véhicules nécessaires pour échapper aux raids des forces de sécurité mauritaniennes et traverser la frontière avec le Mali. Par ailleurs, d'autres membres du Front auraient également été arrêtés avec Omar le Sahraoui, en relation avec l'enlèvement des trois humanitaires espagnols.
En effet parmi la vingtaine de personnes inculpées dans cette affaire, certaines seraient des militaires en exercice du Polisario. On trouve parmi eux Mohamed Salem Mohamed Ali Ould Rguibi, et Mohamed Salem Hamoud, opérant tous deux dans la quatrième région militaire, dite "M'heriz", basée à Tindouf. Nafii Ould Mohamed M'Barek, qui opérait dans la septième région militaire avant de se lancer dans la contrebande et le trafic dans le nord de la Mauritanie, figurait également parmi les personnes inculpées par la justice mauritanienne.
Diversité des liens entre le Polisario et Aqmi
Cette affaire est une parfaite illustration des dérives qui se multiplient dans la région et du facteur aggravant joué par une organisation en totale déliquescence comme le Front Polisario. Elle montre aussi la diversité des liens qui existent entre le Polisario et l'AQMI, dans la mesure où ce rapprochement ne répond pas à un modèle unique. En effet, si on a vu que des jeunes Sahraouis désœuvrés pouvaient se laisser séduire par l'idéologie de l'AQMI, ce dernier exemple montre que des membres actifs du mouvement à la recherche de revenus complémentaires, tout comme des mercenaires qui cherchent à rentabiliser leur expérience passée dans les structures militaires du mouvement indépendantiste sahraoui, peuvent basculer dans le terrorisme après être vraisemblablement passés par diverses formes de trafic. La diversité des voies qui mènent à cette dérive terroriste est une énième preuve du niveau avancé de décomposition du Front Polisario plus de trente-cinq ans après sa création.
Au-delà de la frustration créée par le manque de perspectives politiques de la part de la direction du Front Polisario, l'un des éléments majeurs qui, selon des sources motiverait les membres du Polisario désireux de rejoindre les rangs de l'AQMI ou d'autres organisations islamistes armées serait le fait que ces groupes tentent de cibler le Royaume du Maroc, le pays même que la propagande séparatiste leur a appris à haïr depuis leur enfance (ESISC : "Le Front Polisario et le développement du terrorisme au Sahel", sous la direction de Claude Moniquet, Président de l'ESISC, Mai 2000).
Selon toujours ce document, ces cellules islamistes apparaissent ainsi à de jeunes désespérés comme étant capables de réaliser ce que le Polisario promet depuis des années mais n'est jamais arrivé à accomplir : créer une Intifada voire y porter la lutte armée. Ainsi, un groupe djihadiste fut démantelé au Maroc en 2009, il s'appelait Fath Al Andalous. Après sa découverte, Fath al-Andalous a suscité un très grand intérêt de la part de tous les services de renseignements occidentaux actifs en Afrique du Nord, du fait de sa composition hétéroclite : il était financé par une cellule en France, disposait d'un appui logistique fourni par des combattants mauritaniens de l'AQMI, et recrutait dans les provinces du sud du Maroc, pour ce qui est du volet opérationnel.
Fath Al Abdalous envisageait de mener une opération terroriste de grande envergure au Sahara occidental et disposait, à Layaoune et Boujdour, de cellules opérationnelles entretenant des liens avec des éléments du Front Polisario. Huit membres de ce groupe ont été condamnés à des peines de 4 à 8 ans de prison par le tribunal de Salé, le 2 avril 2010.
L'Eigs, une création d'un membre du Polisario
En évoquant la collusion entre le Polisario et les milieux terroristes du Sahel, on ne peut se limiter à ses liens étroits avec AQMI. Il faut aussi souligner l'étroite collaboration entre le Polisario et l'Organisation de l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS).
L'EIGS est né en 2015 de la fusion de groupes islamistes militants préexistants. Le chef de l'EIGS est connu sous le nom d'Adnane Abou Walid al Sahraoui, né en 1973 à Laayoune avant de s'installer dans les années 90 dans un camp de réfugiés en Algérie. C'est à cette époque qu'Adnane Abou Walid al Sahraoui rejoignit le Front Polisario.
Selon des informations largement partagées entre les services secrets de plusieurs pays du Sahel, il aurait navigué entre les factions naissantes des groupuscules terroristes qui s'implantaient progressivement le long des frontières poreuses qui jalonnent le sud du Maghreb et le nord du Sahel. Une certitude : il a fait affaire avec des militants touarègues du mouvement de l'Azawad au nord du Mali en 2011.
C'est à cette époque que le Mouvement pour l'Unité et le Jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) est fondé. Auparavant membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), les fondateurs du MUJAO souhaitaient créer unité combattante composée de combattants arabes, pour la plupart issus du nord du Mali. L'idéologie du MUJAO fait référence à des terroristes notoires comme Oussama ben Laden, à l'ancien chef taliban Mullah Omar, mais aussi à des personnages historiques tels que Ousman dan Fodio (fondateur du califat de Sokoto, 1804-1903), El Hadj Umar Tall (1797-1864) et Sékou Amadou (qui contribua à fonder l'Empire du Macina de 1818 à 1862).
Al Sahraoui aurait rejoint le MUJAO en 2012, et lui aurait notamment servi de porte-parole du groupe. Le 22 août 2013, le MUJAO, représenté par al Sahraoui et la Brigade Mulathameen - alors dirigée par le militant algérien Mokhtar Belmokhtar, lui-même fortement lié à AQMI - annoncèrent leur fusion pour créer le groupe Al-Mourabitoun dont Al Sahraoui devint alors l'un des principaux dirigeants.
En 2015, au nom d'Al-Mourabitoune, Al Sahraoui prête unilatéralement allégeance au dirigeant de l'État islamique d'Irak et du Levant (ISIS), Abou Bakr al-Baghdadi. Quelques jours plus tard, Moktar Belmokhtar rejette cette allégeance et réaffirme la loyauté d'al-Mourabitoune à Al-Qaïda. Al Sahraoui rompt alors avec Al-Mourabitoune et forme ce qui est maintenant connu sous le nom d'EIGS.
La revendication d'Al Sahraoui fut officiellement reconnue par Abou Bakr al-Baghdadi plus d'une année plus tard, en octobre 2016, à la suite d'opérations d'importance menées par l'EIGS au Niger et au Burkina Faso. À ses débuts, l'EIGS opérait principalement autour de la ville de Ménaka, dans la région de Gao au Mali, en étendant parfois sa zone d'influence jusqu'à la région Mopti. Même si plupart des premiers membres seraient des maliens de la région de Gao, les activités du groupe ont rapidement atteint la région de Tillabéri, au Niger. En octobre 2017, l'EIGS a revendiqué une attaque près du village de Tongo au Niger, le long de la frontière avec le Mali. Cinq membres des forces spéciales nigériennes et quatre soldats américains ont été tués lors de cette attaque. En 2017 et 2018, le groupe a ensuite étendu ses activités à la région du Gourma au Mali et à l'est du Burkina Faso.
La collusion entre séparatisme et terrorisme s'impose désormais comme une réalité, aussi bien au Sahara qu'au Sahel. Les attaques terroristes perpétrées au Mali le 25 avril dernier par une coalition entre le JNIM et le FLA, avec des éléments du Front Polisario parmi les combattants étrangers, illustrent la dangerosité de mouvements qui n'hésitent plus à recourir à des méthodes terroristes pour poursuivre des agendas séparatistes. Dans ce contexte, il est essentiel de garder à l'esprit que l'unité nationale reste le rempart le plus solide face à ces groupes qui, tentent d'affaiblir la cohésion nationale, d'alimenter les divisions internes et de compromettre les efforts de stabilité et de souveraineté des États.
Dossier réalisé par Amadou Bamba NIANG, Journaliste et
Consultant indépendant