Daesh, l’enfant de l’Occident

1

FondĂ© le 13 octobre 2006 par des dissidents d’Al-Qaida, Daesh ou État Islamique en Irak et au Levant (EIIL)est une crĂ©ature de l’Occident qui, Ă  travers ce groupe armĂ© sunnite, entendait destabiliser les rĂ©gimes chiites de la rĂ©gion, notamment l’Iran des mollahs et la Syrie de Bachar El-Assad. Les premiers bailleurs de fonds de Daesh ? L’Arabie Saoudite, le Qatar et le Koweit, trois pays qui ne refusent absolument rien aux Etats-Unis. En un tournemain, Abou Bakr Al-Baghdadi, Ă  la tĂŞte de ses 31. 000 combattants (estimations de la CIA), incluant d’anciens officiers de Saddam Hussein, profite vite de la faiblesse des armĂ©es locales pour s’emparer, au prix de millions de morts et de refugiĂ©s, de la moitiĂ© du territoire syrien et du tiers du territoire irakien. Les ressources de Daesh sont infinies. Non seulement il exploite les raffineries pĂ©trolières prĂ©sentes sur son territoire, mais en outre, il soumet Ă  la dĂ®me les 10 millions de personnes qui y vivent. Sans compter les trafics d’armes, de tabac, d’alcool, d’antiquitĂ©s, de femmes, d’otages, d’organes humains et de faux billets. CĂ©rise sur le gâteau, Daesh prĂ©lève de substantiels droits de passage sur les vĂ©hicules de transport en partance ou en provenance d’Irak ou de Syrie. Avec un patrimoine de 2.260 milliards d’euros et un budget de 2,5 milliards d’euros pour l’annĂ©e 2015 (chiffres rĂ©vĂ©lĂ©s par Jean-Charles Brisard, prĂ©sident du Centre d’Analyse du Terrorisme), le “Califat” proclamĂ©, le 29 mai 2014,  par Al-Baghdadi devient Ă  la fois le premier Etat terroriste du monde et le groupe criminel le plus riche de tous les temps. On comprend que dans le dessein de s’Ă©manciper, le monstre n’hĂ©site pas plus longtemps Ă  mordre les mains qui l’ont nourri.

 

Daesh divorce  d’avec ses parrains

Daesh commence par annoncer sa volontĂ© de rĂ©duire en cendres les Etats “mĂ©crĂ©ants” d’AmĂ©rique et d’Europe et d’envahir leurs alliĂ©s traditionnels, les pĂ©tro-monarchies du Golfe. Sachant qu’Al-Baghdadi n’est pas un farceur atavique,  l’Arabie Saoudite entame, dès septembre 2014, la construction d’une muraille de  950 km le long de sa frontière avec l’Irak. Le chantier s’intensifie Ă  partir du 5 janvier 2015, quand Daesh attaque le poste-frontière saoudien de Suweif,  tuant le gĂ©nĂ©ral Oudah Al-Belawi. La muraille, gigantesque ceinture de sĂ©curitĂ©, sera Ă©quipĂ©e de tours de surveillance  et de 50 radars capables de dĂ©celer tout mouvement d’engins ou de piĂ©tons Ă  18 km. Ne s’arrĂŞtant pas en si bon chemin, le royaume  wahhabite se lance dans l’Ă©rection d’un autre mur, de 1.800 km celui-lĂ , Ă  la frontière avec le YĂ©men. Trois sĂ»retĂ©s valant mieux que deux, il place Daesh sur la liste des organisations terroristes, menace de 30 ans de prison quiconque collabore avec lui et, sur la foi d’une fatwa de son Grand Mufti, Abdel Aziz Al-Cheikh, dĂ©clare Daesh “pire ennemi de l’islam”.

Si Daesh n’a pas encore mis Ă  exĂ©cution sa menace d’annexer MĂ©dine et La Mecque, il n’en assène pas moins des coups terribles Ă  ses adversaires:  France (attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan, Ă  Paris: 137 morts); Russie (explosion d’un avion de ligne: 224 morts); Liban (44 morts en octobre 2015); Turquie (34 morts Ă  Suruz en juillet 2015 et 102 morts Ă  Ankara le 10 octobre 2015). TĂ©tanisĂ©e, la petite Belgique, transformĂ©e Ă  son insu en quartier gĂ©nĂ©ral par Daesh, a perdu le sommeil depuis une semaine, fermant Ă  double tour marchĂ©s, mĂ©tros  Ă©coles et administrations!

 

Comment détruire Daesh ?

A prĂ©sent, toutes les puissances de l’Univers s’entendent sur la nĂ©cessitĂ©, que dis-je ?, l’urgence de liquider Daesh. Dans un touchant concert, Obama, Poutine, Hollande et Cameron promettent d’Ă©radiquer le groupe terroriste. Sur les instances de la France, le Conseil de SĂ©curitĂ© de l’ONU a, le 20 novembre 2015, adoptĂ© Ă  l’unanimitĂ© une rĂ©solution  qualifiant Daesh de “menace mondiale et sans prĂ©cĂ©dent contre la paix et la sĂ©curitĂ© internationales” et appelant Ă  “combattre par tous les moyens cette menace”. L’objectif est parfaitement clair: il reste Ă  l’atteindre.

 

Les bombardements aĂ©riens suffiront-ils Ă  vaincre Daesh ? Depuis aoĂ»t 2014, une coalition anti-Daesh est conduite par les Etats-Unis. Elle compte 22 pays dont l’Allemagne, l’Arabie Saoudite, l’Australie, BahreĂŻn, la Belgique, le Canada, le Danemark, l’Espagne, les Émirats Arabes Unis, la France, la Jordanie, le Maroc, les Pays-Bas, le Portugal, le Qatar, le Royaume-Uni et la Turquie. Selon les experts, les montagnes de bombes que lâche la coalition n’arriveront jamais Ă  bout du groupe terroriste qui, après avoir bunkĂ©risĂ© ses Ă©tats-majors et ses matĂ©riels sensibles, ne cesse, malgrĂ© le dĂ©luge de bombes, d’agrandir son territoire et de multiplier les attentats Ă  mille lieues de ses fiefs. Or, Ă©chaudĂ©s par leurs Ă©checs en Irak et en Afghanistan et peu dĂ©sireux d’affronter le coĂ»t politique liĂ© aux dizaines de morts que ne manquera pas de provoquer une intervention terrestre, les Etats Unis et leurs alliĂ©s excluent de dĂ©ployer de troupes au sol, se contentant de forces spĂ©ciales incapables d’engager des batailles frontales ou d’occuper un terrain libĂ©rĂ©. On voit d’ailleurs mal le prĂ©sident amĂ©ricain, Barack Obama, en toute fin de mandat, prendre le risque d’une offensive terrestre alors que l’essentiel de son oeuvre a consistĂ© Ă  mettre le holĂ  aux guerres initiĂ©es par son prĂ©decesseur, le très belliqueux Bush dont le slogan Ă©tait de “terroriser les terroristes”. Faute de troupes terrestres, la guerre contre Daesh s’enlise, aux dĂ©pens des populations civiles qui, entre septembre 2014 et juin 2015, ont perdu 354 Ă©lĂ©ments, Ă  en croire le rapport publiĂ© le 3 aoĂ»t 2015 par Airwars, un collectif de journalistes occidentaux.

 

Faut-il, dès lors, offrir une couverture aĂ©rienne Ă  l’armĂ©e de terre irakienne ? Cette solution, dĂ©jĂ  appliquĂ©e depuis des mois, produit de piètres rĂ©sultats. MalgrĂ© le soutien de l’aviation alliĂ©e, l’armĂ©e irakienne a connu, en juin 2014 Ă  Mossoul, une dĂ©culottĂ©e Ă  la faveur de laquelle Daesh a effectuĂ©, selon le ministre français de la DĂ©fense, Jean-Yves Le Drian, des prises de guerre impressionnantes: 3.000 4Ă—4 Hummer amĂ©ricains, 60.000 armes individuelles, 50 chars et 150 blindĂ©s lĂ©gers. DĂ©sastre en partie confirmĂ© par Haider Al-Abadi, le Premier Ministre irakien, dans un entretien diffusĂ©, le 31 mai 2015, par la chaĂ®ne publique Iraqiya: “Lors de la chute de Mossoul, nous avons perdu de nombreuses armes… Nous avons perdu 2.300 Humvee. Ces vĂ©hicules faisaient partie d’un lot de 8.000 exemplaires fournis par l’armĂ©e amĂ©ricaine en 2009”. Ce que le Premier Ministre se garde de prĂ©ciser, c’est que la valeur des armements saisis par Daesh dĂ©passe le milliard de dollars !

 

Les peshmergas kurdes feraient-ils mieux que l’armĂ©e irakienne? Les combattants kurdes d’Irak, aguerris par les longues dĂ©cennies de lutte contre Saddam Hussein, sont bien meilleurs au combat que les soldats irakiens. Après avoir brisĂ©, en 2014, le siège de Kobane grâce au soutien aĂ©rien alliĂ©, ils ont infligĂ©, courant novembre 2015, de cinglantes dĂ©faites Ă  Daesh. Mostafa Seid Qadr, un de leurs chefs militaires, rĂ©vèle qu’il y a dix jours, ils ont repris la ville irakienne de Sinjar et capturĂ©, dans la foulĂ©e, 300 terroristes. “Nos troupes contrĂ´lent dĂ©sormais les routes reliant la Syrie et l’Irak utilisĂ©es par Daesh, le privant ainsi de munitions et de soutien militaire”, confie l’officier Ă  la presse. Problème: la montĂ©e en puissance des pershmergas fait suer sang et eau Ă  la Turquie. Cette puissance rĂ©gionale, membre de la coalition internationale et de l’OTAN, craint que les prouesses militaires des Kurdes irakiens ne renforcent peu ou prou le PKK, parti indĂ©pendantiste kurde qui, depuis 1984, croise le fer avec l’Etat turc. La guerre d’indĂ©pendance engagĂ©e par le PKK contre la Turquie a fait, en 30 ans, 40.000 morts. La fragilisation du monde kurde reste donc, pour la Turquie, un objectif plus prioritaire que la lutte contre Daesh. D’autant que le PYD, parti kurde de Syrie, très liĂ© au PKK, a, en juillet 2012, nĂ©gociĂ© avec Bachar Al-Assad son dĂ©sengagement du conflit syrien moyennant l’autonomie de trois enclaves kurdes situĂ©es Ă  la frontière turque. Pour tout compliquer, le soutien que Daesh offre, depuis 2011, aux rebelles “jihadistes” de Syrie,  distrait le PKK du front turc au profit d’une mobilisation gĂ©nĂ©rale  contre Daesh. Ce qui, on le devine, refroidit passablement les ardeurs anti-Daesh d’Ankara. Alors question: en abattant, il y a une semaine, un bombardier russe, Ankara tente-t-il de saboter la guerre internationale contre Daesh? Faut-il tenir pour calomnieuses les accusations du prĂ©sident russe selon lesquelles Ankara achèterait Ă  vil prix le pĂ©trole de contrebande exportĂ© par le groupe terroriste ? Enfin, pourquoi Ankara a-t-il prĂ©cipitamment jetĂ© en prison pour “espionnage” et “divulgation de secrets d’Etat” des journalistes turcs qui ont rĂ©vĂ©lĂ© que la Turquie livrait du matĂ©riel militaire Ă  des groupes “jihadistes” syriens proches de Daesh?

La coalition alliĂ©e devrait-elle prendre appui sur l’ArmĂ©e Syrienne Libre ? L’ARS Ă©tait la principale force opposĂ©e Ă  Bachar El-Assad au dĂ©but de la guerre civile syrienne, avant d’ĂŞtre surpassĂ©e par les factions “jihadistes” proches de Daesh. CommandĂ©e par d’anciens officiers syriens, l’ARS se prĂ©vaut d’un programme dĂ©mocratique. Du fait qu’elle reprĂ©sente une alternative au rĂ©gime syrien et aux brigades salafistes, elle reçoit depuis quatre ans l’aide politique, matĂ©rielle et financière occidentale. Le hic, c’est que cette troupe de 80. 000 hommes, dont une bonne part de civils, dotĂ©e d’un Ă©quipement plutĂ´t sommaire a dĂ©jĂ  assez Ă  faire avec les soldats de Bachar El-Assad, soutenus par le redoutable Hezbollah libanais. Depuis des semaines, elle subit aussi des bombardements quotidiens de l’aviation russe, Moscou ayant rĂ©solu de mettre en Ă©chec le plan euro-amĂ©ricain de faire chuter le rĂ©gime syrien.

 

Les alliĂ©s convaincront-ils la Russie de les rejoindre ? Depuis les attentats commis, le 13 novembre 2015, par Daesh Ă  Paris, François Hollande fait les yeux doux au prĂ©sident Poutine afin qu’il rejoigne la coalition arabo-occidentale dirigĂ©e par les Etats-Unis. Mais Poutine est un sacrĂ© client! D’abord, il faudra, pour l’amadouer, renoncer Ă  renverser son ami Bachar El-Assad, ce qui revient Ă  sacrifier l’ARS. Ensuite, il faudra songer Ă  lever les sanctions que lui impose l’Occident Ă  cause de l’annexion de la CrimĂ©e.Enfin, Poutine pourrait exiger du duo amĂ©ricano-saoudien d’arrĂŞter la stratĂ©gie de surproduction pĂ©trolière visant Ă  affaiblir l’Ă©conomie russe. En un mot, Poutine, cet ancien du KGB qui, alternant la ruse et la force, rĂŞve de recrĂ©er une mini-URSS, pourrait vouloir monnayer son soutien Ă  la coalition contre sa rĂ©admission Ă  la table des grands, une table dont ses rivaux euro-amĂ©ricains inclinent Ă  le chasser.

 

Bachar boit du petit lait

On le voit, la lutte contre Daesh est en train de tourner en faveur du rĂ©gime syrien. Tant qu’une solution politique n’aura pas Ă©tĂ© trouvĂ©e au conflit syrien (et il n’y en aura aucune qui n’inclurait pas le maintien de Bachar au pouvoir), Daesh aura encore de beaux jours devant lui car le monde ne parviendra pas Ă  s’unir ni Ă  dĂ©ployer des forces terrestres contre lui. En vĂ©ritĂ©, la coalition anti-Daesh que la France s’active Ă  fonder depuis le 13 novembre existe dĂ©jĂ ; cependant, elle ne se renforcera du soutien russe, syrien ou iranien, que lorsque l’Occident aura Ă´tĂ© Bachar de la palette des blocages pour le rĂ©admettre dans la gamme des solutions. Certes, François Hollande a suivi le conseil de son rival, Nicolas Sarkozy, de rĂ©duire son hostilitĂ© envers Moscou et Bachar, mais sera-t-il entendu par Obama, le patron des alliĂ©s, qui n’a pas forcĂ©ment envie d’abandonner Ă  leur sort les “dĂ©mocrates” de l’ARS ? En attendant que l’Occident, Ă  l’aide d’un nouveau miroir gĂ©opolitique, cesse de voir en lui le diable Ă  quatre cornes, Bachar El-Assad boit du petit lait.

 

Quid de l’Iran ? Sans le crier sur les toits, l’Iran a tout rĂ©cemment dĂ©pĂŞchĂ© 15. 000 hommes en Syrie au prĂ©texte  de contenir Daesh. Ce beau prĂ©texte ne saurait occulter le fait que le pays des ayatollahs chiites est un alliĂ© de Bachar El-Assad, lui aussi chiite. Pas sĂ»r que les 15. 000 soldats rĂ©gentĂ©s par le gĂ©nĂ©ral Qasem Soleimani, commandant de la force d’élite iranienne “Al-Qods”, laisseront le chef de l’Etat syrien Ă  la merci du “Grand Satan” amĂ©ricain et de ses amis !

En tout Ă©tat de cause, s’il arrive que, par miracle, l’Occident se sorte de ce bourbier, il reflĂ©chira Ă  deux fois avant de fondre, tel un vautour du dĂ©sert, sur le premier “tyran” venu. Comme frappĂ©s de signe indien, les Occidentaux n’ont-ils pas crĂ©Ă© Oussama Ben Laden pour hĂ©riter d’Al-Qaida ? N’ont-ils pas renversĂ© Mouammar Khaddafi pour livrer la Libye au chaos? N’ont-ils pas pendu Saddam Hussein pour donner naissance Ă  Daesh ?

La RĂ©daction

PARTAGER

1 commentaire

  1. non Daesh n’a pas Ă©tĂ© enfantĂ© en France !! la première connerie a Ă©tĂ© que Bush veuille se dĂ©barrasser de Saddam .AprĂ©s avoir mis un bordel pas possible en Irak ou les communautĂ©s chiites et sunites ont commencĂ© a se battre entre eux . Les amĂ©ricains en partant ont laissĂ© une Irak du matĂ©riel neuf a Ă©quiper une armĂ©e entière pour les irakiens . Le problème c’est que dès que çà a commencĂ© a chauffer pour l’armĂ©e irakienne ,ses gĂ©nĂ©raux ont Ă©tĂ© aussi laches que les soldats maliens en 2013 , ils se sont sauvĂ© en hĂ©licoptère .La suite on la connait , quand vous avez des milliers de traines savates qui dĂ©filent en criant Allahou Aqbar ,on leur donnai a manger , des armesneuves , s’ils voulaaient tuer leur voisin avec lequel ils s’Ă©taient engueulĂ© la veille ,pas de problème ,tout le monde Ă©tait d’accord !

Comments are closed.