Espagne : au moins 67 migrants morts lors de tentatives d'entrée dans l'enclave de Ceuta
Le décompte des victimes a grimpé de façon continue depuis jeudi : 18 morts annoncés dans un premier temps, puis 43, puis 57 vendredi, avant d'atteindre 67 samedi matin selon le gouvernement espagnol
Le bilan ne cesse de s'alourdir à l'enclave espagnole de Ceuta, où au moins 67 migrants ont perdu la vie ces derniers jours en tentant de rejoindre le territoire espagnol depuis le Maroc, selon un décompte communiqué samedi par le ministère espagnol de l'Intérieur. En l'espace de quelques jours, environ 60 000 personnes ont franchi illégalement la frontière, plongeant cette petite ville autonome dans ce que ses autorités qualifient d'urgence humanitaire absolue.
Une vague sans précédent depuis 2021
Tout a basculé jeudi dernier. Alors que l'enclave n'avait enregistré qu'entre 1 500 et 2 000 entrées sur les dix jours précédents, plusieurs milliers de personnes se sont soudainement jetées à l'eau ou ont franchi la clôture terrestre en l'espace de quelques heures. Le phénomène a rapidement pris des proportions inédites : en une seule journée, jusqu'à 50 000 migrants auraient traversé, selon des sources policières citées par la presse espagnole.
Le président du gouvernement local, Juan Jesus Vivas, a tenté de faire mesurer l'ampleur du choc pour une ville qui compte environ 85 000 habitants. Il a comparé la situation à l'arrivée simultanée de 34 millions de personnes sur l'ensemble du territoire espagnol en une seule journée une image destinée à souligner l'impossibilité, pour les services locaux, d'absorber une telle pression en si peu de temps.
Un bilan humain qui s'alourdit heure après heure
Le décompte des victimes a grimpé de façon continue depuis jeudi : 18 morts annoncés dans un premier temps, puis 43, puis 57 vendredi, avant d'atteindre 67 samedi matin selon le gouvernement espagnol. La grande majorité des victimes se sont noyées en tentant la traversée à la nage ou à l'aide de dispositifs de fortune, une méthode de plus en plus prisée par les candidats à l'exil pour contourner la clôture ultra-sécurisée qui sépare les deux territoires. D'autres sont morts dans la bousculade, écrasés lors des mouvements de foule à la digue de Tarajal, point de passage devenu tristement familier lors des précédentes crises migratoires.
Sur place, un responsable local d'une association représentant des agents de la Guardia Civil a décrit une situation hors de contrôle, évoquant une crise humanitaire sérieuse face à laquelle les secours peinaient à faire face.
Renforts militaires et retours massifs vers le Maroc
Face à l'ampleur de la crise, Madrid a dépêché des renforts policiers et militaires supplémentaires, y compris des plongeurs et des embarcations, pour venir en aide à la Guardia Civil déjà présente sur zone. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'est rendu vendredi sur place pour rencontrer les autorités locales et les responsables sécuritaires.
Dans le même temps, un mouvement de retour volontaire de grande ampleur s'est amorcé : plus de 48 000 migrants étaient déjà repartis vers le Maroc vendredi soir, à un rythme atteignant, selon le ministère de l'Intérieur, jusqu'à 150 personnes par minute. Samedi matin, des milliers de candidats à l'émigration — en large majorité de jeunes Marocains — continuaient d'être rapatriés en autocar ou via la gare de Tanger, sous la supervision des autorités marocaines, qui assurent avoir désormais totalement sécurisé le poste-frontière de Fnideq ainsi que les hauteurs environnantes d'où des jets de pierres avaient visé les forces de l'ordre.
Une onde de choc politique en Europe
La crise a rapidement dépassé le seul cadre hispano-marocain pour devenir un sujet de tension à l'échelle européenne. La France a annoncé un renforcement de ses contrôles à la frontière avec l'Espagne, tandis que l'Italie a réclamé une suspension pure et simple de l'Espagne de l'espace Schengen, la zone de libre circulation européenne.
Pedro Sánchez a de son côté dénoncé l'attitude qu'il a jugée égoïste de certains pays membres de l'Union européenne face à une crise qu'il présente comme un défi collectif plutôt qu'un problème purement espagnol. Ses services ont par ailleurs évoqué une possible instrumentalisation du phénomène par des réseaux de passeurs, qui auraient profité d'une interprétation opportuniste d'une récente décision de la Cour suprême espagnole restreignant certaines procédures d'expulsion immédiate.
Un scénario déjà vu, mais jamais à cette échelle
Cette crise rappelle immanquablement celle de mai 2021, lorsque près de 10 000 migrants marocains et subsahariens avaient franchi la frontière en quelques jours à peine, provoquant déjà à l'époque l'envoi de renforts militaires. Mais l'épisode actuel s'en distingue par son ampleur : jamais un tel nombre de passages n'avait été enregistré en si peu de temps sur l'une des deux seules frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe, que forment Ceuta et Melilla.
Alors que les autorités espagnoles et marocaines assurent avoir repris le contrôle de la situation, la question du sort des milliers de personnes encore présentes dans l'enclave, ainsi que celle des responsabilités dans le déclenchement de cette vague, restent pour l'heure sans réponse claire.
Source: https://www.aa.com.tr/fr