Guerre en Iran : entre colère et peur, les coulisses de Trump en chef guerre
Le « Wall Street Journal » a publié une longue enquête sur la façon dont Donald Trump gère, au jour le jour, le conflit militaire lancé par les États-Unis contre l'Iran le 28 février dernier. Le portrait qui en ressort tranche avec l'image du président tout-puissant : un homme impulsif, parfois anxieux, souvent distrait, qui improvise ses décisions les plus lourdes.
Vendredi saint, l'aile ouest de la Maison-Blanche est quasi déserte quand Donald Trump apprend qu'un avion américain vient d'être abattu au-dessus de l'Iran. Deux pilotes sont portés disparus. Pendant des heures, le président tempête contre ses collaborateurs et exige une opération de sauvetage immédiate. Problème : les États-Unis n'ont plus mis les pieds sur le sol iranien depuis la révolution islamique de 1979. Ses conseillers décident de le tenir à l'écart des mises à jour en temps réel, jugeant que son impatience serait contre-productive. Le premier aviateur est récupéré rapidement. Il faut attendre le samedi soir pour que le second soit extrait au terme d'une opération à haut risque. Après deux heures du matin, Trump va finalement se coucher, raconte le Wall Street Journal dans une très grande enquête.
Six heures plus tard, le matin de Pâques, il publie sur Truth Social, son réseau social, un message très menaçant envers Téhéran : « Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer. VOUS ALLEZ VOIR ! », en ajoutant : « Gloire à Allah ». Une sortie hasardeuse qui provoque une avalanche d'appels indignés de sénateurs républicains et de responsables chrétiens. Interrogé par un conseiller, Trump assume : il voulait paraître le plus imprévisible possible pour forcer les Iraniens à négocier.
Deux jours plus tard, le 8 avril, il va encore plus loin et dans un nouvel ultimatum, menace de détruire la civilisation iranienne si aucun accord n'est trouvé sous douze heures. Selon le Wall Street Journal, ce message n'a été coordonné avec aucun plan de sécurité nationale et s'agit d'une pure improvisation. Moins de quatre-vingt-dix minutes avant l'expiration du délai, Trump annonce un cessez-le-feu précaire de deux semaines.
La crainte de l'échec de Jimmy Carter
Ce que l'enquête du quotidien américain met en exergue, c'est le décalage entre la brutalité du discours public de Donald Trump et son anxiété en privé. Trump a par exemple refusé d'envoyer des troupes au sol pour s'emparer de l'île de Kharg, d'où partent 90 % des exportations pétrolières iraniennes, par crainte de pertes américaines trop élevées. La référence qui le hante, selon ses proches, c'est celle de Jimmy Carter et de l'échec du sauvetage des otages américains à Téhéran en 1980, un fiasco qui avait contribué à la défaite du président démocrate lors de l'élection présidentielle face à Ronald Reagan.
Au sujet de la fermeture du détroit d'Ormuz, où transit environ 20 % du pétrole mondial, le quotidien américain affirme que plusieurs conseillers du président n'auraient pas anticipé que le trafic des tankers s'arrêterait aussi vite. La fermeture du détroit a fait bondir le prix de l'essence aux États-Unis de plus d'un dollar par gallon, soit l'équivalent d'une hausse d'environ 25 centimes par litre.
De plus, Trump est furieux contre les Européens, qui refusent de s'engager à ses côtés. Il reproche au premier ministre britannique Keir Starmer sa lenteur à ouvrir les bases militaires du Royaume-Uni. Il moque Emmanuel Macron en réunion à la Maison-Blanche, traînant les syllabes de son prénom avec un accent français appuyé après une série de désaccords entre les deux hommes.
La Medal of Honor pour Trump
Au-delà des hésitations de Donald Trump, le WSJ raconte la facilité avec laquelle Trump se laisse distraire du conflit. Il consacre plusieurs réunions par semaine à la salle de bal qu'il fait construire dans l'enceinte de la Maison-Blanche, dont il montre fièrement les plans à ses visiteurs. Le soir même de sa menace contre la civilisation iranienne, il recevait des donateurs et évoquait l'idée de s'attribuer la Medal of Honor, la plus haute distinction militaire américaine, réservée aux actes de bravoure au combat. Pour justifier cette idée, il a raconté un atterrissage nocturne jugé effrayant lors d'une visite aux troupes en Irak durant son premier mandat. Sa porte-parole a assuré qu'il plaisantait.
Kori Schake, chercheuse à l'American Enterprise Institute, un cercle de réflexion conservateur de Washington, et ancienne du Conseil de sécurité nationale sous George W. Bush, résume le paradoxe au Wall Street Journal : les États-Unis enchaînent les succès sur le terrain, mais ces victoires ne débouchent sur rien de décisif, faute de planification et d'attention de la part du président.
Le conflit, que Trump avait promis de boucler en six semaines, a dépassé ce délai. Le régime des ayatollahs a été décapité par les frappes initiales, mais il a été remplacé par des dirigeants jugés plus radicaux. Le cessez-le-feu reste fragile. Washington mise désormais sur une médiation du Pakistan pour tenter de mettre fin à ce conflit de moins en moins populaire aux États-Unis.
SOURCE: https://www.parismatch.com/