Autoportrait du Mali: Les obstacles à la paix

11 Juil 2015 - 10:00
Mis à jour: 11 ans
127
« Depuis 50 ans, l’Etat n’investit que dans le nord en abandonnant le sud…Nous les nordistes nous sommes oubliés dans notre misère alors qu’au sud toutes les routes sont goudronnées !» Jeudi dernier, dans un film documentaire réalisé par l’IMRAP et Interpeace, diffusé à l’institut français de Bamako, plusieurs invités se sont retrouvés à l’écran face au Malien lambda, frappé par la crise et qui livre sans pression son analyse personnelle sur les maux qui minent le Mali, menaçant même son existence. [caption id="attachment_1055952" align="aligncenter" width="899"]Plus de décentralisation permettrait aussi de prévenir à l'avenir des rébellions touaregs. REUTERS/Joe Penney Plus de décentralisation permettrait aussi de prévenir à l'avenir des rébellions touaregs.
REUTERS/Joe Penney[/caption] Bamako-maliweb.net/- Du bucheron de Kadiolo au cultivateur de Niono. Du pêcheur de Mopti au mineur de Kalana. D’ancien chef d’Etat au juriste dans son bureau en passant par un ancien ministre. Du préfet dans son bureau en plein désert, au militaire sur le terrain des hostilités, en passant par la vendeuse des oranges. Du chef de tribu à Kidal au docker de Kayes en passant par l’éleveur de Tombouctou, ce sont les Maliens eux-mêmes qui, après avoir regardé la situation du pays en face, dégagent librement leurs analyses dans ce film intitulé « l’Autoportrait du Mali ». En clair, ce documentaire condense la voix de plus 4500 Maliens qui se sont investis dans le processus unique de dialogue et de consolidation de la paix au Mali. L’œuvre audiovisuelle, si riche en avis divergents sur toutes les thématiques, est menée par l’Institut malien de recherche action pour la paix(IMRAP) et son partenaire Interpeace, une ONG œuvrant pour la paix. Comme vision commune, ces partenaires entendent contribuer au renouvellement d’un vouloir vivre ensemble harmonieux et à l’enracinement du dialogue inclusif comme mécanisme permettant d’adresser ensemble les défis à la paix. Pour objectifs fixés, les l’Imrap et Interpeace veulent renforcer et de rétablir la confiance entre tous les Maliens et rapprocher les populations entre elles et les leurs gouvernants. Ils veulent aussi permettre aux Maliens de développer ensemble un Agenda pour la paix basé sur une compréhension partagée des obstacles et des opportunités pour la paix, etc. Dans leur approche, les chercheurs se sont appuyés sur la conviction que les Maliens détiennent une connaissance approfondie de leur contexte et sont donc à même de trouver des solutions appropriées pour une paix durable dans leur pays. En fait, sans parti pris, le rôle de l’IMRAP, selon ses responsables, est d’offrir un espace d’échange et d’auto-analyse aux populations pour leur permettre d’identifier les grands défis à la paix avec comme résultat initial souhaité un autoportrait du Mali et un agenda pour la paix. Ainsi, permettre aux Maliens de devenir de vrais acteurs du changement pour le renouvellement d’un vouloir-vivre ensemble, les opportunités de changement par l’action collective seront identifiées afin de définir le rôle de chacun dans la construction d’un Mali pacifique. Pour obtenir les avis des populations « nous avons posé juste une question à chaque personne ». A savoir : « Quelles sont les obstacles à la paix ? » Réponses de Maliens : -« Depuis 50 ans, l’Etat n’investit que dans le nord en abandonnant le sud… on dirait que le Mali c’est seulement au nord !», explique un paysan dans un cercle de la région de Kayes. -« Nous les nordistes nous sommes oubliés dans notre misère alors qu’au sud toutes les routes sont goudronnées, ici, pas d’université, pas d’hôpitaux, tout est à Bamako… c’est de l’injustice !», s’insurge un réfugié malien dans le camp de Mbéra en Mauritanie. -« D’ici, nous entendons les gens dire que l’Etat donne des tracteurs aux paysans, nous n’avons rien vu, tout est distribué au sud ! », fulmine un autre du nord. -« Il est inacceptable de de cautionner que rien n’a été fait dans le nord dans l’agriculture, s’insurge Ahmed Ag Hamani, ancien premier ministre. Des périmètres ont été irrigués le long du fleuve Niger.» -« Beaucoup de fonds ont été investis dans le but de développer le nord », explique l’ancien président Moussa Traoré. -« Dès qu’on parle de recrutement dans la fonction publique, ce sont des nordistes qui sont les plus favorisés…Et les projets de développement en tous domaines sont toujours localisés vers le nord… Une bonne partie du budget d’Etat est consacrée à la construction des infrastructures soit à Kidal, à Gao ou à Tombouctou, argue un habitant de Koulikoro. Regardez, comment la route Bamako-Koulikoro est dégradée… ! » -« Même dans l’Armée, le nordistes sont les plus gradés. Il suffit de prendre les armes au Mali pour qu’on t’entende car le diplôme ne vaut plus rien, alors moi aussi je vais prendre une arme pour qu’on m’entende », commente un étudiant touareg à Bamako. -« La plupart de ceux qui deviennent soldats au Mali, sont pour se venger des leurs, assassinés… il en est de même pour ceux qui prennent les armes pour militer dans la rébellion », croit savoir une vendeuse d’orange. -« La justice est corrompue et le pauvre a toujours tort…Seulement les fils des dirigeants ont accès à des bonnes écoles à l’étranger, et ceux dont les pères nous dirigent aujourd’hui, reviendront diriger nos enfants demain…Pire, à l’université, les filières ne correspondent pas au marché de l’emploi. », se révolte un jeune diplômé sans emploi. -« Ce sont les populations elles-mêmes qui crient à la corruption qui encouragent la corruption, explique un magistrat. Voyez : un juge qui a en main une affaire opposant deux citoyens, assis dans son bureau avec comme souci : comment payer ses factures d’eau et d’électricité ? Et qu’un défendeur ou un plaignant lui tende 200.000 FCFA, tout en le suppliant ! Il faut être très fort pour y résister ! » -« On nous a parlé de décentralisation, alors que les maires et les préfets ne sont là que pour alimenter des conflits d’intérêts en vendant nos terres, d’où les conflits fonciers qui nous divisent dans nos villages. Or, autrefois, le chef du village était la seule autorité habilitée à le faire et personne ne trouvait à redire », remarque un habitant de Sikasso. -« La Décentralisation comme mode de gouvernance adopté par la troisième République, n’a pas montré ses limites comme le prétendent certains…Un Etat décentralisé se construit dans un espace de 100 à 150 ans, et non en 10 ou 15 ans », fait comprendre l’ancien ministre Ousmane Sy, dans le film. Entre autre… le film Autoport est le résultat d’une consultation de toutes les couches de la population malienne dans le but d’atteindre une masse critique de Maliens et d’assurer une représentativité qui légitime les résultats de cet exercice. Le résultat : Un autoportrait qui prend réellement en compte tous les points de vue. Et de tous les points de vue recueillis, il nous est revenu que les Maliens du nord comme du sud, tiennent à leur pays qu’est le Mali. Ce qui les affecte depuis peu, c’est l’injustice, l’impunité et la mal gouvernance dans tous les domaines. Et selon l’avis de tous, le seul fautif est « l’Etat. » Mais qu’est-ce que chacun a fait pour ne pas en arriver là ? Les recherches se poursuivent, nous a-t-on indiqué. Issiaka M Tamboura (maliweb.net)

Quelle est votre réaction ?

Like Like 0
Je kiff pas Je kiff pas 0
Je kiff Je kiff 0
Drôle Drôle 0
Ouah Ouah 0
Triste Triste 0
Hmmm Hmmm 0

Commentaires (127)

User
Moulay
Moulay 11 ans
Les problemes de developpement ne sont pas si simples pour etre soumis a la reflexion d’un chacun. Ils exigent beaucoup d’intelligence pour les comprendre et de competence pour les resoudre.Pour commencer,je dirais que le regionalisme choisi ne correspond pas au besoin de developpement du Mali a tous les points de vue:Le peu de ressources dont le pays dispose sera saupoudre a travers les regions .Compte tenu du niveau de corruption parmi les gouvernants,le regionalisme donne aux cadres politiques et administratifs regionaux des opportunites d’enrichissement illicite.Sur le plan de programmation economique,nous allons voir une serie d’absurdites economiques: insuffisance de “prioritation” des projets,manqué de coordination et de collaboration entre les regions,projets commences et non acheves par manqué de planning financier,etc,etc.Quand on voit par exemple la liste de projets d’infrastructures,on se demande sur quels criteres ces projets ont ete etablis.Les infrastructures doivent declencher le developpement regional tout en stimulant le commerce intra regional et intra CEDEAO.Quand on entend parler les experts du Ministere des Collectivites,on s’apercoit qu’ils connaissent les problemes de decentralisation. Pourquoi alors ces absurdites.M.Diop a bien conduit les negociations pendant 8 mois pour revenir echouer brusquement sur les points vitaux qu’il voulait preserver.Et cela en intervalle de quelques jours. Toutes ces intrusions non desirees dans la politique du Mali sont nefastes.Nos experts connaissent les problemes.Laissons plus de place a l’expertise quand la politique est pourrie.Il faut reflechir sur les problemes. Dans une region peu peuplee avec des populations dispercees,il faut concervoir un concept non d’urbanisation mais de grandes agglomerations. dans des emplacements bien choisis: presence de l’eau,de terres labourables, connexion avec d’autres gros villages,resources exploitables pour les populations.C’est la ou il faut proceder a des ameliorations de services vitaux pour attirer plus de gens :eau,electricite,institutions educatives,grandes cliniques ,cinema,equips de football,etc.C’est dans cette perspective,que l’on devrait developer les infrastructures regionales.
Mamby Keita
Mamby Keita 11 ans
Le paysan du Cercle de Kayes n'a-t-il pas raison? Depuis 50 ans Le Nord n'a été qu'un tonneau sans fond de l'Etat malien . A quoi bon de construire des hôpitaux ,des écoles et autres Services si ce n'est que pour les détruire après ?Et qui les détruit ?Ce ne sont-ils pas les Eux-mêmes Quand les nordistes seront honnêtes ,le Mali sera en paix
Mahamane Badou
Mahamane Badou 11 ans
Monsieur le journaliste, c'est le Nord qui est abandonné ou bien c'est le Sud ? Il faut d'abord contrôler ce que vous écrivez et qui contient une contradiction flagrante: « Depuis 50 ans, l’Etat n’investit que dans le nord en abandonnant le sud…Nous les nordistes nous sommes oubliés dans notre misère alors qu’au sud toutes les routes sont goudronnées !» En guise de réponse au problème, c'est à dire le fausset entre le Nord et le Sud, c'est une réalité bien que toutes les régions du Mali sont en crise d'infrastructures de développement. Tout le Mali est sous-développé, même la région de Kayes qui a eu le plus de présidents de la République au Mali. Mais certaines zones valent mieux que les autres dans la mesure où toutes les régions n'ont pas les mêmes réalités (climat, ressources, distance par rapport à Bamako, etc.) Les régions du Nord sont défavorisées par des facteurs multiples en plus de la gestion des autorités centrales. Le sac de riz n'a pas le même prix à Kidal qu'à Koulikoro et la température à Gao est différente de celle de Sikasso sans compter qu'elle s n'ont pas les mêmes infrastructures économiques. Il faut dire la vérité, cela ne doit pas être la cause d'une adversité entre régions ou zones car tout citoyen doit être juste. L’État qui doit redistribuer les revenus de façon juste pour corriger les inégalités n'a toujours privilégié que les dirigeants mafieux et leurs proches. Tout le Peuple doit exiger une juste répartition des recettes de l'Etat et une gestion rigoureuse et saine. Aucune région ne se développera sans cela. Mahamane.
Doucouré
Doucouré 11 ans
MR Mahamane, au lieu de t'en prendre au journaliste, aie le moindre courage de lire son article. Tu ne lis pas et tu crois comprendre ?
Mahamane Badou à Doucouré
Mahamane Badou à Doucouré 11 ans
Monsieur Doucouré, merci pour votre réaction par rapport à la mienne. Un journaliste doit être rigoureux dans la rédaction. Vous ne voyez donc pas la contradiction, vous qui avez lu l'article ? Ces 2 points de vues (de sudistes et de nordistes) ne doivent pas être formulés de cette façon, dans la même phrase. On peut bien sûr comprendre (deviner) ce qu'il veut dire mais il y a ce que dit la phrase et ce qu'il veut dire. C'est parce que j'ai compris à travers le reste de l'article que je me suis prononcé. Pareille pour vous Doucouré. Lorsqu'on appelle quelqu'un par Monsieur, on doit naturellement dire vous au lieu de tu comme vous l'avez fait. Cordialement Mahamane
Candide
Candide 11 ans
Bamako et ses rumeurs... Je n'ai rien dit dèh aywa...
MUGABE
MUGABE 11 ans
"Korotumu" 1868 commentaires 11 juil 2015 à 19:06 J’espere que u es bien paye pour faire la propaganda du chef de la famille d’abord…. i fougariden :twisted: Sans blague. Remarquez ce monsieur. Il a tant des commentaires. Et sur un sujet aussi sensible, c'est tous ce qu'il trouve à dire. Il parles de paye et de propagande, juste pour qu'on le lise. Et les losers de cette classe sont nombreux sur ce forum. 1868 Commentaires et on ne connait toujours pas l'idéologie que tu défend. Moi à ta place, j’arrêterai de faire le singe. Même quand on est un macaque, on apprend à ne plus faire le pitre. Frère Korotum, comme tu as un semblant de connaissance, aides les frères du pays à comprendre la notion de la paix, la réconciliation et surtout la Notion du pardon.
Les commentateurs les plus actifs de la semaine:
  • Kinguiranke (114)
  • Nfp (85)
  • Kankan (53)
  • Sissoko (28)
  • Citoyen du monde (21)