Les chefs des insurgés ne ratent plus aucune occasion pour mettre la pression sur le gouvernement sur ce qu’ils considèrent comme un retard dans l’application de l’Accord d’Alger. En exprimant avec véhémence leur impatience vis-à-vis de la lenteur dans l’attitude des pouvoirs publics, les insurgés ressortent encore une fois avec de nouvelles revendications. Comme pour narguer le gouvernement…
Les insurgés du 23 mai font aujourd’hui l’événement en adressant de nouvelles exigences au facilitateur algérien. Il s’agit de la suppression des postes de contrôle, le départ des renforts dépêchés à Kidal conséquemment aux évènements du 23 mai 2006, la suspension du recrutement en cours et la libération des personnes détenues suite aux évènements du 23Mai. Ces nouvelles exigences de la prétendue alliance démocratique du 23 mai pour le changement, dont les ténors piaffent d’impatience, depuis l’installation du comité de suivi à Kidal, ont été adressées à la partie algérienne, en tant que facilitateur, afin qu’elle les transmette au gouvernement malien qui doit, en définitive, les examiner. Le gouvernement malien a-t-il officiellement reçu ces nouvelles doléances des rebelles ? Quelle sera alors la marge de manœuvre du facilitateur dans cette nouvelle épreuve ?
Drôle de guerre
En réalité, FAGAGA et consorts, les chefs des insurgés, ont su profiter de la situation ni paix ni guerre, qui règne à Kidal, depuis la signature de l’Accord d’Alger, pour maintenir les autorités maliennes dans une pression permanente. En évoquant tout récemment, comme ils l’ont fait, une hypothétique lenteur, imputable, à leurs yeux, à l’administration militaire, les insurgés savent pertinemment qu’ils enveniment inutilement une situation psychologique et sociale extrêmement difficile dans la zone dont la maîtrise ne dépend pas que des seules autorités maliennes. Et pour cause ! Certes, les insurgés de Kidal ont rejoint le siége du comité de suivi de l’Accord d’Alger, basé à Kidal, mais le commandement militaire opérationnel des rebelles, lui, est toujours maintenu à l’alerte maximum dans les grottes de Thégargarete.
Cette situation, pour le moins incompréhensible après l’Accord d’Alger, des mois durant après sa signature, et l’installation du comité de suivi, des semaines après, ne favorise pas le retour de la paix dans la zone. Le tout est rendu difficile avec la convocation et la tenue du congrès des insurgés à l’issue duquel les rebelles ont mis en place un appareil politico-militaire dont la seule évocation, dans le contexte actuel, traduit la crise de confiance qui s’installe entre les parties. En faisant comme ils l’ont fait avec la mise en place de ce directoire de commandement, de type hybride dont le militaire le dispute au politique, les insurgés, grands manipulateurs qu’ils sont, savent bien que le gouvernement du Mali, même après l’installation du comité de suivi, ne peut pas prendre le risque de déployer ses hommes qui sont retranchés dans les environs de Kidal, depuis l’attaque des camps militaires le 23 mai dernier. On le voit, les deux forces militaires sont campées dans leur position respective, chacune d’elle retranchée dans ses bastions. Le Mali, par la voie de ses plus hautes autorités, a affirmé à qui veut l’entendre qu’il ne veut pas d’une guerre inutile. Cependant, dans les faits, la situation de ni paix ni guerre qui règne dans la zone ne donne aucune marge de manœuvre pour le pays qui est obligé de gérer ses arrières. Le gouvernement doit s’occuper du moral et de l’entretien de ses éléments militaires qui ont été envoyés en renfort dans le nord pour les besoins sécuritaires.
Offensive internationale
En saisissant le facilitateur algérien, pour se plaindre, comme ils l’ont fait, les ténors de la rébellion, à l’image de FAGAGA et consorts, ont voulu simplement exceller dans la propagande en mettant une sorte de pression psychologique sur les autorités maliennes, lesquelles sont loin d’imaginer que la crise actuelle de Kidal peut être exportée à des fins de propagande. Eh bien ! C’est désormais sur ce registre que les insurgés de Kidal jouent en sachant pertinemment que le gouvernement du Mali ne peut raisonnablement faire d’autre que de jouer à l’apaisement, lui qui a dit à la face du monde qu’il ne fera pas la guerre et qu’il souscrit entièrement à un accord signé à Alger. Un accord qui n’est même plus loin d’être dénoncé par les rebelles.
Voilà l’option est prise pour engager une offensive diplomatique sur la communauté internationale qui, elle, s’en tient à ce que les autorités maliennes ont dit publiquement sur leur souci d’éviter la guerre à tout prix. Dans le débordement de la situation de Kidal, tout autre attitude du gouvernement malien sera interprétée comme une fuite en avant destinée à discréditer le pays. Les insurgés le savent désormais si bien qu’ils n’hésitent plus à l’exploiter à fond. Pour marquer le coup de la propagande et de la surenchère, les insurgés maintiennent la pression si forte qu’ils vont jusqu’à entonner de nouvelles revendications. De revendications en revendications, on en vient maintenant à crédibiliser des gens, c’est-à-dire les insurgés de Kidal, ceux-là même, qui ont pris les armes contre leurs propres garnisons, et qui, par la force des choses, deviennent les héros vantés et adulés, tant au plan national qu’international.
Par cette nouvelle approche dans leurs rapports avec les autorités maliennes, les insurgés, profitant de l’extrême sensibilité de la situation, tout en confinant les autorités nationales dans d’interminables pourparlers, relativement à une situation sécuritaire précaire à laquelle ils n’ont eux-mêmes rien fait pour calmer, mettent le cap sur la communauté internationale. Cette dernière aura du mal à comprendre un durcissement du ton des autorités maliennes quand bien même que les circonstances l’exigeront. D’autant que ce sont elles, d’une manière invariable et déterminée, qui ont publiquement exprimé leur refus de faire la guerre. Comme si la guerre était la seule alternative de cette situation conflictuelle après l’Accord d’Alger, sous sa forme actuelle, et que d’autres engagements, en dehors de ceux qui ont été conclus, ne pouvaient pas être plus meilleurs ou plus bénéfiques pour le pays et la paix dans la zone concernée.
On le voit, les insurgés ne s’occupent même plus du respect du texte de l’Accord d’Alger, en tant que tel. Aujourd’hui, ils ouvrent de nouvelles brèches pour y s’engouffrer avec de faux prétextes liés à la complexité même du terrain.
Sékouba SAMAKE