Lettre ouverte au ministre de la Sécurité et de la Protection civile et au Président du Conseil national des jeunes du Mali

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La moto Djakarta, un petit engin a destruction massive

L’engin à deux roues le plus prisé, le plus partagé et le plus accessible, de nos jours, s’appelle Djakarta. C’est une métonymie qui renvoie à la capitale de l’Indonésie où elle est née. Nos routes en sont peuplées. Puis, nos hôpitaux regorgent de ses victimes. Enfin, les sépulcres portant des épitaphes d’adolescents fauchés crus par ces maudits engins en sont la nécrologie.

  • La moto tue environ une à deux personnes par jour au Mali : c’est trop !

Les statistiques, année après année, prouvent que ce petit nerveux au moteur impulsif est un véritable engin à destruction massive de jeunes. La moto, toutes marques confondues, fait au Mali environ un à deux morts par jour. La route malienne est devenue le théâtre de l’hécatombe juvénile même dans les zones minières où la moto s’érige en phénomène de mode irrésistible et enivrant : (exhibitions acrobatiques, parades, mal-vie dans le jargon juvénile et moult risques paranoïaques) au point que la thématique de la lutte contre l’insécurité routière devienne un vœu pieux.

  • Mieux vaut une politique du bâton et de la carotte

Ce qui exacerbe le danger de mort inhérent aux motos est, avant tout, l’incivisme d’un côté et de l’autre la non-assistance à personne en danger rendant l’Etat coupable de cette tragédie sans fin. Hélas !

Par cet incivisme, le motocycliste refuse le casque et dédaigne les gants et les chaussures fermées.

Il répugne au permis de conduire et rejette les plaques d’immatriculation et minimise l’assurance.

Il boude le ou les rétroviseurs, voire les clignotants et le feu rouge a fortiori les panneaux de signalisation ;

Il défie outrageusement les fonctionnaires de police et gendarmes ;

Le motocycliste pousse le zèle, des fois, jusqu’à vouloir se passer du phare même sur les artères non, ou mal, éclairées la nuit.

Aussi, néglige-t-il le port des lunettes et des imperméables pendant la saison des pluies ?

Qu’en est-il, aussi, des freins et de l’état des pneus le plus souvent usés ?

Que dire du téléphone potable au guidon tout en s’accommodant de l’addiction aux écouteurs et casques aux sonorités dépréciant leur attention dans la circulation routière ?

Aujourd’hui, impérativement, pour sauver ou assister les motocyclistes en danger il faut une politique du bâton et de la carotte. D’où une démarche méthodologique d’urgence qui, imposerait de l’Information Education Communication (I.E.C) en guise de thérapie de la cancéreuse insécurité routière. Pour la sémantique, il est :

  • De « i » comme « information » : cela reviendrait à faire des efforts pour que chaque citoyen sache que la conduite d’un engin à deux roues, soit-il un vélo, obéît à des règles dont entre autres la :
  • La maîtrise du code de la route ;
  • L’adoption d’une attitude courtoise dans la circulation routière ;
  • La détention d’un permis de conduire dûment acquis et la jouissance d’une quelconque assurance.

A titre d’information, les statistiques non reluisantes du taux d’accidents de la circulation, aussi bien dans la cité qu’en rase campagne, mériterait d’être brandi dans tout média crédible.

  • Le choc des images

Ou bien faudrait-il passer des images choquantes pour forcer la sensibilisation en frappant les consciences et les cœurs avec :

  • Le pourcentage de morts de type brutal pendant l’accident ;
  • Le pourcentage de morts post-accident, mais en lien avec ;
  • Le pourcentage de handicaps physiques irréversibles y afférent ;
  • Le pourcentage de séquelles indélébiles d’accidents;
  • Le pourcentage de traumatismes crâniens subséquents ;
  • De « E » comme « éducation »: personne ne se soucie, tel qu’il se doit de l’éducation des motocyclistes avec à l’affiche, Zéro prise de conscience collective, zéro moto école, zéro civisme. Alors que, c’est en sensibilisant l’ensemble de la société et en mobilisant tous contre la déroute routière que l’on éduquerait les groupes cibles et créerons l’espoir d’une circulation  routière sans tragédie ni larmes chaudes.

A quoi faut-il éduquer les petits amateurs et mordus  des deux roues pour en sauver plus d’un?

D’ailleurs ne faudrait-il pas seulement prendre l’exemple sur les motards qui ont pour  rôle d’assurer la sécurité du cortège présidentiel entre autres. Que portent-ils ces motards pour se protéger au mieux ? Allons savoir…

Donc, sans complaisance aucune, il faut ce préalable de  formation via des moto-écoles aboutissant à l’habilitation de rouler à moto et donnant droit au permis de conduire.

Au nombre des éléments devant faire partie de processus d’information nous avons évoqué la maîtrise du code de la route mais, ici, il s’agit de passer à la pratique grâce à une approche par compétence où il y aura zéro échec à terme.

  • Démocratiser la culture générale et la formation à la conduite de la moto

Une bonne formation du genre compte toujours une dimension de culture générale quel que soit le médium et même si l’apprenant usager est illettré et moins policé.

Tout conducteur d’engin à deux roues se doit d’être correct et discipliné. Ce n’est que dans  un contexte de culture de formation à la bonne conduite du tiers citoyen que l’on pourrait systématiquement et sévèrement punir tout contrevenant aux règles permissives de la circulation routière normative.

Nous pouvons aussi considérer comme fenêtres et outils de formation les différents canaux de communication rythmant notre quotidien.

De « C » comme communication : ne faudrait-il avoir recours aux images choquantes et même insupportables à prendre pour un mal nécessaire en vue d’impacter positivement la problématique et atteindre nos objectifs de sensibilisation?

La Communication,  important  atout  aurait pu, s’il était exploité à bon escient freiner les élans des preneurs de risques incommensurables. Mais elle n’est guère mise en valeur à souhait. Les timides émissions, de types audiovisuels souvent bâclées, n’ont que très peu d’effet versus les mauvais comportements sur la route. Il faut en revoir le contenu et en remodeler le contenant que sont les canaux de communication en termes d’audiovisuel, de presse parlée et écrite, de réseaux sociaux, de communicateurs traditionnels, d’animation socioculturelle, de panneaux et de banderoles, d’affiches, de couvertures de cahier, de blocs notes, de tee-shirts, de casquettes entre autres.

  • Sévir dans le rang des malfaiteurs et infracteurs de la route

Des journées de sensibilisation existent tant au Mali qu’ailleurs. Aussi y’a-t-il des projets et programmes pour étayer les efforts de communication qui sont légion et pour quel résultat, pourrait-on se demander, vu le caractère crescendo des accidents. Projets et programmes des fois soutenus par de grandes institutions accessibles.

Dorénavant, les messages et discours doivent être plus cohérents, frappants et incisifs. Et au bout, il ne faudrait point hésiter à sévir dans le rang des malfaiteurs et infracteurs de la route, car ceux-ci ne font pas que des victimes motorisées. Non !

Que de malheurs font-ils parmi les élèves et étudiants, les piétons ordinaires et des handicapés physiques quasi impotents sans épargner les fous errants voire les balayeurs de rue. Combien d’animaux domestiques à la recherche de leur pitance écrasent-ils : chiens, chats, caprins, lapins… ?

  • Communiquer, communiquer et communiquer pour éduquer !

En plus de la médiatisation tous azimuts tenant lieu d’IEC ci-dessus, nous pourrions, si nous le voulons, crever l’abcès sous les yeux des protagonistes, en ayant recours à des séances :

  • D’animation socioculturelle ;
  • De saynètes et de causeries débats ;
  • D’assemblées générales en milieux scolaire et universitaire ;
  • De projections de courts métrages en fans zones.

Mieux, il y a un côté rêveur offrant la possibilité de cibler quelques pays, limitrophes ou pas, où il y a, contrairement au Mali, peu d’accidents absurdes impliquant les deux roues.

Au Ghana et au Burkina Faso par exemple, c’est prouvé, il n’y a pas autant de drames ou de tragédies sur les routes qu’au Mali.

Ceci étant, afin de sous-tendre les efforts de communication et de sensibilisation, des responsables de la Police et de la Gendarmerie nationales, des responsables de la société civile, des professionnels du transport, des auto-écoles, il sied de leur faire bénéficier de voyages d’études capables de démystifier les phénomènes  « accidentogènes »  (à la limite fatidiques chez nous) et faire la symbiose des solutions constructives à dupliquer ici. Sans quoi l’on continuerait à croire, toujours à tort, que c’est partout ailleurs les mêmes scénarii d’hécatombes et de malédictions routières décimant notre jeunesse.

Le lugubre bilan des accidents non inévitables sera sûrement divisé par mille, peut-être. A la clé, le surcroît d’effort de la police et de gendarmerie entre autres emportera des primes subséquentes pour les agents impliqués.

  • Des sanctions exemplaires pour plus de dissuasion et de discipline

L’autorité de l’Etat s’en trouvera mieux avec des sanctions exemplaires au bout et des principes rudimentaires à contracter dans nos comportements car il est bon de prêcher que :

  • « L’on ne suit pas de près un cortège officiel, une ambulance, un pompier, ou un corbillard » ;
  • Brûler « le sens interdit » n’est pas une prouesse mais un risque de suicide infâme ;
  • Refuser d’être en règle fait apatride mais pas vaillant.

Voilà l’un des socles de l’art de bien conduire, soit-il en Djakarta, et qu’il faille vulgariser pour le bonheur de tous.

Analysons ensemble certaines propositions de solutions concrètes à même de réduire le taux d’accidents mortels et handicapants d’autant qu’il faudrait un remède de choc que même les sourds muets applaudiraient dans un contexte où les imprudents se tuent, se font tuer, ou tuent.

  • Une batterie de solutions possibles et à portée de main s’impose

Notre complicité passive n’est plus à démontrer à côté de la démission notoire de l’Etat échaudé par les turbulences du « front social » incandescent. Point n’est besoin de se morfondre dans le fatalisme béat, il faut agir et réagir sans ménagement parce que TOUTE VIE SAUVEE EST UN AVENIR CONSTRUIT. La prise de conscience collective est plus que jamais urgente et impérative dès lors que :

  • Chaque famille, au Mali, compte ses victimes (morts ou handicapés) des suites d’accidents non inévitables mais relevant de l’irresponsabilité généralisée et parentale.
  • Les initiatives personnelles pourraient enclencher une véritable levée de boucliers contre le phénomène néfaste d’accidents génocidaires. Et du coup l’Etat se verrait contraint de mettre dans la balance une volonté politique salvatrice pour inverser la tendance nécrologique.
  • Les mesures coercitives iraient de la simple verbalisation à la privation de certaines libertés pour neutraliser les anti-modèles de la route.
  • Les pardons sentimentalistes sans effets thérapeutiques ou d’éradication du mal endémique sont à bannir de notre gestion du mal de la route

En guise de dispositifs de lutte et de prévention contre l’insécurité routière, et vu les multiples et anachroniques interventions des parents, amis, frères et connaissances dans le but d’intimider ou d’implorer l’indulgence des agents de police et de gendarmerie en faveur du mauvais citoyen, le Mali devrait expérimenter une forme de partenariat avec des forces homologues de police et gendarmerie d’autres Etats.

Cela brisera sûrement  la chaîne des interventions inopportunes, sentimentalistes et improductives en créant un redoutable cordon de lutte et de prévention des accidents. Aussi, conviendrait-il d’envisageant l’avènement du permis de conduire  à points car la détention ad aeternam du permis actuel constitue, en elle-même, une quiétude et une garantie de prise de risque tolérée dans la conduite brouillonne des suicidaires.

Il faudra, pour ce faire, contractualiser à l’international, et par voie de la coopération,  avec des corps étrangers homologues compétents en préconisant, sans complexe ni préjugé, de placer deux policiers ou gendarmes maliens contre trois policiers ou gendarmes étrangers, anglophones, hispanophones ou lusophones de préférence à un même  check point avec synergie d’actions.

  • Des manœuvres conjointes inédites et nécessaires entre forces de l’ordre pour un objectif partagé et pragmatique

En cas d’infraction  l’agent malien n’intervient pas d’emblée. Lui, il supervise, non pas en simple spectateur mais en qualité de facilitateur tandis que le coopérant étranger qualifie puis notifie l’infraction par écrit. Selon la gravité de l’infraction  l’engin fautif est saisi et acheminé à plusieurs lieues de l’endroit où la faute a été constatée. Cela pourrait être Kita, Banamba ou Fana, c’est-à-dire à toujours plus de 100 km de distance de Bamako. Même rigueur quand il s’agirait de Kayes, Gao, Kidal…où résiderait l’infracteur.

Les frais engendrés par la manutention de l’engin incriminé, à l’aller et au retour,  sont supportés par l’infracteur. Celui-ci n’aura aucunement le droit d’accompagner l’engin ni à l’aller, ni au retour du lieu de fourrière.

Après acquittement de l’amende, son engin lui revient par les bons soins de la Police et de la Gendarmerie du Mali.

Pourquoi donc des agents étrangers sans hypothéquer notre souveraineté nationale ? Uniquement pour élever de manière pédagogique, une barrière de langue et tarir les interventions inopportunes.

  • Sonner le glas de l’interventionnisme et de l’impunité

Ainsi, tout usager d’engin à deux ou trois roues en sortant de chez lui, le matin, ou en y rentrant le soir prend ses précautions sachant qu’en cas d’inconduite il aura fort à faire à des gens qu’on ne saurait ni prendre au sentiment, ni mettre en lien avec un intervenant soit-il un officier de police ou de gendarmerie. Adviendra, ainsi, la fin de l’impunité et l’interventionnisme rampants et d’autres tares cancéreuses du secteur ainsi décrié.

  • Le fait de payer des frais élevés, aussi, est un facteur dissuasif de quiconque ne veut ni être ficher, ni se priver de son engin ni payer cher pour le récupérer.
  • Verbaliser sans laxisme

Au nombre des infractions sévèrement punies, il y aura:

  • Le non port de casque, de chaussures fermées et de gants ;
  • Le défaut de clignotants, de phare et de rétroviseurs ;
  • Le défaut de feu de stop ou de feu rouge ;
  • Le défaut de klaxon et de plaques d’immatriculation ;
  • Le défaut de frein ;
  • Le défaut de permis de conduire, d’assurance  ou de vignette ;
  • Le support à trois, quatre voire cinq ;
  • Le non respect des panneaux de signalisation ;
  • Le transport encombrant/dangereux et la surcharge etc.
  • La transition de la bonne mobilité urbaine pour un futur sûr

Tout cela va contribuer à pacifier notre circulation routière, aujourd’hui comparable à une arène de violences sans nom et où de tragédies effroyables endeuillent nos familles respectives. Notre jungle routière située aux antipodes d’un monde occidental plus humain et prudent qui, pourtant, a conçu et exploité positivement ces engins utilitaires devenus malheureusement  des engins à destruction massive de jeunes chez nous.

Quand allons-nous prendre l’exemple sur ce monde qui excelle dans la bonne  conduite de toutes sortes de moyens de locomotion  et où, même les non voyants se déplacent seuls et autonomes sans craindre pour leur intégrité physique ou  leur vie.

Djakarta, quand tu nous tiens dans la gueule  des « Trois caïmans »…nos jeunes tombent comme des feuilles mortes. Djakarta tu n’es que ruine de l’âme pourrait-on dire.

Au delà de toute réflexion, ne serait-il pas judicieux de plafonner le flux de motos à importer. Ne doit-on pas aussi céder la moto à des prix prohibitifs et mener parallèlement une politique de mobilité urbaine et de transport développé et compensatoire ? That is the question!

Dioncounda NIAKATE NIARE

Tél. 66741743

BPE: 211 Bamako

e-mail: [email protected]

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