Femmes et législatives au Mali : Se battre corps et âme pour être élue !

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Les premières femmes députées tels que Aoua Keita ont souffert avant d’accéder au parlement malien. La première session de l’Assemblée législative de la République soudanaise renommée République du Mali, a eu lieu le 31 mars 1959. Elle comptait 80 députés issus du scrutin du 8 mars 1959 dont une femme, Aoua Kéita. Bintou Sanankoua a écrit sur l’historique des femmes parlementaires dans la revue de l’Afrique contemporaine n°210 en 2004.

Selon ces archives, l’Assemblée nationale du Mali est une institution dont les origines remontent à la période coloniale.

Pendant toute la période de la lutte contre le système colonial, contre ces abus et pour l’indépendance, une seule femme lettrée se distingue en politique : Aoua Keita, une sage-femme sortie de l’Ecole de médecine et de pharmacie de Dakar en 1931. Elle s’engage à fond dans le combat politique et syndical. Présidente de l’Inter-syndicat des femmes travailleuses créé en 1956, elle représente le mouvement au congrès constitutif de l’Union générale des travailleurs d’Afrique noire (UGTAN).

Aoua Keita était la seule femme membre du bureau politique national de l’US-RDA et l’unique femme députée de l’Assemblée législative de la République soudanaise de 1959 à 1960. Namissa Touré la rejoint au Parlement à l’issue des élections de la première législature de 1964. Toutes deux sont emportées par la révolution active de 1967.

Les femmes ont mené des luttes politiques avec bravoure et détermination afin de contribuer à l’avènement de la démocratie au Mali.

Pour intégrer l’Assemblée nationale, elles devaient affronter plusieurs difficultés notamment les anciennes croyances de la société, la supériorité des hommes vis-à-vis d’elles, la conciliation de la vie de mère, d’épouse et parlementaire. Cependant, beaucoup ont subi des divorces et la pression sociale.

Certaines ont payé cher pour se faire élire. Bata Traoré était la seule à n’avoir mobilisé aucun fonds. Le parti qui lui a forcé la main, a pris en charge les frais de constitution de son dossier et lui remet 50 000 francs CFA pour sa famille afin qu’elle puisse s’absenter pour la campagne. Les députées puisaient dans leurs économies, bénéficiaient du soutien d’amis, de parents et du conjoint. Une femme a prêté 1 million de francs CFA à la banque. Quatre affirment de ne pas savoir combien elles ont dépensé mais estiment avoir déboursé plusieurs millions de francs CFA. Les femmes ont financé d’un à treize millions.

Une fois à l’Assemblée, les femmes ne réussissaient pas à s’imposer pour accéder en nombre significatif aux postes de responsabilité. Le combat avec les hommes était âpre car ces postes comportaient pouvoir, prestige et avantages matériels. L’une était 5e vice-présidente sur 6, une autre 3e secrétaire parlementaire, deux étaient présidentes de commissions sur onze. Une femme a été désignée pour siéger à chacun des parlements sous-région à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Au renouvellement du bureau de l’année 2000, une femme réussit à se hisser au poste de 2e vice-présidente, mais les autres disparaissent du secrétariat parlementaire et ne conservaient plus qu’une seule présidence de commission, jusqu’à la fin de la législature.

 

L’histoire pour redonner courage

De 1960 à 1968, elles avaient une faible participation et on pouvait constater cela rien qu’à travers la représentation d’une seule femme au sein du parlement national. L’analphabétisme était le premier ennemi des femmes pour ne pas être représentées dans les différents domaines. Les deux premières Républiques se plaçaient sous le règne du parti unique. Les élections se faisaient uniquement sur la base d’une liste nationale du parti. Il n’y avait ni liste concurrente, ni candidature indépendante. La faible représentation des femmes au Parlement était donc de la responsabilité des pouvoirs en place. La promotion de la femme et sa participation aux instances de décision n’étaient pas encore à l’ordre du jour.

Selon l’auteure Sanankoua, la représentativité des femmes dans l’Assemblée nationale était tellement faible qu’en 1997, lorsque 18 femmes furent élues députées sur 147, les Maliens ont parlé de féminisation du Parlement.

La position et le rôle de la femme en politique au Mali se sont évolués au fur et à mesure des combats féminins effectués et l’application des nouvelles décisions régies par l’indépendance d’où le respect des droits des femmes.

Les premières élections législatives pluralistes organisées par la troisième République en 1997 envoient à l’Assemblée nationale 18 femmes, grâce au système de quota de 30 % dans les circonscriptions de plus de trois députés. Cette arrivée “massive” des femmes au Parlement était réellement nouvelle.

Selon l’auteure, l’Adéma était une association du mouvement démocratique qui faisait preuve d’imagination et inventait le système du portage pour sauver la démocratie malienne. Il s’agissait de mettre des candidats d’autres partis sur la liste de l’Adéma. C’est dans ce contexte particulier que 17 femmes de l’Adéma et une femme du Parti pour le développement et la démocratie (PDP) figurant sur cette liste dans la circonscription électorale de Baraouli sont élues à la reprise des élections en juillet 1997.

Elle affirme que les femmes députées étaient jeunes et l’âge moyen était de 44 ans, la plus âgée en avait 55 et la plus jeune 33 ans et que leur niveau d’études était le diplôme d’études fondamentales (DEF), licence, maîtrise et doctorat. Une femme n’avait aucun diplôme.

Avant d’être élues, elles exerçaient différents métiers tels que dans la fonction publique, les ONG, les structures communautaires. L’une était chef d’entreprise et une autre travaillait dans le commerce informel. Deux avaient une expérience d’élue comme conseillère municipale.

Les femmes élues étaient toutes mariées à l’exception de trois, divorcées au moment de leur élection. L’une d’entre elles se remaria en cours de mandat. Le fait que l’on accepte sans difficulté des femmes divorcées à ce niveau de responsabilité est la preuve d’une évolution positive de la société malienne. Les femmes mariées sont à 56 % en régime monogamique et à 44 % en régime polygamique. Toutes les femmes élues à l’exception d’une étaient mères.

Ces femmes viennent d’un milieu social modeste. 38,88 % sont de père et mère analphabètes. 61,12 % ont des pères lettrés, petits fonctionnaires pour la plupart. Les plus gradés sont un administrateur civil et un médecin. Toutes leurs mères à l’exception d’une sage-femme sont analphabètes.

Certaines ne s’intéressaient à la politique qu’à partir l’avènement de la démocratie au Mali et quatre vivaient dans un environnement familial où l’on parle et pratique la politique. Aoua Ouattara était issue d’un lignage de chefferie traditionnelle de Koutiala. Le père de Kadiatou Coulibaly était le vétéran de l’US-RDA et chef de quartier à Bamako. Elle ajoute que c’est chez lui que se tenaient les réunions du parti pendant vingt ans. Oumou Traoré est née dans une famille PSP; son père lui parlait souvent de politique et l’appelle de façon prémonitoire “députée”. Bata Traoré entend pendant toute son enfance parler négativement de la politique ; sa famille, vétéran PSP, parti perçu et présenté à l’époque par les partisans de l’indépendance comme “suppôt du colonialisme”, subit les foudres de l’US-RDA à son accession au pouvoir et ses parents sont exilés. Quatre femmes étaient totalement engagées dans la politique sous la deuxième République, deux sous la première République dont une qui a milité dans la clandestinité.

Toutes les femmes ne sont pas retenues sur les listes électorales dans les mêmes conditions. Deux sont arrivées là par hasard. Bata Traoré n’a jamais milité dans un parti. Les candidates de Kati, Kayes, Sikasso, Mopti, Gao et des communes IV et VI du district de Bamako étaient retenues sans difficultés. Les autres devaient se battre avec plus ou moins de détermination pour s’imposer. En commune II, trois femmes cadres s’affrontent sans état d’âme aux primaires. A Ségou, les femmes livrent un combat épique. A Kita et Doïla, elles sont soumises à un véritable parcours du combattant.

 

Concilier plusieurs vies

Les difficultés pour les femmes ne s’arrêtaient pas au combat mené à l’intérieur du parti. Elles devaient se battre dans leur famille pour faire accepter l’idée de leur candidature. La politique était généralement mal perçue dans leur société. Elle se ramène au mensonge, aux coups bas, à la trahison des amis, autant de choses qui ne conviennent pas à une femme. C’est pourquoi on la considérait comme un métier d’homme. Leurs mères se demandaient quelle réputation leur fille se fera en participant souvent à des réunions qui de surcroît se terminent tard la nuit.

Comment pourrait-elle concilier leur vie de mère, d’épouse et de parlementaire ? Comme la politique est un domaine où l’on se fait du mal, leur fille ne s’exposait-elle pas inutilement au risque de se faire marabouter par des adversaires malheureux ?. C’étaient les différentes problématiques auxquelles les mères se posaient.

Toutes les femmes étaient mariées, à l’exception d’une, ont reçu l’accord et le soutien actif de leurs époux. A Doïla, le mari de Salimata Coulibaly a dû s’emporter et user de tout son poids d’ancien militaire en milieu rural pour imposer sa femme. A Kati, Oumou Traoré jette l’éponge après le désastre du 13 avril. Elle n’apprécie pas la façon dont la nouvelle liste du parti était élaborée. Il faut la pression de son mari pour qu’elle accepte de se maintenir. Par contre Nya Traoré fait face à une opposition ferme de son mari qui voulait lui-même se présenter à Kayes. Elle tient bon et maintient sa candidature au prix de quelque tension conjugale.

Fatoumata Kané

Sira Diarra

 

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