Grèves : Le prix des revendications

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La grève est un droit. La loi qui réglemente le droit de grève précise que les jours de grève sont à déduire du salaire. Alors, pourquoi ceux qui revendiquent le droit de grève refusent-ils le devoir de ne pas être payé si on n’a pas travaillé ?

 

Le front social est en ébullition depuis un certain temps. Les syndicats semblent rivaliser dans les grèves et les revendications : des magistrats, aux enseignants, des directeurs financiers aux administrateurs, c’est à qui va se montrer le plus insensible à la crise multidimensionnelle du Mali qui fait passer les dépenses militaires de 3 à 22 % du budget national.

Le dialogue social est rompu, en raison de l’inflexibilité de la position des syndicalistes, qui demandent l’adoption d’une nouvelle grille salariale. Entre l’obligation pour l’Etat de veiller à la soutenabilité des dépenses et la surenchère des revendications syndicales, les positions se figent et se durcissent. Du coup, comme le veut la loi, et suite à l’observation de cette grève, le ministre de l’Economie et des Finances, Dr. Boubou Cissé, a souvent procédé à la retenue des salaires des grévistes.

Courroux des grévistes qui crient au chantage et à la volonté de brimer leurs droits. Cette réaction est d’autant plus étonnante que les syndicalistes savent les fondements juridiques et qu’ils ne renoncent jamais à une once de leur droit. Dans cette posture, on reconnaît au vis-à-vis son droit également !

L’article 21 de la Constitution dit que “le droit de grève est garanti. Il s’exerce dans le cadre des lois et règlements en vigueur”. Cette disposition est complétée et précisée par la Loi n°87-47/AN-RM du 10 août 2017 relative à l’exercice du droit de grève dans les services publics.

Percevoir le salaire pour des jours de grève est anormal et est un enrichissement sans cause

“La grève expose les grévistes à la retenue de salaire. Cela est d’autant plus logique que le salaire est la contrepartie du service fait ou fourni”, affirme un inspecteur du travail. Pour lui, la retenue de salaire est gérée par l’article 17 de la Loi relative au droit de grève qui précise que : “l’absence de service donne lieu à une retenue du traitement ou de salaire et de ses compléments autres les suppléments pour charges de famille”. Notre interlocuteur ajoute que “les retenues sont opérées en fonction des durées d’absence constatées”.

“Le gouvernement doit procéder à la retenue de salaire et traitement telle que prévue par la loi relative au droit de grève. Le fait d’y renoncer est considéré comme un acte anormal de gestion d’une gravité certaine, et serait source d’enrichissement sans cause”, ajoute notre inspecteur.

Des syndicalistes soutiennent que l’Etat ne devrait pas, même en cas de grève, leur prélever plus de 1/3 de leur salaire. “Fadaise” ! interjette notre interlocuteur.

“Cette analyse fait l’amalgame entre saisie et cession du salaire dans le cadre de la retenue. Il existe une différence fondamentale. En effet, selon la loi sur la protection des revenus, si vous devez de l’argent à une personne ou une banque, elle ne peut pas vous prendre plus du tiers de votre salaire. Cette disposition ne vaut pas dans le cas d’une grève. Normalement”.

“Le salaire est la contrepartie de la prestation ou du travail accompli. La grève donne le droit à l’administration, service employeur, à ne pas payer les salaires proportionnellement à la durée de la cessation du travail. L’exercice du droit de grève est assorti d’une contrepartie financière, sous forme de perte du droit à rémunération”, poursuit-il.

L’article 17 de la loi sur le droit de la grève énonce que “l’absence de service fait donne lieu à une retenue du traitement ou de salaire et de ses compléments autres les suppléments pour charges de famille”.

Aussi, les syndicats doivent assumer les conséquences logiques de l’arrêt du travail qu’ils ont observé. Ils devraient refuser de percevoir leurs salaires, afin d’éviter un enrichissement sans cause. La perception du traitement indu au détriment des finances de l’Etat est une faute lourde.

Pour notre inspecteur, la société civile doit s’impliquer et veiller à ce que l’Etat observe “strictement” la loi, en faisant des retenus sur les salaires des grévistes.

Alexis Kalambry

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1 commentaire

  1. Mettez tous ces leaders syndicaux au chômage en faisant fi de la légalité, pour raison d’état . Nul n’est indispensable. Que force reste au pouvoir pour endiguer cette chienlit (désordre) funeste

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