Diplômée d’une école professionnelle de cosmétique, esthétique et de coiffure, Mme Seck Oumou Sall est l’une des sept femmes maires que compte le Mali. Militante de première heure du Mouvement citoyen, Mme Seck Oumou Sall est actuellement la maire de la commune urbaine de Goundam. Mieux, elle est la seule femme à occuper un tel poste dans les trois régions du nord. Pourtant rien ne prédestinait beauté à une carrière politique. De 2000 aux élections de 2002, elle a forgé une notoriété dans le milieu politique. Véritable battante, elle ambitionne de changer l’image de sa commune et voir ses sœurs jouer les premiers rôles. Plus qu’un gagne pain, la jeune femme trouve dans l’exercice de sa fonction une façon de contribuer au développement de sa commune. Mme Seck Oumou Sall est l’exemple de la femme émancipée. Première secrétaire à la communication de l’association des municipalités du Mali, la maire de Goundam est membre du conseil d’administration de l’Anict. ‘’La gazelle du désert’’, est aussi une dynamique femme d’affaires. Modeste à la fois gentille, Mme Seck Oumou Sall est ouverte. Agée de 38 ans, elle est mariée et mère de deux enfants.
Qui êtes-vous ?
Je suis Mme Seck Oumou Sall, maire de la commune urbaine de Goundam dans la région de Tombouctou. Je suis mariée, mère de deux enfants.
Un mot sur votre parcours scolaire
Après mes études fondamentales, je suis partie dans une école professionnelle de cosmétique, esthétique et de coiffure et, ensuite, dans une école de relations publiques. Je me suis investie surtout dans les affaires. Je tiens une société de commerce général, import et export. Je suis un peu dans le domaine de la coiffure et de magasins de produits cosmétiques.
Comment vous êtes venue dans la politique ?
C’est en 2000 que j’ai décidé de me mettre avec certains amis pour créer une association de soutien au Général ATT. Tout est parti de là. Cette association nous a donné l’envie de le pousser à déposer sa candidature. Le Bon Dieu a voulu qu’il soit président de la république. Nous, militants de base, avions décidé de présenter des candidats aux élections législatives et communales pour asseoir une base susceptible de l’aider dans sa tâche difficile. Comme on le dit, ‘’l’appétit vient en mangeant’’. Au départ je n’étais pas une politicienne. C’est vraiment le fait de partager certains idéaux du Président tel que son souci d’aider les pauvres, les femmes qui m’a poussé petit à petit à devenir une politicienne. Sans le savoir, peut-être sans le vouloir.
Mme Seck, gérer, c’est pas facile surtout une commune urbaine, est-ce qu’il n’y a pas un déficit d’autorité ?
Déficit d’autorité ? C’était au début. Je pense qu’un pas a été déjà franchi. Accepter d’abord une femme sur la liste, était une chose très difficile. Il y a des difficultés qui ne veulent pas dire déficit d’autorité, parce que quand on est là, c’est qu’on a mérité d’être là. Donc, il faut s’assumer. Ce qui est sûr, on fait face à des hommes qui pensent au départ que la femme ne peut pas gérer convenablement une commune. Aujourd’hui, de plus en plus, ils adhèrent au fait que la femme a aussi la capacité intellectuelle et politique pour mener à bien la bonne gestion de la collectivité.
Quels sont vos rapports avec les collaborateurs hommes ?
Franchement chez moi, ça va. Avec les hommes, je n’ai pas de problème.
Cela veut dire que vos décisions ne sont pas contestées ?
Vous savez, même souvent avec des femmes, c’est difficile à plus forte raison avec des hommes. Ce n’est pas là l’important. On peut décider tout de suite et ne pas se faire se comprendre ou ne pas pouvoir faire passer immédiatement ce que l’on veut. Mais l’essentiel est de réussir. Le dernier mot est toujours favorable. On arrive toujours à faire passer les décisions sans problème. On discute, on essaie de les convaincre.
Dans l’exercice de cette fonction, quelles sont les difficultés réelles auxquelles vous êtes confrontée ?
Les difficultés sont énormes. Il y a d’abord des difficultés d’ordre financier. On a beaucoup de problèmes de finance. Je suis dans une commune qui est très éloignée de la capitale. Je fais 1200 Km pour arriver à Bamako. Donc on est enclavé. C’est une commune pauvre dont l’économie est basée sur l’agriculture, la pêche et l’élevage.
Vous savez, avec l’avancement du désert, la sècheresse, on rencontre beaucoup de problèmes, les populations sont éprouvées. Et cela fait qu’il y a toujours des différends dus à la pauvreté. Il faut toujours avoir le mot pour apaiser, amener la paix, sensibiliser pour éviter les conflits.
Avez-vous des ambitions pour votre commune ?
Personnellement, j’ai des ambitions. Je veux changer l’image de ma commune. Il y a beaucoup de choses que je dois faire dans le domaine de l’éducation, la santé, la culture, la jeunesse et autres. Cela demande beaucoup de moyens. Avoir des partenaires est un problème, surtout ceux qui ont des moyens. Les ressources de la commune ne nous permettent pas d’arriver à nos objectifs.
D’où viennent alors vos financements ?
De nos propres ressources et de quelques partenaires. Je suis partenaire d’une commune française, Chantillon sur Challarion. Ma région, Tombouctou, est en coopération avec la région de Ronald. Ce qui a conduit au jumelage entre communes. Ce sont des partenaires qui nous aident. Mais ceux-ci ont des moyens limités. Donc avec des fonds de l’Antic et nos propres ressources, on arrive à faire quelque chose. Ça bouge – ça bouge ! Depuis que je suis maire, beaucoup de réalisations ont été faites. Mais il reste beaucoup à faire.
Selon vous, quels sont les facteurs qui expliquent l’absence des femmes au sein des instances de prise de décision ?
Il y a d’abord les problèmes entre nous, femmes. Les femmes n’ont pas compris. Normalement, nous devons toutes soutenir les femmes qui décident de mener un combat politique. Si toutes les femmes, ou dans leur majorité, se mettent à les soutenir, il y aura plus de femmes. On est aussi confronté au manque de formation. Donc un nombre important de femmes au Mali n’a pas été à l’école. Vous savez, même si l’on veut bien faire occuper une responsabilité, il faut aussi avoir la capacité intellectuelle pour pouvoir assumer. On est confronté au problème de formation, d’éducation. Et au problème de ne pas être soudées nous-mêmes, femmes.
Aussi, les hommes ne veulent pas. On les inquiète. On commence à faire peur aux hommes. Ils trouvent que les femmes commencent à être émancipées. Et que nous voulons arracher leur place. C’est de bonne guerre. Voilà, entre autres, des facteurs qui font que le taux de participation des femmes au niveau de certaines instances de décisions est faible.
Comme au Liberia, pensez-vous qu’une femme sera présidente du Mali un jour ?
Ça s’est passé ailleurs, pourquoi pas au Mali ? Certainement que ça ne sera pas tout de suite. On n’est pas peut être assez préparé. Le changement vient petit à petit. Naguère, on ne pouvait jamais imaginer que chez moi une femme puisse se mettre sur la place que les hommes pour discuter, taper sur la table, faire passer ses idées. Aujourd’hui, cela est possible. On a eu des femmes maires, députés, ministres, chef d’entreprises. Que ça soit dans le secteur privé ou public, les femmes sont présentées partout. Un jour, on espère avoir une femme présidente si les hommes veulent bien.
Quelle lecture faites vous de l’émancipation de la Malienne ?
Quelle lecture je fais de l’émancipation de la femme, c’est une question colle que vous posez à une femme. Je ne suis pas extrémiste. Mais je vois la femme malienne émancipée. Pour moi, c’est celle qui, en restant femme au foyer, femme soumise, arrive à trouver le temps pour être présente partout où les décisions importantes sont prises. C’est une femme qui doit avoir les mêmes travaux que les hommes. Tout ce que l’homme peut apporter à sa nation, la femme malienne émancipée, comme vous le dites, doit apporter à son pays. C’est une question dans laquelle je ne veux pas trop m’aventurer parce que chacun a sa façon de voir la femme malienne.
Mais je suis vraiment pour la femme soumisse, la femme qui a du respect pour l’homme, la femme, qui, comme certains le disent, ne se bombe pas la poitrine en disant : ‘’ je suis un homme !’’. La femme reste femme en faisant tout ce que l’homme peut faire pour rendre service à la nation.
Nous avons pourtant l’impression que vous êtes une femme ambitieuse, politiquement parlant…
Bien sur, j’ai des ambitions politiques. La preuve en est qu’aujourd’hui, je suis maire d’une commune, la seule des trois régions du nord. C’est parce que j’ai été ambitieuse. L’ambition continue. Mon ambition est de voir les femmes de chez moi présentes partout, dans le privé comme au public. Je veux voir les femmes de Goundam indépendantes financièrement. Qu’elles ne soient pas des femmes de second rang.
Entretien réalisé par Chiaka Doumbia