UN TECHNOCRATE A CARAPACE POLITIQUE A LA PRIMATURE: Isoler Pinochet pour mieux l’abattre le moment venu ?

Depuis quelques temps, le Premier ministre de la République du Mali, Ousmane Issouffi Maïga ressemble à une carpe. Au plan politique, il brille par son absence. A tout point de vue ! Même le...

14 Août 2006 - 16:26
14 Août 2006 - 16:26
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Depuis quelques temps, le Premier ministre de la République du Mali, Ousmane Issouffi Maïga ressemble à une carpe. Au plan politique, il brille par son absence. A tout point de vue ! Même le traditionnel rôle de fusible dévolu au Premier ministre ne lui sied plus. Il ressemble davantage à une boîte de dérivation, une marionnette quoi. Pourtant…
Ousmane Issouffi Maï­ga, alias Pinochet, avait été nommé Premier ministre pour sa poigne de fer, dit-on. En fait, tous les Maliens reconnaissent en lui un homme d’une fermeté inouïe lorsque l’intérêt de la République est en jeu. Or, il ne l’a jamais été autant qu’après le 23 mai 2006, date des attaques des camps de Kidal et de Menaka. Et ce qui s’en est suivi, notamment le 4 juillet 2006, avec la signature par un de ses ministres de l’Accord d’Alger, n’a laissé aucun Malien indifférent. Sauf Pinochet bien sûr, resté de marbre. Impassible, voire indifférent. L’indifférence qu’il affiche sied mal à cette main trempée d’acier avec laquelle il a géré les dossiers parmi les plus brûlants. Ce avant même qu’il ne soit à son poste de primer inter pairs (le premier parmi ses pairs ministres).
 Sauf à croire qu’il a opté de s’effacer parce qu’il s’agit du Nord Mali d’où il est originaire. Sinon, tout le monde se rappelle, en effet, de ses sorties musclées légendaires qui tranchaient avec la langue de bois. Cela ne va pas s’en dire que le Premier ministre de la République démocratique et indépendante du Mali abuse désormais de la langue de bois. C’est tout juste son silence radio politique qui inquiète le commun des Maliens. Dans les grins, les bureaux, les marchés et jusqu’au tour du bol de tô, le silence de Pinochet ne passe plus inaperçu.
La soudaine métamorphose d’Ousmane Issouffi Maïga, semblable à celle d’une carpe agressée jusque dans ses derniers retranchements par un requin affamé, n’est pas gratuite. Si ce n’est une stratégie pour se repositionner et battre campagne aux élections en vue, le moment venu, il peut bien s’agir d’une mise à l’écart opérée avec calcul par son mentor, ATT pour le nommer. C’est d’ailleurs cette dernière hypothèse qui est la plus partagée dans la rue où l’on voit déjà la mort programmée de ce premier ministre subitement devenu terne.
Aujourd’hui, ses rares sorties à la télévision dévoilent un Pinochet comme un homme politique en proie à une crise de personnalité. Personnalité politique, il l’est ! Parce qu’en effet qu’il n’y a pas de plus politique que le poste de premier ministre. L’homme a beau se recroqueviller dans sa carapace de technocrate que tout le monde lui reconnaît d’ailleurs, il n’en demeure pas moins qu’il occupe aujourd’hui un poste éminemment politique. On le disait en proie à des coups de massue des ses propres ministres qui se prévaudraient de leur présence dans le dernier carré d’ATT. Certains ministres l’ignorent maintenant royalement pour saisir directement le président de la République. Aujourd’hui, force est de se convaincre que, là où son autorité devrait prévaloir, la tâche est plutôt confiée à ses subalternes.
La dernière en date porte sur l’Accord d’Alger. Cette crise majeure s’est déroulée, de son déclenchement jusqu’à son semblant de dénouement, à son nez et sa barbe. Pourquoi ? Il appartient à Ousmane Issouffi Maïga de répondre à cette lancinante question qui taraude les Maliens.
En effet, le rôle éminemment politique que joue tout bon Premier ministre a perdu, ici au Mali, ses lettres de noblesses avec la personnalité de Pinochet. Sinon, comment comprendre que tous les tirs groupés -et à boulets rouges s’il vous plaît- émanant du front politique, social, voire culturel et économique, atteignent directement le maître de Koulouba et ses suppôts, au point de les empêcher de dormir du sommeil des justes ? Alors que Pinochet se la coule douce, loin de tous ces fronts ? Depuis un temps non prescrit, un Premier ministre sert de bouclier à son président. Au Mali, c’est le contraire qui est en cours. Le maître du pays a bon dos. Il est devenu la parfaite cible des loups. Comme s’il y avait, en ces terres du Mali, plus fauve qu’un Pinochet. A quand alors sortira t-il de sa tanière ? Si c’est lui qui a choisi d’y rester, alors qu’il sache, lui qui ne s’est jamais débiné, que du travail l’entend dehors. Et si c’est son mentor qui a choisi de l’y garder, c’est peut-être pour l’isoler pour mieux l’abattre sur l’autel d’un gouvernement de campagne électorale désormais imminent.
Belco TAMBOURA