Mali : Une liberté de la presse en net recul

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Dans le rapport de Reporters Sans Frontières (RSF), rendu public le 3 avril dernier sur la liberté de la presse, le Mali perd 12 places en 2022 par rapport à l’année 2021 : il est ainsi classé 111e sur 180 pays. Les événements survenus cette année peuvent-ils expliquer le recul de la liberté d’expression dans le pays ?

 

La question récurrente de l’insécurité posée par la présence des groupes armés terroristes, d’une part, et des conflits intercommunautaires d’autre part «empêche le libre exercice du journalisme, notamment dans le nord et le centre du Mali. Les attaques envers la presse basées sur des critères de genre, de classe ou d’ethnie existent. Ces contraintes socioculturelles sont génératrices d’autocensure» d’après le rapport de RSF du 3 avril

En dehors de Bamako, les journalistes et leurs équipes prennent des risques importants ainsi « dans les régions, l’insécurité et la présence de groupes armés mettent les journalistes sous pression ». C’est ce qu’illustre malheureusement l’enlèvement le septembre 2020, à Mandjo, du journaliste Hamadoun Niabouly, travaillant pour la radio Dande Douentza. Quelques mois plus tard, le 18 avril 2021, c’est un autre journaliste malien travaillant pour la radio Dande Haire (La voix de Haïré) qui est enlevé chez lui à Boni.

Un contexte politique défavorable à la presse

La chute d’Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, suivi du coup d’État de 2021 et l’accès au pouvoir de nouvelles autorités militaires ont eu un impact majeur dans le recul de la liberté d’expression au Mali. RSF note que «les pressions pour un traitement patriotique de l’information se multiplient, et les médias publics sont inféodés à leur autorité de tutelle». Cette situation est sans précédent dans le pays et les journalistes sont désormais régulièrement convoqués et mis en garde par les hautes autorités du pays.

L’arrivée d’un nouvel acteur qui manie la désinformation

L’arrivée des mercenaires de la société paramilitaire Wagner au Mali «laisse présager un essor de la désinformation et des jours sombres pour les journalistes, comme ce fut le cas après leur déploiement en RCA en 2018». La RCA (101e) est mieux classée que le Mali (111e) en matière de liberté de la presse. Les efforts de manipulation informationnelle des mercenaires au Mali ont porté leurs fruits en l’espace de quelques mois seulement.

Dans ce contexte, certains journalistes et blogueurs maliens tentent d’y répondre en se mobilisant. Certains d’entre eux ont ainsi donné naissance à l’Association des Blogueurs du Mali (ABM) en réponse aux «différentes crises que traversent les pays de la sous-région depuis des décennies». Ces journalistes «ont pris conscience du grand rôle qu’ils peuvent jouer dans le traitement et la diffusion équitable de l’information pour répondre aux aspirations du peuple». Une question se pose toutefois : combien de temps cette initiative salutaire pourra-t-elle tenir avant d’être muselée par Wagner ?

Siaka Sidibé

 

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