Il y n’a pas très longtemps le mariage était une affaire qui se décidait en famille ; maintenant avec le développement, incontrôlé - et même incontrôlable - des Ntic, il est devenu, dans beaucoup de pays dont le nôtre, un tour de passe-passe entre hommes et femmes manipulant l’ordinateur et navigant sur l’Internet. Par cette manipulation, de par le monde, ils se créent de nombreuses relations dont les uns sont d’affaires, les autres de cœur et même de politique.
Les amitiés et relations amoureuses nées de cette façon ont carrément dévalué dans certaines sociétés les anciennes manières de faire la cour, bien que produisant parfois plus de dégâts que de bien. Cette évolution inattendue des arrangements matrimoniaux a eu comme conséquence, chez nous, de mettre à la touche la foule des démarcheurs et des intermédiaires, que ceux-ci soient nobles ou de caste.
Chaque progrès venant avec sa propre terminologie, les spécialistes de l’informatique ont trouvé des termes pour décrire cette forme nouvelle de rencontre : cyber amour en faisant allusion à une situation amoureuse née de la navigation sur l’Internet et cyber-amant pour dire un homme rencontré sur l’Internet et avec lequel une femme entretient des relations amoureuses. On conviendra que ces termes sont trop techniques et même écorchants pour l’oreille et la relation intime à laquelle ils renvoient tout aussi mécanique, conventionnelle et artificielle comme si elle était faite pour remédier à la solitude urbaine et au stress des basses classes.
Bien avant l’avènement de ces amours bizarroïdes, il y avait eu en Occident les annonces matrimoniales qui malgré leurs défauts avaient rendu d’inestimables services à la société en permettant à des célèbres marginaux des deux sexes de se rencontrer et de fonder un foyer. Elles n’ont pas complètement disparu ces annonces puisque certains journaux continuent de les faire apparaître, mais le relais est sérieusement pris par les cyber amours, c’est-à-dire les situations sentimentales (et même matrimoniales) décidées à distance grâce à la seule magie de la haute technologie de pointe.
Cette vague a commencé à déferler dans notre société, il y a 10 ou 15 ans et maintenant le phénomène a pris la forme d’une épidémie, surtout dans les grandes villes. Cependant, il ne faut rien exagérer puisqu’il s’agit d’une mode qui est circonscrite aux villes, les zones rurales n’en ayant que dalle et continuant à gérer leurs mariages sous l’arbre à palabres à grands renforts de discours émaillés de tournures croustillantes.
Les annonces matrimoniales étaient une sorte de réponse au cauchemar et à la déprime propres aux grandes agglomérations urbaines ; elles étaient adressées aux victimes de la société de consommation pour les faire sortir du cercle de la solitude et aller dans un cadre familial taillé sur mesure. Les cyber-amours obéissent à la même logique et prétendent corriger les désordres sociaux causés par l’ère industrielle. Dans un cas comme dans l’autre, on sort du cadre normal des relations sociales pour aller vers le cadre commun, arrangé et presque d’exception. Car, même dans la société occidentale dominée par l’individualisme, les jeunes gens issus de bonne famille procèdent autrement pour s’aimer et se marier.
Les cyber-amours, généralement, sont pour les solitaires, les individus qui ne se sentent pas bien dans leur peau et qui ont besoin de ce cadre pour aimer et se faire aimer. Dans nos villes, ils sont surtout sollicités par les jeunes en rupture avec l’autorité parentale et par les hommes et les femmes en conflit avec le cadre familial. On imagine mal un garçon ou une fille de bonne famille de Bamako passer par ce système pour se choisir une copine ou un copain.
C’est bien la preuve que les cyber cafés jouent le rôle d’agences matrimoniales pour individu en panne socialement, en tout cas incapables de se faire entendre dans les structures sociales normales. Les étrangers aussi sont des amateurs résolus de ces cyber-amours car, par cette voie, ils rêvent d’atteindre les rivages de l’Europe et de l’Amérique.
Nos villes sont pleines de colonies d’étrangères qui se servent de notre sol comme une escale sur la route de l’Occident. Beaucoup d’entre elles n’ont plus que cette solution, se faire aimer sur ordinateur par un homme d’Occident, de préférence de couleur blanche et passer les frontières. Ainsi qu’on peut le constater, il ne s’agit plus de passion amoureuse dévorante, mais une passion calculée à l’issue incertaine, destinée à satisfaire une ambition.
Des réseaux bien organisés de proxénètes d’Afrique et d’Europe utilisent aussi ce système pour faire entrer clandestinement de jeunes Africaines en Europe comme prostituées ; cela aussi peut s’appeler cyber-amours, et les gens savent ce que c’est, mais s’en tiennent au côté sentimental mis en avant.
Pour un homme de l’ancienne école, celle des années de l’indépendance déjà, ce sont bien là des choses difficiles à comprendre, mais le progrès ne s’arrêtant pas, des machins encore plus pratiques que le téléphone portable et l’ordinateur feront aussi parler d’eux sûrement dans les années à venir.
Facoh Donki Diarra