Que sont-ils devenus … Ousmane Diarra : Le destin d'un bâtisseur qui a marqué à jamais le football malien

Pour l'animation de la rubrique "Que sont-ils devenus ?", le même traitement journalistique est réservé à tous les héros.

20 Juin 2026 - 02:07
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Que sont-ils devenus … Ousmane Diarra : Le destin d'un bâtisseur qui a marqué à jamais le football malien
Michel Platini et Ba Ousmane

Depuis son lancement, elle s'est inscrite dans cette logique pour sortir de l'oubli les hommes et les femmes qui ont marqué un domaine précis. Mais il nous revient aussi de rencontrer, parmi eux, certains dont la carrière est exceptionnelle et multidimensionnelle. C'est le cas de notre héros de la semaine, feu Ousmane Diarra, ancien joueur du COB, ancien membre de la Ligue de football du district de Bamako, ancien président de la Fémafoot, ancien membre des comités d'organisation des compétitions interclubs de la Confédération africaine de football, président d'honneur de la Fémafoot et ancien directeur général des douanes. Bref, son carnet d'adresses est tellement fourni que la nécessité de condenser son parcours s'est imposée à nous, au risque d'ennuyer nos fidèles lecteurs.

Après son départ de la présidence de la Fémafoot en 1992, il a accepté de tomber dans l'anonymat, de vivre en dehors du sport et de tout engagement sportif. Nous avons pu rencontrer l'ancien président de la Fémafoot par le canal d'un inconditionnel de la rubrique, Boubacar M. Diallo dit Sepp Maïer, ancien gardien de but du COB et kinésithérapeute des différentes équipes nationales. Ba Ousmane nous a reçus dans son cabinet, aménagé dans l'un des appartements du domicile parental à Bamako-Coura.

Ousmane Diarra est reconnaissant au football parce qu'il lui a permis de connaître de nombreuses personnes dans notre pays, en Afrique et dans le monde. Aujourd'hui, tout ce qu'il sait des hommes et de la vie, il le doit au football. En tant que dirigeant, sa participation aux activités sportives, en dépit de ses occupations professionnelles au sein de l'administration, lui a permis de servir le football avec un dévouement que rien ne pouvait ébranler. Cependant, les grandes déceptions d'Ousmane Diarra proviennent des considérations stériles et injustes, de la méchanceté gratuite et surtout des grandes ingratitudes que seul le sport peut parfois engendrer. Selon lui, l'esprit de clan et d'équipe achève de faire du sport le phénomène social le plus ingrat qu'il ait connu en tant que joueur.

L'entretien avec Ousmane Diarra a servi de boussole pour retenir ses principales qualités : un homme d'État attaché à ses principes, qui refuse de régler ses comptes avec l'Histoire, un grand intellectuel doté d'un sens élevé des responsabilités.

Ousmane Diarra est né le 29 septembre 1946 à Bamako. Inspecteur des douanes de classe exceptionnelle, il fait valoir ses droits à la retraite le 31 décembre 2008, au terme d'une riche carrière que nous évoquerons plus loin. Natif du centre-ville de la capitale, le football était forcément son sport favori.

Il a évolué à l'Olympia Sports de Bamako-Coura avant de rejoindre le Club olympique de Bamako (COB) lors de la saison 1962-1963. Il y est resté dix ans comme capitaine d'équipe. Au même moment, Ousmane Diarra a également joué avec les équipes du Mouvement pionnier de Bamako-Coura, du lycée Askia Mohamed, de l'ENA, de l'Union sportive des Douanes de Paris, de l'Association des douanes de Neuilly et du Sangha Club de Mopti.

En 1973, il met un terme à sa carrière de footballeur, son emploi du temps administratif ne lui permettant plus de disposer du temps nécessaire pour s'entraîner. De Mopti, il est affecté à Bamako en 1976, et c'est le moment choisi par les dirigeants du COB pour tout mettre en œuvre afin de le placer à la Ligue du district.

C'est ainsi qu'Ousmane Diarra occupe le poste de secrétaire général adjoint auprès de la vieille génération composée de Tiéba Coulibaly, Adama Traoré, Bakary Dossolo Traoré et Djibril Maïga. Les événements du 28 février 1978 mettent en veilleuse l'existence et les activités de la Fémafoot. Le département des Sports, dirigé à l'époque par Me Alioune Blondin Bèye, met en place une Commission provisoire régionale de la Ligue de Bamako où Ousmane Diarra occupe le poste de trésorier général, ainsi qu'une Commission provisoire nationale de la Fémafoot au sein de laquelle il devient président de la commission technique et des jeunes.

L'année suivante, la normalisation de ces instances footballistiques le place à la tête de la Ligue et à la vice-présidence du bureau fédéral auprès du colonel Cheick Diarra. Lorsque ce dernier est appelé à d'autres fonctions en 1986, Ousmane Diarra prend progressivement les destinées du football malien et assure sa gestion pendant quatre ans, de 1988 à 1992.

De nombreuses questions nous brûlaient les lèvres afin d'aborder les faits marquants de sa mandature.

Pondération

Mais il n'a pas voulu ouvrir cette brèche afin que nous nous y engouffrions, se contentant toujours de nous convaincre d'ignorer certaines questions. Même son départ de la Fédération qui, selon nos informations ressemblait à un règlement de comptes, n'a pas été l'occasion d'aborder certains détails.

Avec les différents ministres des Sports, Ousmane Diarra a participé aux réflexions sur la pérennité du système de gestion du football au Mali, à l'application de la réforme générale du sport malgré les difficultés financières rencontrées pour le financement des activités sportives par le budget de l'État, ainsi qu'à l'ajustement de cette réforme pour une mise en œuvre plus rationnelle.

Quelles étaient les relations entre le département des Sports et la Fédération ? Comment les primes des équipes nationales étaient-elles gérées ? Quel slogan la Fédération utilisait-elle pour motiver les joueurs avec des moyens financiers limités ?

"La Fédération relève du ministère des Sports. Le fait d'avoir la responsabilité de la gestion du football ne saurait occulter la notion de hiérarchie entre les deux entités. C'était un partenariat dans la symbiose ; bref, les rapports étaient normaux. L'Etat avait de la peine à payer les primes. Ce n'était pas quelque chose d'organisé, les dirigeants aussi faisaient de leur mieux. Pas de slogan particulier pour les joueurs ; la Fédération donnait en fonction de ses moyens, à la suite d'un budget introduit auprès du ministère".

Inscrit à l'école de la République en 1953, il décroche le baccalauréat en 1967 avant d'intégrer l'Ecole nationale d'administration (ENA). Il prend fonction le 15 octobre 1971 comme inspecteur des douanes.

Ainsi commence sa longue et riche carrière administrative, marquée par une première formation à l'Ecole des douanes en France en 1973. Avant son départ pour cette formation, il occupait le poste de chef de brigade à Faladié. A son retour, il est nommé directeur régional des douanes de Mopti avant d'enchaîner les promotions : chef du bureau de Bamako-Sénou, chef du bureau des enquêtes douanières, chef du bureau des régimes économiques, chef du bureau de la législation et de la réglementation, chef du bureau des acquis à caution, chef du bureau du contentieux, chef du bureau de l'inspection des services douaniers, directeur général adjoint des douanes puis directeur général en 1991.

Après les événements du 26 mars 1991, Ousmane Diarra est relevé de ses fonctions et nommé conseiller technique au ministère de l'Economie, des Finances et du Commerce. Un an plus tard, il occupe les mêmes fonctions au ministère de l'Economie et du Plan.

En 1994, il est désigné membre de la Cellule de contrôle et de redressement économique. Après cette mission stratégique, il retourne à la direction générale des douanes comme conseiller du directeur jusqu'à sa retraite en 2008.

Intellectuel racé, Ousmane Diarra s'accorde quelques mois de repos avant de créer son bureau d'études chargé de la formation et des consultations d'appui-conseil. L'ancien président de la Fédération est marié et père de cinq enfants. Il compte aujourd'hui de nombreux petits-enfants.

Dans la vie, il aime le football et les relations humaines. Bref, nous retenons que le nom de l'ancien président de la Fémafoot, Ousmane Diarra, figure en bonne place dans les annales du football malien, notamment avec la première Coupe sous-régionale remportée par les Aigles en 1989, la finale de la Can junior disputée par les Aiglons en 1988 et la participation du Mali à la Coupe du monde junior en Arabie saoudite.            

O. Roger

Aujourd’hui-Mali N°269