La rébellion au Mali : L’épée de Damoclès sur les 15 millions de têtes

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Medy Diakite
Medy Diakite

Par définition, la rébellion est le refus actif  et catégorique d’obéir aux ordres d’une autorité légitime. Dans la langue française, on en donne plusieurs synonymes tels que : contestation, protestation, opposition, insubordination, insurrection, insoumission, sédition, résistance, désobéissance, dissidence, soulèvement, indiscipline, émeute, révolte, refus, mutinerie.

Le rappel de l’histoire sert de passer les obstacles du présent pour se projeter dans l’avenir et cette histoire commence à partir de l’indépendance du pays.

Au Mali, on l’appelle communément la rébellion touarègue. Dès 1962, deux (2) ans après l’accession à l’indépendance, certains se révoltèrent déjà contre l’autorité du père de la Nation, le Président Modibo KEITA.

Ensuite vint la période 1990 – 1995 : Iyad Ag Ghali, à la tête du mouvement dénommé Azawad mena le 27 juin 1990 une insurrection armée.

Ainsi, en 1991, on signa des accords à Tamanrasset pour mettre fin à la rébellion qui fait plus de mal que de bien à toutes les populations, du nord au sud.

Qui aurait cru qu’après un certain 27 mars 1996 que la question de rébellion allait refaire surface ?

En effet, c’est à cette date, sous les yeux de l’opinion nationale et internationale, que le Président d’alors, Alpha Oumar KONARE et son homologue du Ghana, Jerry RAWLINGS mettaient le feu à des milliers d’armes issues de la rébellion.

A travers le temps, on se rend compte que cela n’était qu’une petite fumée parmi tant d’autres car dix ans après, le même Iyad avec ses acolytes, fonde le 23 mai 2006 l’Alliance démocratique pour le changement (ADC). Ce mouvement s’estimait le mieux placé pour revendiquer les besoins des populations du nord. Il mène des combats ayant abouti à la prise des postes militaires de Kidal et de Menaka.

Un autre accord a vu le jour le 4 juillet 2006 entre les différentes parties, sous le gide d’une médiation algérienne appelé accord d’Alger.

Entre 2007-2009, on assista une fois de plus à une opposition entre la rébellion touarègue et les gouvernements du Mali et du Niger. Octobre 2009 un autre accord de paix fut signé.

Comme si tous ces accords ne suffisaient pas, en 2012, commence jusqu’à nos jours, une autre résistance menée par le mouvement d’Azawad. Mais cette fois ci le problème a pris d’autres dimensions. Le conflit engorge plusieurs positions, ce n’est plus un duel entre « rébellion touarègue – Gouvernement malien », d’autres défenses d’intérêts ont pris des proportions importantes. Le MNLA qui revendique l’indépendance de l’Azawad, les islamistes s’abritent derrière la religion en vue d’instaurer un Etat islamique et les narco trafiquants font régner la terreur pour marquer leur territoire. Ce qui revient à dire que ce problème a pris une connotation terroriste.

Encore et encore, se plane un énième accord de paix qui attend la signature de certains protagonistes. Un accord jugé bon pour certains tel que Maître Mamadou Konaté  «Cet énième Accord d’Alger n’est sans doute pas le meilleur d’entre tous les autres, mais il est le moins pire de tous[1]». Mais pour d’autres comme le Pr Ali Nouhoun DIALLO « Tous les germes de la désintégration du pays sont réunis dans cet accord d’Alger[2]»

Autant de rébellions, autant d’accords, ce qui me fait dire que cette rébellion au Mali ou rébellion touarègue est un danger constant, un danger permanent qui peut ressurgir à tout moment.

Et pourtant juridiquement, la rébellion est considérée comme une infraction, prévue et réprimée par le code pénal du Mali en ses articles 137 et suivants.

 

A mon humble avis personnel, la rébellion du nord dépasse le clivage du manque de considération sur le plan de développement par les différentes autorités, c’est une tentative déguisée de revendication de différence identitaire. Lorsque certains citoyens se sentent différents des autres dans un même et unique Etat, il y a un danger permanent plané sur la vie sociale, une épine dans les pieds des 15 millions de maliens qui tiennent farouchement à l’indivisibilité de leur Patrie, une indivisibilité prévue par la loi fondamentale (Constitution) en son article 25 al. 1 qui dispose que : « Le Mali est une République indépendante, souveraine, indivisible, démocratique, laïque et sociale».

 

Dans un pays, lorsque l’idée du vivre en commun se fissure, il va de choix que la cohésion sociale soit mise en cause et que la société se déchire.

 

L’une des valeurs parmi tant d’autres de ce pays réside dans sa diversité ethnique et culturelle. L’ensemble de ces valeurs est confiné dans une devise « Un Peuple – Un But – Une Foi ». Mettre en cause cette valeur sera un séisme, une tragédie. Et pourtant, tout semble se réunir, au fil des temps, pour que ce cataclysme ait lieu.

 

Existe t – il un autre moyen pacifique de sortie de crise pour un pays en guerre que de négocier et de signer des accords ? La réponse, à mon avis est négative. Mais lorsque les négociations et les accords de paix ne suffisent plus, il est temps d’ouvrir les yeux et faire face à la réalité même si cette réalité ressemble à une pilule dure à avaler.

 

Les règles de fondation de règlement de ce problème ont été prises à la légère depuis son origine. Et l’actuel Bamako ne semble pas faire exception à la règle.

 

Les autorités de Bamako et les politiques s’entredéchirent pendant qu’il y a le feu au nord. Il ne doit pas y avoir de division lorsqu’il s’agit de faire face à cette épineuse question du nord. La patrie a besoin de l’union sacrée.

 

Chers autorités et politiques, laissez de côté les intentions personnelles à visées politiques. Faites face à ce sujet ensemble sans démagogie. Cela va dans l’intérêt de l’ensemble de tous les citoyens.

 

Que Dieu bénisse le Mali.

 

DIAKITE Médy, Doctorant en droit privé

 

[1]Journal le Reporteur, publication du 1 avril 2015

[2] Journal le Republicainmali, publication du 27 mars 2015

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