Journée mondiale contre le sida: le long combat des Africains

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Une manifestante cĂ©lèbre les dix ans d’action de MĂ©decins sans frontière dans la distribution d’antirĂ©troviraux en Afrique du sud, le 3 juin 2011.

Trente-quatre millions de personnes vivent avec le virus du sida dans le monde, dont 25 millions en Afrique, parmi lesquelles 60% de femmes. A l’occasion de la JournĂ©e mondiale contre le sida organisĂ©e ce samedi 1er dĂ©cembre, zoom sur les combats menĂ©s contre la maladie sur le continent africain et les difficultĂ©s auxquelles ils font face, notamment le poids des idĂ©es reçues, des traditions ou le manque de prĂ©servatifs.

  • Les traditions, des facteurs de propagation

Les raisons de l’expansion du sida en Afrique sont multiples : manque d’information, d’infrastructures et donc de prise en charge, pĂ©nurie de mĂ©dicaments, traitements trop onĂ©reux, mais aussi pĂ©rennitĂ© de certaines pratiques traditionnelles. Les mariages forcĂ©s et/ou prĂ©coces, le lĂ©virat (union d’un homme avec la veuve de son frère), ou encore la polygamie sont ainsi autant de pratiques ancestrales qui contribuent Ă  la transmission du virus du sida.

Christine Beynis, infirmière guinéenne, est présidente du GAMS, une association réputée pour ses actions de lutte contre toute forme de violences, et donc de pratiques traditionnelles néfastes pour la femme.

« Un homme qui a dĂ©jĂ  le sida va le transmettre Ă  sa première Ă©pouse. Si on sait que cet homme est malade, qu’est-ce qu’on va aller lui donner une autre femme qui est supposĂ©e saine et Ă  qui il va transmettre le virus, ainsi qu’aux enfants qui vont naĂ®tre ? C’est l’assurance de la prolifĂ©ration de toutes les maladies infectieuses. Bien souvent, mĂŞme si la femme ne veut pas [de cette union], le poids de la famille l’y contraint. On peut l’enlever et l’emmener de force ! Je connais l’histoire d’une jeune fille qui a Ă©tĂ© emmenĂ©e de force Ă  son mariage. A mon avis, il faut aussi une volontĂ© politique et une information par la radio. Il faut parler du sida, parler des mĂ©faits de ces pratiques, pas seulement sur la vie des femmes mais aussi sur celle des enfants qui vont naĂ®tre de cette pratique-lĂ . »

Grâce au travail d’associations pour informer et éduquer les femmes, certaines pratiques reculent. Un recul malheureusement encore trop lent pour des millions de fillettes à travers le monde.

  • Les hommes se soignent plus mal que les femmes

Les femmes reprĂ©sentent plus de 60% des personnes vivant avec le virus du sida sur le continent africain. Pour autant, une Ă©tude concernant le Malawi, l’Ouganda et le Kenya, vient de dĂ©montrer que, sur ce mĂŞme continent, ce sont les hommes qui rĂ©pondent le moins bien aux traitements. D’une façon gĂ©nĂ©rale, ils consultent beaucoup plus tard que les femmes et leur suivi est plus alĂ©atoire.

Jean-François Etard, médecin épidémiologiste, chercheur détaché de l’Institut de recherche pour le développement.

« La première hypothèse est que les hommes observent moins bien leur traitement antirĂ©troviral, en termes de doses manquĂ©es, par exemple, de retards aux rendez-vous… Donc l’observance est moins bonne. Après, il y a d’autres raisons qui sont plus dĂ©licates Ă  dĂ©montrer, en particulier la pharmacodynamique (dĂ©crit les effets qu’un principe produit sur l’organisme, ndlr), la pharmacocinĂ©tique (Ă©tudie le devenir dans l’organisme d’une substance active contenue dans un mĂ©dicament, ndlr) des mĂ©dicaments antirĂ©troviraux. Ca veut dire que lorsque les hommes et les femmes prennent les mĂŞmes molĂ©cules, les mĂŞmes tritĂ©rapies, il n’y a pas les mĂŞmes taux sanguins. Par ailleurs, il y a des diffĂ©rences physiologiques entre les hommes et les femmes, en termes de taux de concentration de ces cellules immunitaires, mais en dehors de toute infection. On a bien montrĂ© que les femmes ont des taux de cellules – CD4 en particulier – plus Ă©levĂ©s que les hommes Ă  peu près partout dans le monde. Il y a un ensemble de raisons qui expliquent ces diffĂ©rences de reconstitution  immunitaire entre les hommes et les femmes ».

Le même constat a été révélé dans une étude en Afrique de l’Ouest, au Sénégal. Une tendance vérifiée également en Asie.

  • Le Gabon face Ă  la pĂ©nurie de prĂ©servatifs

Au Gabon, les fruits des sensibilisations massives contre le sida commencent à se ressentir. La prévalence est en baisse, mais les populations dénoncent une rareté des préservatifs.

MaĂŻmouna gère un cyber cafĂ© Ă  la poste centrale. Ici, pour chaque ticket payĂ©, le client a droit Ă  un petit cadeau. « Un ticket achetĂ©, trois prĂ©servatifs offerts, juste pour sensibiliser mes clients », explique-t-elle. Les clients s’en donnent Ă  cĹ“ur joie. « J’ai Ă©tĂ© très surpris qu’on en distribue gratuitement Ă  la poste », s’Ă©tonne un homme. « C’est difficile de les trouver », dit une femme.

Il n’y a pas beaucoup d’initiatives de ce genre. Les prĂ©servatifs ne sont plus disponibles comme dans le passĂ©. « Aujourd’hui, il y a un petit relâchement. Il n’y a plus trop de campagnes comme autrefois », rapporte MaĂŻmouna. Depuis quelques mois, Amissa Briana Bongo Ondimba est Ă  la tĂŞte de la Direction gĂ©nĂ©rale de la prĂ©vention du sida (DGPS). Elle promet une action vigoureuse pour remĂ©dier Ă  la situation : « Nous constatons que le prĂ©servatif n’est plus aussi disponible. Nous sommes en train d’Ă©tudier diffĂ©rents moyens de mettre en place des stratĂ©gies de marketing social de prĂ©servatifs. »

Selon des statistiques officielles, en 2011, la prévalence du sida au Gabon était de 5,2%. Les nouvelles contaminations sont en baisse, mais le budget de la prise en charge des malades a quasiment doublé en 10 ans.

  • CĂ´te d’Ivoire : objectif « zĂ©ro dĂ©cès » liĂ© au VIH

En CĂ´te d’Ivoire, le gouvernement a lancĂ© il y a deux semaines un plan national d’Ă©limination de la transmission du virus de la mère Ă  l’enfant. L’objectif « zĂ©ro dĂ©cès » que le pays vise se place dans l’esprit de la stratĂ©gie de l’Onusida. Un objectif qui permet de dire que la lutte continue.

Dans l’unitĂ© des maladies infectieuses d’un hĂ´pital d’Abidjan, un dĂ©cès est intervenu hier, celui d’un patient qui prenait des antirĂ©troviraux sans respecter le protocole prescrit. Cet autre homme, sĂ©ropositif depuis onze ans, avoue respecter la prise de ses mĂ©dicaments. Il sait qui leur doit sa survie. « Beaucoup croient que les mĂ©dicaments existent et que c’est une activitĂ© commerciale qui n’a pas pour objectif de guĂ©rir totalement les gens de ce mal. Or, il n’existe pas encore un mĂ©dicament qui puisse guĂ©rir ça totalement. »

Pour Florence Kouakou, conseillère des sĂ©ropositifs au centre hospitalo-universitaire de Treichville, le 1er dĂ©cembre est un jour comme les autres. « Moi je pense qu’on doit lutter contre le sida tous les jours, en sensibilisant les gens pour leur faire faire le test de dĂ©pistage pour qu’ils puissent recevoir aussi les soins qu’il faut », affirme-t-elle.

Selon une autre conseillère, de plus en plus de personnes Ă  Abidjan font le teste de dĂ©pistage spontanĂ©ment. « Il y en qui viennent mĂŞme avec leur partenaire. Pour certains, la femme est infectĂ©e et pas le monsieur. On les appelle ‘couples sĂ©rodiscordants’ », rapporte-t-elle. Un motif de divorce parfois. Un professeur du CHU de Treichville avoue que dans un couple sĂ©rodiscordant, il peut s’avĂ©rer difficile de faire venir rĂ©gulièrement la personne sĂ©ronĂ©gative en consultation.

Pour en savoir plus :

Le site de l’ONUSIDA (anglais)

Le rapport 2012 sur la réponse au VIH/sida de la DGPS au Gabon

RFI / 01/12/2012

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