Mahamoud Dicko, président du Haut Conseil Islamique du Mali : «Nous voulons que le Code soit le plus consensuel possible»

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Le Code de la famille fait aujourd’hui la Une des journaux. Ce dossier brûlant se trouve actuellement sur la table de l’Assemblée Nationale. Dans l’interview qui suit, Mahamoud Dicko, président du Haut Conseil Islamique du Mali, nous édifie sur la position de la Communauté musulmane sur ce sujet.

Qu’est- ce qui  bloque aujourd’hui l’adoption du Code de la famille ?

En ma connaissance, il n’y a pas de bocage. Nous voulons que le Code soit le plus consensuel possible et qu’il soit le reflet de notre société afin que chacun y trouve son compte. Je crois qu’il faut d’abord les écoutes et après, l’Assemblée Nationale pourra procéder au vote.

Êtes-vous optimiste par rapport à son adoption avant la fin du mandat du président Amadou Toumani Touré ?

Mais, bien sûr que oui. Aujourd’hui, l’adoption ne dépend que de nous-mêmes. Il suffit d’un processus pour que son exécution puisse voir le jour et même le président de l’Assemblée Nationale l’a dit solennellement. Il dit que la loi lui confère, sinon l’autorise lui-même à demander  une session extraordinaire. Et déjà, sur beaucoup de points, nous sommes d’accord avec lui.

Au niveau des musulmans que vous représentez, y a-t-il une divergence autour des points soulignés dans le Code ?

Il n’y a pas de divergences. Il n’y a pas d’autres voies, c’est le Haut Conseil Islamique qui est la voie autorisée et qui parle au nom de la communauté musulmane. Et sans doute tous les musulmans du Mali et les courants de pensées convergent vers la même direction par rapport à ce Code.

Quel message avez-vous à lancer à la Communauté musulmane  pour éviter les crises post électorales ?

Aujourd’hui, il faut d’abord préserver l’essentiel et l’essentiel pour nous, c’est le Mali. C’est vrai qu’il faut aller vers les élections, mais il faut reconnaître aussi que le Mali s’est beaucoup battu pour qu’il y ait une démocratie et cette volonté du peuple doit être respectée. Donc, il faut qu’on fasse ce qu’il faut pour qu’on aille à des élections libres et transparentes. En d’autres termes, il faut respecter le suffrage universel.

Mais, se comporter à faire des élections une marchandise, à créer des conditions de fraudes, cela n’est pas du tout bon. Je crois que cette situation n’honore pas celui qui est élu et même celui qui l’a élu. Il faut signaler que ce sont des comportements que le Mali doit éviter dans la mesure.  Il faut se poser la question de savoir si une personne élue sur la  base de fraudes, pourra lutter contre la fraude ou contre la délinquance financière. Car, la personne sait comment elle a accédé au pouvoir. Je pense qu’il est important de bannir cette gangrène de la fraude et de la corruption qui est en train de détruire notre pays. Je le dit encore, c’est sur la base de la corruption qu’ils sont élus, c’est sur la base de la corruption qu’ils occupent les meilleurs postes de ce pays, c’est sur la base de la corruption qu’ils ont tous aller à l’école du primaire jusqu’à l’université. S’il faut qu’on achète nos diplômes notamment le CEP, le DEF, le BAC pour aller travailler, à quoi sert alors les études ?

Et le pire dans cette histoire est que même pour accéder à la fonction publique, il y a un quota ou on met la liquidité en jeu. Le prix généralement varie entre 1 ou 2 millions en fonction de l’importance du service. Et s’il s’est avéré que des individus pareils accèdent au pouvoir, comment voulez-vous qu’ils agissent ? Je l’avais dit en 2010, à l’approche du cinquantenaire, on doit faire une révision, une analyse, corriger toutes les lacunes afin d’avoir une bonne politique de gouvernance. Il faut savoir que même en faisant de belles infrastructures, quand réellement les gens qui doivent construire le pays sont eux-mêmes détruits par leurs comportement, leurs moralité, qu’adviendra alors le pays ? A l’avenir il n’y aura pas de pays, je suis désolé, mais je le dis. Il faut qu’ensemble on se donne la main, car le président, malgré ses efforts, à lui seul ne peut pas. Au Mali, aujourd’hui, il faut qu’on accepte de se remettre en cause.  Il ne s’agit pas d’organiser des fora pour remettre en cause la responsabilité des uns et des autres et ensuite faire des résolutions pour les mettre dans des tiroirs.

Maintenant par rapport aux élections, il faut le faire dans de bonnes conditions. Mais, le plus important, c’est le débat des projets de société au lieu d’organiser des soirées balafons et se mettre à danser.

Et si on vous sollicitait pour être président de la République du Mali ?

Moi, je suis déjà président du Haut Conseil Islamique et je crois que je peux me contenter de cela.

 

Propos recueillis par Abdoulaye NIANGALY

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