Gisement d’hydrogène de Bourakébougou : Un projet gazier prometteur

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La mise en évidence de ce gaz utilisé abondamment dans nombre de domaines des technologies de pointe, offre de réelles opportunités au secteur des hydrocarbures

Les chimistes définissent l’hydrogène comme l’élément le plus absorbant de l’Univers. Découvert en 1781 par le physicien et chimiste britannique Henry Cavendish, cette substance doit son nom à ses caractéristiques spécifiques à former l’eau par son association avec de l’oxygène. Ce gaz aussi léger que propre se prépare par électrolyse de l’eau ou par décomposition catalytique des hydrocarbures par la vapeur d’eau. Il est utilisé comme combustible dans l’industrie pour de nombreuses synthèses ou des traitements pétrochimiques.
Mais c’est par sa capacité de combustible que l’hydrogène se distingue le plus dans l’industrie de technologie de pointe. Il sert de matière première dans l’aéronautique et est utilisé dans la fabrication d’engins spatiaux. Ses caractéristiques sont mises en valeur également dans l’industrie de l’armement (il sert de combustible dans la fabrication de bombes atomiques et autres engins nucléaires). Sa masse atomique est de 1,007. Avec une densité de 0,071, l’hydrogène se solidifie ou se liquéfie à de très basses températures (respectivement – 259,14° C et – 252,87° C).
C’est dire à quel point le projet gazier de Bourakébougou ouvre des perspectives intéressantes. Actuellement en phase d’expérimentation par la société Petroma-SA, le projet est situé à Bourakébougou, un village de la commune rurale de Diédougou-Torodo.
Petroma-SA fonde beaucoup d’espoir sur ce gisement d’hydrogène. Le gaz de Bourakébougou a déjà une longue histoire. Amadou Cissé, le directeur général adjoint de l’Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière (AUREP), explique ainsi que dans les années 1987, des travaux de forage hydraulique initiés par les pouvoirs publics ont débouché accidentellement sur du gaz hydrogène à 105 m de profondeur. Les analyses effectuées à l’époque ont confirmé un pourcentage autour de 98% d’hydrogène, le reste étant composé de méthane et de nitrogène.
Ces travaux de forage avaient été réalisés dans le cadre de la coopération avec l’Algérie. Mais à l’époque, le gaz n’avait pas suscité l’intérêt des autorités du pays. Les puits réalisés sur le bloc 25 du patrimoine géologique du Mali seront mis en jachère. Colmatés, les forages seront mis sous surveillance par les services de la Direction nationale de la géologie et des mines (DNGM). Il faudra attendre les événements du 26 mars 1991 pour une reprise véritable du projet dans le cadre de la politique de promotion du sous-sol. Les premières conventions seront signées dans la foulée en 1998, consacrant ainsi la reprise de la recherche pétrolière dans notre pays.
De nos jours, les travaux effectués par Petroma-SA sur le site font état de la réalisation de deux forages d’une profondeur cumulée d’environ 4442 m. D’importants travaux ont été également effectués dans le but de quantifier les réserves de gaz et de réaliser très prochainement des forages pétroliers et gaziers : résistivité sismique, réflexion haute résolution, gravimétrie et magnétométrie et géochimie. Ces travaux ont permis de comprendre la stratigraphie et la géologie structurale du contexte des environs de Bourakébougou. La sismique peu profonde a mis en évidence dans la zone une anomalie de haute amplitude à la profondeur de l’occurrence du gaz et qui sera confirmée par des travaux de forages. Les investissements de l’entreprise dans le projet s’élève déjà à plus de 5 milliards de Fcfa. Les estimations sont en cours pour définir les coûts réels de développement du projet.

Droit de propriété. Petroma-SA est propriétaire du bloc 25 sur lequel se situe le gisement de Bourakébougou. Cela lui confère-t-il le droit de propriété sur le gisement gazier quand on sait que ses travaux de recherche effectués visent le pétrole ? Au département du Commerce, des Mines et de l’Industrie, l’on répond par l’affirmative. Amadou Cissé explique que l’hydrogène dérive des hydrocarbures sous jacents dans le forage. « L’hydrogène, le méthane et tous les autres gaz associés dans la zone et dans les blocs 25 et 17 sont de ce fait couverts par la convention de concession pour la recherche, l’exploitation, le transport et le raffinage des hydrocarbures liquides et gazeux détenue par Petroma-SA », précise-t-il.
« D’abord parce que le projet est porté par un compatriote qui, malgré les risques financiers énormes, a décidé d’investir dans la mise en valeur d’un secteur auquel jusqu’à présent aucune société malienne ou étrangère ne s’était intéressée. A défaut d’aider Diallo dans son projet, arrêtons de raconter n’importe quoi sur cet homme. Il mérite notre soutien à tous. C’est une question de bon sens », martèle le directeur général adjoint de l’AUREP, faisant allusion à des allégations rapportées récemment dans la presse sur le projet.
Petroma-SA s’est ainsi vu reprocher d’exploiter les ressources naturelles sans aucune autorisation de l’Etat malien parce qu’elle fournit de l’électricité au petit village de Bourakébougou à partir de l’hydrogène qu’elle expérimente. A ce propos, Amadou Cissé assure que les travaux réalisés par Petroma-SA l’ont été dans les règles de l’art. Des missions d’inspection sont effectuées périodiquement sur le site par les services de l’AUREP et de la DNGM. « On ne peut pas parler de pillage de ressources naturelles ici encore moins de pollution avec de l’hydrogène. D’abord nous sommes en phase d’expérimentation. Ce qui est tout à fait normal pour mieux cerner tous les contours d’un tel projet. Par contre, l’hydrogène est un gaz très propre dont le pourcentage d’émission de gaz carbonique est quasiment nul. Sur ce plan, il n’y a rien à craindre », tranche-t-il.
La réalisation de ce projet contribuera fortement au développement socio-économique dans notre pays en général et les localités riveraines en bénéficieront particulièrement, analyse Aliou Boubacar Diallo, le patron de Petroma-SA. « L’hydrogène est un élément chimique très important utilisé dans plusieurs domaines, notamment dans l’agriculture. Associé à de l’ammoniaque, il sert à la fabrication d’engrais et la fumée qu’il dégage n’est que de la vapeur d’eau qui peut servir pour les pluies provoquées. Il est également utilisé dans la production de kérosène à partir d’hydrocarbures lourds », énumère le responsable de Petroma-SA qui annonce une production imminente à grande échelle. Pour cela, la société a fait venir des USA d’importants équipements, notamment une sondeuse de pétrole « Shramm T130XD » qui permettra d’évaluer l’importance des réserves du gaz de subsurface (shallow gas).
L’objectif de Petroma-SA pour ce projet, annonce son patron, est de construire une première centrale électrique à base d’hydrogène. Un rêve qui, s’il se réalise, pourrait réduire considérablement jusqu’à 10 Fcfa le coût du kwh pour l’Energie du Mali (EDM), et par ricochet pour les usagers. Aliou Boubacar Diallo annonce à cet effet des discussions avec la direction générale d’EDM pour établir un rapport de collaboration dans l’optique d’une mise en concession de la future centrale gazière.
En attendant ces jours heureux, c’est une petite unité composée d’un générateur qui alimente en électricité le petit village de Bourakébougou. Si le pétrole tarde à jaillir des entrailles de notre sous-sol, l’hydrogène fournit là de belles perspectives dans le secteur des hydrocarbures.

Par Lassine Diarra, source L’Essor

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1 commentaire

  1. Grand travail d’investigation mené, qui donne le gout de lire cet article. Bel exemple d’engagement patriotique en tant qu’opérateur économique.

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