Retrait du Mali du G5 Sahel : les éclairages de Ibrahim Maïga*

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Le 15 mai 2022, le Mali a annoncé son retrait de tous les organes et instances du G5 Sahel, y compris sa Force conjointe (FC). À noter que les « pères fondateurs » (côté français comme sahélien) ont tous, aujourd’hui, quitté le pouvoir.

Quelques observations/remarques

1/ En se retirant du G5 Sahel, le Mali n’a fait qu’accélérer l’issue d’une structure à bout de souffle. Les bouleversements intervenus ces 2 dernières années & les tensions entre le Mali et certains de ses voisins ont paralysé la machine.

2/ Le G5 depuis sa création a fait l’objet d’hostilité de la part de la CEDEAO et de l’Algérie qui y voyaient surtout un cadre d’expression de l’influence française. La présence de cadres français dans certains organes du G5 (Secrétariat permanent, Collège de défense) a accentué cette perception.

3/ Contrairement à son « faux jumeau », la Force multinationale mixte de lutte contre Boko Haram (FMM) dans le bassin du Lac Tchad qui bénéficie du leadership fort du Nigeria, la présence jugée parfois encombrante d’une puissance extra-régionale a été préjudiciable pour l’image du G5. De ce point de vue, PAU aura été une grossière erreur de communication.

4/ Le retrait du Mali du dispositif casse également la dynamique territoriale que la création du G5 a permis (à certains égards) d’obtenir. À l’instar du NE, le ML est impliqué dans 2 des trois fuseaux retenus par le concept d’opérations de la FC. Il s’agit des fuseaux centre (ML, NE, BF) et ouest (ML, MRT). La mutualisation des efforts devra donc se faire sur une base bilatérale, au cas par cas, avec toutes les limites d’une telle approche.

5/ Le format du G5 pose également question au regard de l’extension de la menace vers les pays côtiers. Depuis 2017, certains pays sahéliens et côtiers ont mis en place l’initiative d’Accra pour répondre à cette préoccupante tendance.

Par ailleurs, dès le départ des observateurs avaient estimé que le détachement géopolitique progressif du Sahel de l’Afrique de l’Ouest institutionnelle incarnée par la CEDEAO constituait une erreur stratégique majeure. L’histoire leur donne aujourd’hui raison.

6/ S’agissant des perspectives, cette décision donne aussi l’occasion de (re)penser les mécanismes de sécurité lancés à grands renforts de communication depuis 2013. L’occasion de réfléchir collectivement au rôle de la CEDEAO dans une crise sécuritaire qui ne concerne plus une sous-région mais l’ensemble de la région ouest-africaine, et au-delà.

Cela requiert un dialogue franc avec tous les pays en transition pour refermer cette parenthèse improductive et dessiner les contours d’une nouvelle approche sécuritaire.

Spécialiste des questions sécuritaires

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Qu’est-ce que le Mali perd ?

– Un cadre de concertation intégré, avec des pays amis, en l’occurrence le Burkina Faso, la Mauritanie et le Tchad. Il était plus facile, à l’intérieur du groupe, de créer avec ces trois pays, notamment la Mauritanie et le Burkina, un bloc pour isoler le Niger.

Il est vrai que le transfert de la présidence du G5 Sahel au Mali a traîné. Mais le Mali n’a pas été sauté non plus. Au lieu d’envoyer une lettre de menace et d’ultimatum, notre diplomatie devait travailler à effectuer ce transfert le plus tôt possible.

Encore une fois, l’utilisation inappropriée de la fierté nationale nous mène à notre perte. Ce retrait est tout d’abord l’échec de notre diplomatie, qui cesse d’être “intérêcentrique” pour demeurer égocentrique.

– Un cadre intégré de partage de renseignements militaires entre au moins le Mali et ses trois pays amis du groupe (à l’état actuel de nos coopérations);

–  Des actions militaires conjointes au sein de la Force Conjointe du G5 Sahel, insuffisantes soient-elles; dans ce domaine, toujours vaut peu que rien du tout ;

– Des financements directs et indirects en faveur du Mali. Même peu, ces financements paient des employés maliens, des formations pour des Maliens (j’ai été formateur dans plusieurs de ces types de programmes) et d’autres projets techniques.

Qu’est-ce que le Mali gagne ?

Sa liberté de décision ou son autonomie décisionnelle : elle peut entreprendre n’importe quelle opération militaire dans les zones maliennes d’intervention de la Force Conjointe sans aviser qui que ce soit de ses ex-partenaires du G5 ; – une plus grande sécurité de ses informations militaires vis-à-vis de ses ex-partenaires ; – le renforcement de son opinion publique anti-française.

À chacun, de faire son évaluation pour savoir si ce retrait en valait la peine ou pas. À mon avis, on gagne moins en sortant qu’en restant, pour adopter une position stratégique.

Par ailleurs, si quelqu’un cherchait à nous brouiller avec nos amis actuels de la sous-région, il est en passe de réussir son coup. Car, je doute fort que notre retrait ait fait l’objet de concertation avec le Burkina Faso, la Mauritanie et le Tchad. Si cela a été le cas, bon vent !

Dr. Mahamadou KONATE

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