Sécurité et vie culturelle à Tombouctou : Quand la Biennale repousse l’heure du silence

Dans la cité des 333 saints, le couvre-feu instauré pour contrer l’insécurité a profondément transformé les habitudes nocturnes.

18 Jan 2026 - 13:22
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Sécurité et vie culturelle à Tombouctou : Quand la Biennale repousse l’heure du silence

Mais à l’occasion de la Biennale artistique et culturelle, Tombouctou a retrouvé, le temps d’un événement, un souffle de vie nocturne, relançant le débat sur l’équilibre entre vigilance et liberté.

À Tombouctou, dès 19 heures, les rues se vident, les motos disparaissent et les commerces baissent leurs rideaux, alors que le couvre-feu officiel ne débute qu’à 20 heures. La peur a pris une heure d’avance sur la loi.

Depuis plus de deux ans, les gouverneurs successifs de la région ont instauré un couvre-feu nocturne pour faire face à la recrudescence des attaques terroristes et islamistes. Initialement fixé à 18 heures, il a été progressivement allégé pour commencer officiellement à 20 heures. Mais, par prudence, les habitants préfèrent se retirer dès la tombée du jour, évitant toute confrontation avec les patrouilles ou les risques liés à la nuit. La mesure a profondément transformé la vie sociale et culturelle de la ville. Les boîtes de nuit ont fermé leurs portes, les balani shows ont disparu des carrefours et les grins, ces lieux de discussions informelles, se sont tus dans les ruelles. Les forces de l’ordre, en alerte permanente, quadrillent les grandes artères tandis que des drones surveillent le ciel. Dans la circulation, des policiers armés, kalachnikov en bandoulière, veillent à maintenir l’ordre et prévenir toute attaque.

À la veille de la Biennale artistique et culturelle, Tombouctou a retrouvé un souffle nocturne. Les autorités régionales ont assoupli les horaires du couvre-feu afin de permettre aux concerts, expositions et veillées culturelles de se dérouler dans une ambiance festive et sécurisée. Durant toute la période de l’événement, les habitants et les visiteurs ont pu circuler librement jusqu’à des heures tardives, malgré le froid qui saisit la ville la nuit, avec des températures pouvant chuter jusqu’à 11 degrés.

Pour accompagner cet allègement, un dispositif sécuritaire renforcé a été déployé autour des sites de la Biennale et des résidences des délégations. Plus largement, les forces de défense et de sécurité ont mené des patrouilles mixtes dans toute la ville, garantissant un climat de confiance. Cette expérience a relancé le débat sur la pertinence et la durée du couvre-feu. Certains habitants espèrent un réajustement plus durable, tandis que d’autres rappellent que la sécurité reste fragile.

« La Biennale a montré qu’on peut vivre la nuit sans craindre le pire. Il faut maintenant que les autorités trouvent un équilibre entre vigilance et liberté », estime un Tombouctien.

Ousmane Mahamane

(De retour de Tombouctou)