Il est temps de changer de modèle, Nouhoum Togo au Président du Djoliba AC

À la suite de l’élimination du Djoliba AC au tour préliminaire de la ligue des champions africaine de football, Nouhoum Togo, a adressé une lettre ouverte au président du club de Hérémako.

17 Sep 2026 - 09:16
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Il est temps de changer de modèle, Nouhoum Togo au Président du Djoliba AC

Si ce n’est pas encore la nuit des petits couteaux, l’ancien responsable de la communication du Djoliba AC et président du club Tieba invite toutefois à un changement de logiciel. Nous vous livrons le contenu de sa lettre.

Monsieur le Président,

Avec tout le respect que j’ai pour votre personne et pour la responsabilité que vous assumez à la tête du Djoliba AC, je voudrais m’adresser à vous avec la franchise d’un supporter qui aime profondément son club. Je ne vous écris ni pour polémiquer, ni pour accuser qui que ce soit. Je vous écris parce que le Djoliba est plus grand que nous tous.

Les présidents passent, les entraîneurs passent, les joueurs passent, les dirigeants passent, mais le Djoliba demeure. C’est justement parce que le club doit demeurer que nous devons avoir le courage de regarder ses difficultés en face et de nous interroger sur son avenir. Aimer le Djoliba, ce n’est pas seulement applaudir lorsqu’il gagne. C’est aussi avoir le courage de dire ce qui ne va pas lorsqu’on estime que certaines pratiques peuvent compromettre son avenir.

Une équipe est une continuité

Le premier principe que nous devons comprendre est simple : une équipe est une continuité. Un grand club ne peut pas être reconstruit à chaque saison. Il doit disposer d’une ossature, conserver ses meilleurs éléments, former ses jeunes, développer une identité de jeu et construire progressivement une équipe compétitive.

Or, lorsque le club est obligé de vendre ses meilleurs joueurs faute de moyens, il entre dans un cercle qui l’empêche de progresser durablement. Nous formons les joueurs, nous les faisons émerger, puis d’autres clubs les récupèrent. Ces clubs bénéficient ensuite du travail accompli au Djoliba et construisent leur puissance avec les talents que nous avons contribué à former.

Comment pouvons-nous devenir un grand club si nous sommes constamment obligés de recommencer à zéro ? Vendre un joueur n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Dans le football moderne, les transferts font partie de l’économie du sport. Mais il y a une différence entre vendre parce qu’une opportunité stratégique se présente et vendre parce que le club n’a pas d’autre choix pour régler ses difficultés immédiates.

Le Djoliba doit sortir de cette logique.

Il ne doit plus vendre son avenir pour financer son présent. Le football moderne est aussi une entreprise. Il faut aujourd’hui changer de logiciel. Une équipe de football n’est plus uniquement une formation sportive. C’est également une entreprise, une marque, un patrimoine, une communauté et un projet économique. Un club professionnel doit savoir mobiliser des ressources, attirer des partenaires, développer ses revenus, valoriser ses joueurs, protéger ses actifs et investir dans son avenir.

Pourquoi ne pas réfléchir à un modèle permettant à davantage de personnes et d’entreprises de participer légalement et de manière transparente au développement économique du Djoliba ? Il existe certainement parmi les supporters, les anciens joueurs, les entrepreneurs, les cadres, les partenaires économiques et la diaspora des personnes prêtes à investir dans un projet sérieux.

Quelqu’un qui investit aujourd’hui dans une entreprise sportive solide doit pouvoir espérer que son investissement prendra de la valeur demain, dans un cadre juridique clairement défini. La passion doit devenir une force économique organisée. Le Djoliba possède quelque chose que beaucoup d’entreprises rêveraient d’avoir : une histoire, une identité et une immense communauté de supporters. Il faut transformer cette force en ressources pour le club.

Le Djoliba ne peut pas être l’affaire de quelques personnes

L’une des questions fondamentales est celle de l’ouverture. Le Djoliba est une institution sportive. Il ne peut pas être considéré comme la propriété personnelle de quelques individus ou fonctionner comme un cercle fermé. Des générations de Maliens ont grandi avec ce club. Des hommes et des femmes ont consacré des années à son histoire. Des supporters l’aiment depuis leur enfance. Des anciens dirigeants, des joueurs, des entraîneurs, des techniciens et des bénévoles ont contribué à son rayonnement.

Pourquoi écarter des compétences qui pourraient être utiles au club ? Pourquoi ne pas rassembler autour du Djoliba toutes les compétences disponibles ? Juristes, financiers, communicateurs, spécialistes du marketing, entrepreneurs, anciens joueurs, techniciens, experts du sport et supporters engagés peuvent tous apporter quelque chose.

Un grand club rassemble les compétences ; il ne les écarte pas. La diversité des parcours ne doit pas être une faiblesse. Elle doit devenir une richesse. Il faut donc sortir des logiques personnelles, des petits cercles et des appartenances particulières pour construire une véritable communauté autour d’un projet commun.

La transparence est indispensable

Il faut également parler de la gestion. La transparence ne doit pas être perçue comme une accusation. Elle doit être considérée comme une règle normale de bonne gouvernance. Lorsqu’un club participe à des compétitions nationales et internationales, lorsqu’il bénéficie de partenariats, de ressources diverses, de recettes de matchs ou de transferts, les supporters sont en droit de vouloir comprendre comment ces ressources participent au développement du club.

Comment les ressources sont-elles mobilisées ? Comment sont-elles utilisées ? Quels investissements sont réalisés ? Quelle place est accordée à la formation ? Comment les transferts sont-ils gérés ? Quels sont les revenus générés par les activités sportives et commerciales ? Que devient l’argent qui entre dans le club ? Ce sont des questions légitimes.

La transparence protège les dirigeants honnêtes. Elle renforce la confiance des supporters, rassure les partenaires et donne davantage de crédibilité au club auprès des investisseurs. Le professionnalisme ne consiste donc pas seulement à payer les joueurs. Le professionnalisme, c’est aussi une administration moderne, une comptabilité rigoureuse, une stratégie financière, des infrastructures, une politique de formation, une médecine sportive, une communication efficace, du marketing et une véritable stratégie de développement.

Le véritable problème est le modèle

Monsieur le Président, je pense que le problème du Djoliba ne doit pas être réduit à un entraîneur, à quelques joueurs ou à une saison. Le problème est plus profond : il concerne le modèle de gestion. Tant que le club fonctionnera principalement dans l’urgence, nous connaîtrons les mêmes difficultés.

Il faut passer : d’une gestion de survie à une gestion d’investissement ; d’une gestion concentrée à une gestion participative ; d’une culture de l’opacité à une culture de transparence ; d’une logique de dépenses à une logique de création de revenus ; d’une logique de vente urgente à une logique de valorisation des joueurs ; d’une reconstruction permanente à une véritable continuité sportive.

Il faut surtout apprendre à penser à cinq, dix ou quinze ans. Un président doit préparer le club pour ceux qui viendront après lui. C’est cela, la véritable responsabilité. Former, conserver et valoriser nos talents. Le Djoliba doit investir massivement dans la formation. Un jeune joueur doit pouvoir entrer dans le système de formation, progresser, intégrer l’équipe première et devenir un actif important du club. Mais il faut ensuite être capable de le conserver suffisamment longtemps pour que le club bénéficie réellement de son potentiel.

Si un joueur formé au Djoliba est vendu trop tôt parce que le club manque de ressources, le bénéfice sportif et économique à long terme est perdu. Il faut donc créer les conditions permettant au club de conserver ses meilleurs éléments et, lorsque leur transfert devient nécessaire, de négocier dans des conditions qui permettent au Djoliba de franchir un nouveau palier. Le joueur doit devenir un investissement, et non pas seulement une solution aux difficultés financières du moment.

Transformer les supporters en force économique

Le Djoliba possède une autre richesse extraordinaire : ses supporters. Mais le supporter ne doit pas être sollicité uniquement lorsqu’il faut remplir un stade, encourager l’équipe ou contribuer ponctuellement. Il faut construire une véritable communauté économique autour du club.

Produits dérivés, abonnements, partenariats, événements, communication numérique, marketing, mécénat, diaspora, entreprises et investisseurs peuvent constituer de nouvelles sources de revenus. Le club doit également mieux valoriser son image et son histoire. Le nom Djoliba est un capital. Il faut savoir le transformer en valeur économique tout en protégeant son identité et ses couleurs.

Monsieur le Président, le moment est venu

Notre démarche ne doit pas être interprétée comme une volonté de déstabiliser les dirigeants. Elle doit être comprise comme un appel à la réflexion. Nous devons accepter de reconnaître nos faiblesses pour pouvoir les corriger. Le Djoliba a une histoire immense. Il a des supporters fidèles. Il a des talents. Il possède une identité forte. Il dispose d’une capacité de mobilisation considérable. Ce qui lui manque surtout, c’est un modèle capable de transformer toutes ces forces en puissance sportive et économique durable.

Le Djoliba ne doit plus seulement chercher à survivre. Il doit construire son avenir. Il faut une gouvernance ouverte. Il faut de la transparence. Il faut des investisseurs. Il faut une politique de formation ambitieuse. Il faut conserver les talents. Il faut développer les infrastructures. Il faut professionnaliser l’administration. Il faut développer le marketing et la communication. Il faut créer de nouvelles sources de revenus. Et surtout, il faut rassembler autour du club toutes les personnes qui peuvent contribuer positivement à son développement.

Monsieur le Président,

Je vous le dis avec respect : le temps est venu de changer de logiciel. Le Djoliba ne peut pas continuer à fonctionner avec les mêmes mécanismes et espérer obtenir des résultats différents. Nous devons passer d’une logique où quelques personnes portent le club à une logique où toute une communauté contribue à son développement.

Nous devons passer d’une logique où l’on cherche simplement l’argent nécessaire pour la saison à une logique où l’on construit un patrimoine économique pour les générations futures. Nous devons passer d’une logique où l’on vend les meilleurs joueurs pour résoudre les problèmes du présent à une logique où les joueurs deviennent des actifs capables de créer de la richesse pour le club.

Le Djoliba doit rester plus grand que ceux qui le dirigent

C’est peut-être l’essentiel de mon message. Le Djoliba ne doit appartenir à aucun homme. Les hommes doivent servir le Djoliba. Un président passe. Un comité directeur passe. Un entraîneur passe. Un joueur passe. Une génération passe. Mais le Djoliba doit rester. C’est pourquoi chaque décision prise aujourd’hui doit être évaluée en fonction de son impact sur le club de demain. Nous ne devons pas seulement chercher à gagner aujourd’hui.

Nous devons construire un Djoliba capable de gagner demain. Nous ne devons pas seulement chercher à payer les joueurs. Nous devons construire une institution capable de produire ses propres ressources. Nous ne devons pas seulement chercher des résultats. Nous devons construire un patrimoine sportif et économique.

Pour conclure

Monsieur le Président, ce message est celui d’un supporter qui veut voir le Djoliba retrouver une véritable dimension nationale et internationale. Il ne s’agit pas de condamner des hommes. Il s’agit de remettre en question un système qui montre ses limites.

Le Djoliba mérite une gouvernance à la hauteur de son histoire. Il mérite la transparence. Il mérite l’ouverture. Il mérite l’investissement. Il mérite la compétence. Il mérite la continuité. Il mérite surtout une vision. Car le Djoliba n’est pas simplement une équipe de football. C’est une institution, une mémoire, une passion et un patrimoine collectif.

Alors, ayons le courage de changer ce qui doit être changé. Ayons le courage d’ouvrir le club. Ayons le courage de rendre sa gestion plus transparente. Ayons le courage de mobiliser toutes les compétences. Ayons le courage d’attirer les investisseurs.

Ayons surtout le courage de penser aux générations qui viendront après nous. Le Djoliba ne doit plus vendre son avenir pour financer son présent. Le Djoliba doit investir dans son avenir pour devenir maître de son destin.

Nouhoum TOGO/Ancien responsable de la communication du Djoliba AC,  Président du club Tieba,  Bamako, Officier de l'Ordre National du Mali

NB : le chapeau est de la Rédaction.