Le Mali se met l’albatros des élections autour du cou (suite)

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La proximité des politiciens et forces de l’espoir tue l’espoir

La sagesse populaire nous prévient de ne pas laisser ce qui peut nous avaler nous humer. Les jeunes militaires ayant ramassé le pouvoir par terre en 2012 méditent aujourd’hui en prison d’avoir fricoté avec la classe politique actuelle. Depuis 1997, elle injecte pions et jetons de présence pour mieux confisquer les élections et alterne soupe et diète pour mieux confisquer le pouvoir. Cette danse infernale a maintenu les mêmes gens au pouvoir de « l’ère démocratique » malgré la banqueroute de leur État ou l’occupation de leur pays suite à la démilitarisation de l’armée et son retrait du nord pour acheter le répit des rebelles et trafiquants et se protéger du risque de putsch. La proximité des partis et des associations, juste pour mettre un oiseau à la place de l’autre met le changement en otage comme les malinkés le disent de la mouche qui veut finir dans le miel. Juste un autre président à la place de l’ancien sans innovation de système n’est pas un combat mais une forfaiture. Le vrai combat est de guérir le Mali de la mauvaise gouvernance par l’avènement d’animateurs capables d’aider les maliens à concilier leurs aspirations à la modernité et leur attachement aux valeurs traditionnelles. Les Touareg disent bien que cent souris conduites par un lion valent mieux que cent lions conduits par une souris. Mais il faut craindre que les souris de cette ère trompeuse ne soient autres que des servals.

Les jeunes ayant misé imprudemment leurs espoirs s’en tirent avec une élection et un marché de dupes. La montagne d’une candidature du peuple a accouché de la souris d’un manifeste mauvais usage de la popularité ! Les jeunes n’auront que leurs jambes pour traverser le Sahara, leurs bras pour nager la Méditerranée et leurs yeux pour pleurer. Les moins jeunes se rappellent Abdoul Sy à Radio-Mali déclamer les slogans tels : « Trois sortes de voleurs sont recherchés par la police : les bandits qui attaquent la nuit ; les commerçants qui font le trafic ; le client des trafiquants. Toi, quelle sorte de voleur, es-tu ? ». Mais il en oubliait la quatrième : le fonctionnaire milliardaire !

Plus de construction politique dans l’équivoque

En attendant de retrouver les chemins de sa destinée le Mali doit assumer son destin. Il s’est longtemps fourvoyé dans une crise dite du nord, plus du centre, à trouver une issue militaire à une impasse politique. Privé de l’aide de son élite, mais avec le triste palmarès de la mission onusienne la plus meurtrière, ce peuple se réveille lentement de sa confusion par la maladresse de l’inoculation terroriste-djihadiste ou sa variante de violence intercommunautaire qui trame un recours sur mesure. Cette dernière occurrence active le ras le bol des maliens qui affleure.

Les fameux Dcps continuent leur œuvre de jeter de l’huile sur le feu des dogons et peuls arguant que ces derniers sont le ciment de la nation malienne voire africaine selon une apparente doctrine qu’un mensonge qui fait l’affaire vaut mieux qu’une vérité qui l’embrouille. Car dire seulement une partie de la vérité est le début du mensonge. Ils taisent que dogons et autres groupes humains sont tout autant et chacun le ciment et le béton de toutes les nations africaines. Gageons que ce ciment peul ne soit pas Radio Mille Collines et soit déjoué le plan de déstabilisation régionale d’attiser l’esprit de violence au Mali. Le mensonge est un symptôme. Il faut se doter de moyens idéologiques conséquents quand les maîtres ne doutent pas de l’aveuglement de ceux qu’ils se préparent à piéger par un récit qui alimente de grotesques divisions et des clans dérisoires.

L’actualité aussi ne manque pas de faire penser à l’éducation traditionnelle de « sans-papiers » comme Mamoudou Gassama ou Lassana Bathily qui sauvent des vies humaines sans faire attention à la leur. Comme elle ne manque pas de nous rappeler Serval/Barkhane ayant fait foule pour sauver le Mali mais finissent par exacerber ses vies humaines en s’y éternisant avec les décorums de Minusma et G5 Sahel. Peut-on dire que l’éducation traditionnelle malienne aura permis la générosité en France que l’école française n’a pu chez nous ? Si nos dirigeants avaient été éduqués à mener une politique digne sans corruption et népotisme, ces « sans-papiers » ne se seraient pas exilés et seraient dans l’armée ou les sapeurs-pompiers maliens voire devenus à leur tour sauveteurs. La réalité reste que toute la jeunesse candidate à l’émigration et survivante du Sahara et de la Méditerranée, est pistée et traquée par coopérations étatiques et reconduites.

Un programme qui aurait pu être : une nouvelle dynamique de développement

L’indépendance nationale s’est abimée dans un délitement systématisé par le putsch de 1968, la capture du bien public par des intérêts privés, la pénurie des moyens et déséquilibre des budgets. L’accord de paix d’Alger a vécu, cela est évident, et son attirail militaire de rescousse montre de plus en plus sa vanité sinon sa nocuité. Le président Moussa Traoré a rappelé en février dernier les propos d’un ex-ministre français de la défense que « les Touaregs sont nos amis » et demandé si les maliens étaient les ennemis de la France ? Soit des lévriers pisteurs éponymes du Sahara, mais à composer avec la minorité aventureuse de la minorité targuie, quel est ce sauvetage du Mali ? On dit que la plus belle ruse du diable est de nous persuader qu’il n’existe pas.

Le réveil de l’esprit collectif axé sur un sentiment de solidarité est le seul porteur d’une nouvelle dynamique de développement. Il doit relever les défis dont l’urgence de remettre l’État debout. Il s’agit de l’imprescriptibilité des crimes économiques et crimes politiques telle la haute trahison. Il s’agit de la criminalisation de l’incitation à la violence intercommunautaire que d’aucuns dénonceraient comme ethnocentrisme et régionalisme dans l’espace public. Il s’agit de la non éligibilité des binationaux aux fonctions suprêmes et échelons stratégiques de l’État. Il s’agit de mieux faire la décentralisation et la territorialisation du développement – pas la régionalisation. Il s’agit de l’encadrement strict de la grève dans les secteurs vitaux comme l’éducation et la santé. Il aussi s’agit de la réforme politique pour une meilleure expression de l’opinion.

Un proverbe corse dit que si tu veux grand mal à ton ennemi, souhaite-lui une élection dans sa famille. Le Mali prépare des élections dans sa famille et ses politiciens n’en ont cure et son élite n’en a clé. Les élections sont le désir d’un moment mais l’éducation est le premier besoin du peuple après le tô et la sûreté. Le Mali a des ressources dont il ne doit pas se laisser distraire par des faire-valoir “islamistes” sécessionnistes, autonomistes ou djihadistes s’appelant Iyad ag Ghali ou Amadou Koufa ou plus subtil encore. Il doit déjouer ce piège par l’essor social et économique en otage d’incompétente gouvernance entre junte et Dcps et la prolifération d’associations de toutes sortes pour cultiver le particularisme, le régionalisme et l’individualisme. Face à cette confusion, prudence a plus de part au succès que force ou ruse. Aussi me vient-il à l’esprit cette pensée d’un musulman peu connu mais citoyen du monde et par ailleurs célèbre lauréat Nobel de littérature 2016 : « Si tu n’as pas tout ce que tu veux, réjouis-toi de ne pas avoir ce que tu ne veux pas ». En écho, le proverbe africain dit que si tu veux aller vite, marche seul, mais si tu veux aller loin, marchons ensemble. Celui qui veut le pouvoir par la négation des autres mais pas par sa propre valeur, marche seul ou pas du tout. Marchons ensemble et montrer que ce peuple est toujours capable de générer des hommes et des femmes pour le sauver de l’effondrement. Un peuple qui peut boucher par ses mains unies le canari commun percé. Un peuple qui peut bâtir un mur sans faille par laquelle puisse se loger un margouillat. Quand est ce que le silence du peuple sera la leçon des rois ?

 

Amadou Cisse, abscisse1@gmail.com

Washington, DC, USA

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