L’intérim au Mali : entre droit, réalité et pragmatisme

Au Mali, l’intérim est encadré par le Code du travail, et notamment l’article D.313-8. Cet article prévoit qu’un salarié temporaire qui continue à travailler au-delà de la mission prévue, sans nouveau contrat, est automatiquement considéré comme employé en CDI par l’utilisateur.

4 Mar 2026 - 07:59
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L’intérim au Mali : entre droit, réalité et pragmatisme

Ce texte, pourtant clair sur le papier, pose problème dans une société où la rigueur et le professionnalisme ne sont pas toujours au rendez-vous. Aucun délai raisonnable n’est prévu, aucun droit à l’oubli n’existe.

Mais le problème va plus loin car l’article ne précise pas les conditions de cette continuité. Si un intérimaire organise cette situation en se fiant à la négligence ou à la complicité de certains membres internes, comment cela se traite-t-il ? Comment expliquer qu’un intérimaire puisse « honnêtement » oublier la date de fin de son contrat ? Ce texte ouvre les vannes pour créer des présomptions de culpabilité pour les entreprises utilisatrices, qui peuvent se retrouver exposées malgré leur bonne foi.

En pratique, cela peut créer de sérieux risques pour les entreprises et pour les travailleurs eux-mêmes. La loi protège le salarié, mais elle laisse la porte ouverte à des abus ou à des interprétations conflictuelles, plaçant l’entreprise dans une posture de « présumée coupable ».

Le cas Orange Mali : un exemple facile

Aujourd’hui, c’est Orange Mali qui se retrouve sur le devant de la scène. Mais ce qui choque au Mali, c’est la manière dont certains dénoncent et défendent des situations selon leurs intérêts personnels, et non en se souciant des réalités professionnelles ou sociales.

        Beaucoup de familles maliennes emploient des nounous ou employés de maison. Combien ont des contrats écrits ? Combien bénéficient de jours de repos ? Selon D.313-8, ces salariés devraient être en CDI auprès de leurs employeurs.

        Le menuisier qui intervient pour réparer des portes illustre le principe : on peut convenir verbalement d’une mission de deux jours. S’il travaille un jour de plus avec ton accord tacite, il est potentiellement considéré comme employé permanent.

Le problème n’est pas Orange en soi : l’article s’adresse à tous les utilisateurs, donc à tous les Maliens. Orange est juste une cible facile parce qu’on pense qu’il y a de l’argent à obtenir.

Vers une approche pragmatique

        Médiation plutôt qu’intimidation ou condamnation : forcer une entreprise à réintégrer un salarié n’apporte rien, ni à l’entreprise, ni au salarié, ni au climat social.

        Dialogue avec les partenaires : comprendre la situation, régulariser les cas, et sensibiliser les acteurs à la loi est plus efficace que le conflit.

        Ne pas stigmatiser : Orange a créé de nombreuses opportunités professionnelles pour des Maliens. Beaucoup gagnent leur vie grâce à cette entreprise.

        Réflexion sur l’avenir : avec la technologie, plus de 40 % des postes dans la télécommunication peuvent être externalisés, ce qui change la donne pour l’emploi et l’intérim.

L’intérim au Mali n’est pas qu’une question juridique : c’est un enjeu social, économique et humain. L’article D.313-8 existe pour protéger les travailleurs, mais son application rigide peut nuire à tous. La solution ? Pragmatisme, dialogue et régularisation, pas de confrontation ni d’intimidation.

Le droit est important, mais il faut aussi prendre de la hauteur et agir avec maturité. Le coût du conflit dépasse souvent celui de la négociation.

Une contribution de Abdoul Karim TOURE