Quel type de transition au Mali ?

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Le régime d’Ibrahim Boubacar KEITA (IBK) a pris fin le 18 août 2020 à la suite d’un mouvement de contestation populaire parachevé par une intervention militaire. Pour assurer la continuité de l’Etat, un Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) a été mis en place. Le CNSP dans sa première déclaration a annoncé une transition civile. Dans la soirée du 23 août, des Agences de presse étrangères ont annoncé que la junte propose une transition dirigée par un militaire et avec un gouvernement composé majoritairement de militaires ; donc un pouvoir kaki sur les collines de Koulouba. En attendant une déclarationofficielle sur la question, la toile s’est enflammée avec des commentaires allant dans tous les sens. Cet article dégage des pistes de réflexion sur le type de transition qui conviendrait mieux au Mali.

Un éclaircissement s’avère nécessaire avant d’aborder l’objet de cet article. Coup d’état ou insurrection population ? six jours après la chute du régime d’IBK, les avis divergent sur le qualificatif à donner à l’évènement. Les médias étrangers ont plus usité le terme coup d’état, contrairement à la majorité des maliens qui réfute ce terme, préférant celui d’insurrection populaire. Qu’est-ce qu’un coup d’état ? Il est généralement admis qu’il y’a coup d’état lorsqu’une institution de l’Etat (armée) arrache par la force le pouvoir d’une autre institution de l’Etat (Présidence de la République). Eu égard cette définition, ce qui s’est passé au Mali le 18 août est un coup d’état. Cette définition ne tient pas compte de la raison qui a amené les militaires à mettre fin au pouvoir du Président. En intégrant à cette définition le contexte social (contestation populaire), l’évènement n’est pas un coup d’état militaire, mais bien une insurrection populaire ou coup d’état citoyen. A la différence du coup d’état qui a une connotation négative, l’insurrection populaire est positive et vise à réinventer la démocratie.

Quel type de transition pour le Mali ? Cette question domine actuellement les débats à Bamako. Bien avant, cette annonce polémique d’une transition militaire sur les chaines étrangères ; ce débat dominait déjà sur la toile avec des noms pour les différents postes ministériels. Ce débat est nauséabond, puisqu’il ramène la priorité actuelle du Mali à une répartition de postes. Les jeunes qui sont morts dans cette lutte, ne sont pas morts pour des questions de postes ministérielles, mais bien pour un Mali nouveau.

Il est à rappeler que le Mali a une grande expérience de transition. En effet, le pays a connu une période de transition après les coups d’état militaire de 1992, dirigée par un militaire et enfin celle de 2012, dirigée par un civil. Donc, le pays a expérimenté les deux cas de figure possible. Mais force est de constater, que celle en cours de discussion est différente des deux premières à cause de la crise multidimensionnelle qui menace l’existence du pays.

La nécessité d’une transition politique au Mali n’est plus à démontrer, la motivation principale du mouvement de contestation était une refondation de l’Etat, ce qui passe obligatoirement par une transition. L’équipe de transition ne s’improvise pas et ne vient pas non du ciel. Une équipe de transition n’a pas une mission de développement comme un gouvernement classique, elle est installée pour une mission précise et définie dans le temps.

Le type de transition et sa durée devraient découler d’un état de lieux, un diagnostic de la situation du pays. Cet état de lieux est bien connu et largement partagé aussi bien par le M5 RFP (Mouvement du 05 juin du Rassemblement des Forces patriotiques) que la majorité présidentielle du défunt régime. Les deux antagonistes divergeaient seulement sur les propositions de sortie de crise. Un arbre à problème du Mali fera ressortir clairement l’insécurité comme étant la priorité des priorités. Ce terme insécurité englobant l’occupation d’une bonne partie du territoire, l’absence de l’autorité de l’état sur les 2/3 du pays. De ce diagnostic, découle clairement la feuille de route de la transition : libération des régions occupées et rétablissement de l’autorité de l’Etat dans ces régions. En terme clair, la mission de l’équipe de transition est de mener la guerre de libération des régions centre et nord du pays. De cette mission de guerre de libération, découle le profil de l’équipe de transition. La guerre est le métier des militaires, c’est pour cela qu’ils ont prêté serment : donner sa vie pour défendre la patrie. Rendons à César ce qui est à César.

Eu égard ce qui précède, l’équipe de la transition sera militaire ou elle se soldera par un échec plus cuisant que ceux de 1992 et 2012. A la différence des deux précédentes transitions, celle-ci ne doit pas avoir une date butoir pour la simple raison qu’on ne peut pas prévoir la fin d’une guerre. La transition militaire, avec un gouvernement restreint de dix membres avec quelques civils intègres, doit mener cette guerre de libération sans faiblesse, elle prendra le temps qu’il faudra.

Cette guerre de libération sera en partie financée par l’argent récupéré dans la lutte implacable contre la corruption, qui doit accompagner cette guerre de libération. Le Mali a les hommes et les ressources qu’il faut pour cette guerre, mais elle était impossible à cause de la mauvaise gouvernance.

Les agissements autour d’une transition civile n’est qu’un appel de pied des politiciens qui ont lamentablement échoué depuis 1991. Le leadership religieux du mouvement de contestation populaire est l’illustration parfaite de l’échec des politiciens. Depuis des années déjà, ces politiciens ne peuvent plus mobiliser une centaine de personne sans débourser de l’argent pour leurs transports et autres. Sur un simple appel, l’Imam DICKO mobilise des centaines de milliers de personnes sans débourse le moindre centime !

Le temps où l’argent était le programme politique des partis est révolu, c’est une nouvelle qui s’ouvre au Mali. Cette ère sera celle des idées, du savoir, des valeurs ; pour cela, la jeunesse restera debout sur les remparts.

Bamako, le 24 août 2020

Mamadou SATAO

Environnementaliste

Email : [email protected]

Tél. : (00223)76 35 91 67

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