Ousmane Ouattara, maire de Fourou : « L’un des principaux défis de ma commune, reste l’orpaillage clandestin »
De passage à Fourou, du 18 au 20 avril 2026, pour des raisons familiales, j’ai fortement été intrigué par la densité des sites d’orpaillage et l’apparence de prospérité dans le « Gros village » de Fourou et ses deux voisins de Diassa et Lollé.
Ainsi, j’ai décidé de rencontrer le Maire de la Commune Rurale de Fourou. Qui compte plusieurs villages. M. Ousmane Ouattara (c’est son nom) s’est volontiers prêté à mes questions. Lisez l’intégralité de notre entretien !
Le Pélican : M. Le Maire, pouvez-vous vous présenter ? Votre parcours politique?
M. Le Maire : Je m’appelle Ousmane Ouattara. Je suis le maire de la Commune rurale de Fourou. Je suis enseignant de formation. Je suis engagé en politique depuis 1986 au service de ma communauté. J’ai d’abord milité à l’UDPM au temps de Moussa Traoré et je suis le dernier Secrétaire Général UDPM de ma commune J’ai occupé le poste de Secrétaire Général de la section ADEMA pendant 10 ans, sous Alpha Oumar Konaré. Et, j’ai occupé d’autres responsabilités politiques. Mon engagement politique repose sur mon attachement au développement local et à l’amélioration des conditions de vie des populations de Fourou.
Je suis maire de Fourou pour la deuxième fois. Au cours des différentes mandatures, mon parti (ADEMA) a obtenu des résultats significatifs : 18 conseillers sur 23 lors de la première ; 12 sur 23 à la deuxième, 9 sur 23 à la troisième et 13 sur 23 à la quatrième. Ces résultats traduisent la confiance de la population à mon parti et à ma personne.
M. le Maire, comment se porte votre commune ?
Par la sensibilisation, les populations arrivent à nous comprendre. Leurs droits sont respectés et elles s’acquittent de leurs devoirs. Mais souvent, le recouvrement des taxes se fait par des mesures de contrainte lorsque cela est nécessaire. Actuellement (nous sommes au quatrième mois de l’année 2026), nous sommes à un taux de recouvrement des taxes de 66 % Notre objectif est d’atteindre entre 80 et 85 %. Cependant, le taux de recouvrement des taxes (TDR) ne suffit pas à lui seul pour assurer les ressources de la commune. Il est donc nécessaire de mieux organiser les autres sources de revenus, notamment celles liées à l’activité minière.
En matière de développement, plusieurs actions ont été réalisées : réhabilitation des routes (projet 2024), mise en place de l’éclairage public (projet 2023 démarré cette année), la restauration des 37 écoles de la commune dont 22 ont été clôturées. Actuellement, ma commune a son CAP d’enseignement qui s’est d’ailleurs classé premier dans les compétitions sportives et artistiques de la région de Sikasso. Dans le domaine de la santé, cinq médecins ont été recrutés pour les centres de santé communautaires, et des matrones ont été formées dans les villages pour renforcer la prise en charge sanitaire des femmes en ceinte. On a un Agent de Santé Communautaire (ASC) dans chape village où il n’ya pas de matrone. Tout le personnel de la mairie et les fonctionnaires communautaires perçoivent normalement leur salaire.
Cependant, l’un des principaux défis de ma commune, reste l’orpaillage clandestin. Certains exploitants utilisent des dragues ainsi que des produits chimiques dangereux comme le mercure. Alors que ces pratiques sont strictement interdites en raison de leurs conséquences sur l’environnement et la santé.
Qu’avez-vous entrepris pour que ces pratiques cessent ?
Nous avons tenté de mettre fin à ces activités illicites dans l’orpaillage, mais sans succès durable. Cette situation a provoqué des tensions avec la population. À un moment donné, du matériel des orpailleurs a été incendié par les populations locales, et j’ai été accusé à tort, ce qui m’a coûté environ 10 500 000 francs CFA d’amendes. Il est important de préciser que la mairie de Fourou ne dispose pas du pouvoir légal pour expulser ces exploitants qui ne respectent pas les normes environnementaux. Cette responsabilité relève du préfet et d’autres autorités compétentes.
Néanmoins nous avons de cesse saisi certains services tels que : la gendarmerie, les eaux et forêts, et même leurs directions régionales, lesquels effectuent parfois des opérations de contrôle avec saisie de matériel. La question de la pollution des eaux par le mercure est également préoccupante, notamment en ce qui concerne les produits aloétiques (notamment les poissons) et la santé des populations locales.
Vos rapports avec les mines semi-industrielles et la mine industrielle de Syama ?
Concernant l’activité minière industrielle et semi-industrielle, certains investisseurs étrangers, notamment chinois, interviennent en partenariat avec des opérateurs maliens titulaires de permis. Leur contribution se manifeste par certaines réalisations locales, comme l’aménagement de mares pour les animaux, la construction d’infrastructures hydrauliques ou encore la réhabilitation de certaines voies. La mine industrielle de Syama paye correctement sa patente. Elle contribue actuellement à concurrence de 1 milliard de FCFA dans le budget communal. Mais aussi, à chaque fois que ma commune décide de faire un investissement, la mine nous assiste.
Le budget de la commune de Fourou ?
Le budget prévisionnel de la commune (avec une population estimée à environ 85 000 habitants, dont près de 30 000 dans des zones d’orpaillage) s’élève à plus de 2 milliards de francs CFA. Toutefois, une partie importante des ressources a été affectée par le contexte national (crise multidimensionnelle), ce qui a ralenti la réalisation de certaines infrastructures. Mais les salaires des agents communaux sont régulièrement payés, y compris ceux des enseignants et des agents de santé communautaires (ASC), qui sont au nombre de 17.
Le mot de la fin, M. le Maire ?
La commune fonctionne globalement bien grâce à l’effort collectif de toute l’équipe administrative et du Conseil communal. Nous restons à l’écoute des autorités supérieures, notamment le préfet et le gouverneur, dont les conseils nous permettent d’améliorer notre gestion. Ainsi, malgré les difficultés, notamment liées à l’orpaillage clandestin et aux contraintes financières, la commune de Fourou poursuit ses efforts de développement et reste engagée au service de la population.
Propos recueillis par Gaoussou Madani Traoré
(En Encadré)
La commune de Fourou, ses atouts
Créée par la loi N°96-059 du 04 novembre 1996, la commune rurale de Fourou est administrée par un conseil communal de vingt-trois membres (23) membres dont le Maire et 3 Adjoints (bureau communal). Le conseil communal est l’organe de prise de décision au niveau de la commune. La commune de Fourou est située dans la partie Ouest du cercle de Kadiolo dont elle fait partie. Fourou, son chef-lieu de commune, est distant de Kadiolo de 55 km. Elle est composée de 23 villages et de 5 hameaux.
La commune est arrosée par quelques cours d’eau dont les plus importants sont le Bagoué entre la commune de Fourou et la république de la côte d’Ivoire ; le Banifing qui sert les communes de Tiongui (cercle de Kolondièba), Fourou (cercle de Kadiolo) et Lobougoula (Cercle de Sikasso). Les mares les plus importantes sont : Lollè à 7km de Fourou et Dièou à 12 km au Nord-est. La pluviométrie annuelle enregistrée par les services techniques avoisine les 1500 mm de pluies par an
Le climat est de type soudanien et se caractérise par une alternance très prononcée entre une raison sèche qui s’étend de Novembre à Avril, dominée par des vents secs venant du Sahara (harmattan) et une saison pluvieuse qui s’étend de Mai à octobre avec des vents humides venant du golfe de Guinée (mousson). Sur l'année, la température moyenne à Fourou est de 27.6°C et les précipitations sont en moyenne de 841.4 mm
Des précipitations moyennes de 6.1 mm font du mois de décembre le mois le plus sec. En août, les précipitations sont les plus importantes de l'année avec une moyenne de 190.3 mm. Au mois d’avril, la température moyenne est de 31.3°C. Avril est de ce fait le mois le plus chaud de l'année. Décembre est le mois le plus froid de l'année. La température moyenne est de 25.2°C à cette période. Le record de chaleur est de 48°C enregistré le dimanche 24 février 1985 et le record de froid de 6°C enregistré le dimanche 22 août 1976 (source météo Sikasso).
La végétation est dominée par des espèces telles que le Néré, le Karité, le Baobab et le Caîcedrat. Une forêt classée de 14 184 ha est située dans le village de Kamberké. Le relief est accidenté, caractérisé par des collines que l’on rencontre sur l’axe Diou-Fourou, des plaines et des bas-fonds autour des rivières. La commune dispose d’importantes superficies en plaines aménageables.
L’économie de la commune est basée sur l’agriculture et l’élevage. A ces deux principales activités s’ajoutent le petit commerce, l’artisanat, la pêche et la cueillette (Karité, Néré).
Les langues dominantes sont : le sénoufo, le samoghos, le bamanan et le Peuhl. L’agriculture constitue la principale activité économique pratiquée par la presque totalité de la population. Le système de production est de type extensif avec des rotations culturales entre quelques spéculations. Les principales spéculations sont : le coton, le maïs, le sorgho, le mil, le riz.
Le maraîchage est l’’activité est surtout pratiquée par les femmes dans les périmètres maraichers aménagés avec l’appui des partenaires aussi bien que dans ceux réalisés avec les moyens de bord (clôtures en haies vives et haies mortes). Les cultures maraîchères constituent de véritables sources de revenus pour les populations. Elles sont essentiellement réalisées en saison sèche et, portent principalement sur le gombo, la tomate, l’oignon, l’échalote, etc. Elles contribuent à améliorer, d’une part, les revenus des populations, d’autre part, leur régime alimentaire.
L’arboriculture est beaucoup pratiquée dans la commune et porte surtout sur l’arboriculture fruitière : mangue, anacarde et agrumes. L’élevage est la deuxième activité pratiquée par les populations et sert de soutien à l’agriculture.
La pêche est peu pratiquée dans la commune. Elle est surtout l’œuvre d’amateurs et est pratiquée dans ces dernières années en permanence dans certains cours d’eau de la commune. La pêche collective est réalisée annuellement au niveau de certains marigots. La cueillette est pratiquée surtout par les femmes. Elle constitue leur principale source de revenu et se résume à celle du néré, du karité, de l’anacarde, du zaban, des mangues, des agrumes, des feuilles de baobab.
Source : Programme de Développement Social, Economique et Culturel
(PDSEC 2018-2022) ; Commune de Fourou