Colonel-Major Ahmed Ag Boya : Hommage solennel à une figure majeure de la Douane malienne
La salle de réunion du Bureau des produits pétroliers, porte désormais le nom du Colonel-Major Ahmed Ag Boya, figure emblématique de l’administration douanière malienne.
La cérémonie officielle de baptême, s’est tenue le jeudi 18 décembre 2025 dans les locaux du Bureau, en présence de nombreuses personnalités, parmi lesquelles, l’ancien Directeur général de la Police nationale, Moussa Ag Infali, l’ancien ministre Ag Erlaf, la cheffe du Bureau des produits pétroliers Mme Sira Mallé, des membres de la famille du récipiendaire ainsi que des collègues et proches collaborateurs.
La cérémonie a été ouverte par l’intervention de Mme Sira Mallé, cheffe du Bureau des produits pétroliers, qui a salué avec respect, fierté et reconnaissance, le parcours exceptionnel du Colonel-major Ahmed Ag Boya, mettant en lumière son engagement constant, son sens élevé du devoir et sa contribution décisive aux performances de l’administration douanière.
Né le 17 novembre 1960 à Ersane, dans le cercle de Bourem, Ahmed Ag Boya a très tôt orienté sa vie vers l’instruction et le service de l’État. Après des études primaires à l’école fondamentale de Tarkint, il obtient successivement le CEP en 1971, le DEF en 1973, avant de poursuivre sa formation au Lycée technique de Bamako, où il décroche, en 1977, le Baccalauréat malien, série Mathématiques – Technique Économie (MTE). Admis en 1978 à l’École nationale d’administration (ENA) de Bamako, il surmonte les années difficiles marquées par la fermeture des établissements supérieurs et obtient en 1984 une Maîtrise en sciences économiques, avec la mention Bien, soutenant un mémoire consacré aux mécanismes de compensation fiscale au sein de la CEAO.
En 1985, il est admis au concours d’intégration à la Fonction publique, avant d’effectuer son service national au Centre d’instruction militaire de Koulikoro. Il suit ensuite une formation professionnelle au Centre de formation des Douanes de Bamako, marquant ainsi son entrée officielle dans l’administration douanière.
Sa carrière débute en 1987 au Bureau des Douanes de l'Aéroport international de Sénou, section visite, en qualité de Vérificateur. À force de rigueur, de professionnalisme et de persévérance, il gravit progressivement tous les échelons de la hiérarchie. Il occupe successivement les fonctions de chef de brigade dans plusieurs structures stratégiques, notamment au Bureau du tourisme et des régimes économiques, à l’Aéroport de Sénou, à Ségou, puis à la Brigade touristique de surveillance.
À partir de 1995, il accède à des postes de haute responsabilité : Chef du Bureau des Douanes de Kayes, puis Directeur régional des Douanes de Kayes en 1996. Il est ensuite nommé chef de la Division vérification à la Sous-direction des enquêtes douanières, chef du Bureau principal des Douanes de Faladié, puis chef du Bureau principal des Douanes de l’Aéroport de Sénou.
Son parcours se poursuit à la tête de plusieurs directions régionales stratégiques : Mopti (2003), Ségou (2009), Sikasso (2011), puis le District de Bamako (2017). En 2019, il est nommé directeur à la Direction des contrôles après dédouanement (DCAD), avant de prendre en 2020 la responsabilité du Bureau du contrôle interne (BCI).
L’aboutissement de cette carrière exemplaire intervient en 2021, avec sa nomination comme Directeur général adjoint des Douanes, consacrant plus de trois décennies de service au sein de l’administration.
Sur le plan professionnel, l’orateur est revenu sur les résultats majeurs enregistrés dans la lutte contre la fraude et le trafic illicite. Sous la conduite des directeurs des enquêtes et des chefs de la Brigade mobile d’intervention (BMI), des opérations exceptionnelles ont permis des saisies inédites, jamais égalées depuis près de trente ans. Drogues, médicaments contrefaits, armes, explosifs, devises, faux billets, or, produits impropres à la consommation et diverses marchandises illicites, ont été interceptés en grande quantité. Parallèlement, d’importantes réformes ont été engagées, partant du principe qu’« une administration qui ne se réforme pas, est condamnée à stagner ». Au total, 36 réformes ont été initiées : 17 réalisées, 18 mises en œuvre, 15 en cours et 3 en attente. Cette dynamique s’inscrit dans la vision de la douane intelligente, récemment renforcée par l’obtention d’un financement de 4 milliards de FCFA destinés à la mise en place de data centers, pour une administration plus moderne, performante et efficiente.
Sur le plan international, une nouvelle orientation stratégique a permis au Mali de renforcer sa présence sur la scène douanière mondiale. Longtemps absente de la diplomatie douanière, l’administration malienne a accédé à la vice-présidence de l’Organisation mondiale des douanes (OMD) pour les zones Afrique de l’Ouest et du Sud, avec une réélection à la clé. Cette reconnaissance permet désormais au pays d’influencer les décisions internationales, certains agents maliens, formés et agréés par l’OMD, présidant même des réunions de haut niveau.
Un accent particulier a également été mis sur la formation, plaçant l’administration sur une trajectoire durable de professionnalisation. Les résultats sont jugés probants, avec un taux de réalisation dépassant 102 %. Selon le récipiendaire, en 2025, les produits pétroliers ont contribué à hauteur de 33 % aux performances globales enregistrées. Se disant honoré de voir son nom associé à un bureau pilote, bien qu’il n’y ait jamais exercé, le colonel-major Ag Boya a rappelé le rôle stratégique du Bureau des produits pétroliers, qui génère près de 30 % des recettes douanières nationales. Il a salué les performances exceptionnelles de la cheffe du bureau, auteure de records successifs : 25 milliards de FCFA en mars, 27,827 milliards en mai, puis un nouveau record en juillet, faisant de cette structure, la première de la Direction générale des douanes et de sa responsable, l’une des figures les plus remarquables de l’administration.
L’orateur a également exprimé la reconnaissance de la hiérarchie à l’endroit de l’ensemble des cadres et agents pour leur engagement constant, tout en évoquant les progrès réalisés dans la gestion des régimes économiques.
Revenant sur son parcours personnel, Ahmed Ag Boya a retracé une trajectoire marquée par la persévérance, depuis ses débuts modestes à l’Aéroport comme Vérificateur jusqu’à son ascension progressive à travers tous les échelons de la douane.
I ’inspecteur des douanes de classe exceptionnelle a insisté sur des valeurs fondamentales : la patience, la discipline, l’esprit de corps, la bonne conduite et surtout la persévérance, qu’il considère comme les clés d’une carrière réussie. « L’avenir n’est pas un jeu de hasard », a-t-il affirmé, soulignant que la réussite repose sur le travail, l’instruction et un mental de combattant.
Un des moments forts remplis d'émotion, fut l’intervention de sa fille qui a profondément marqué l’assistance. Les larmes aux yeux, elle a rendu un vibrant hommage aux exploits professionnels et humains de son père, saluant non seulement le haut responsable, mais aussi le père exemplaire et le guide pour sa famille.
Dans un message adressé particulièrement aux jeunes agents, le colonel-major a exhorté à la patience et à l’humilité, citant son propre parcours comme source d’inspiration. Il a également rendu un hommage appuyé à un collaborateur exemplaire, Sama Tounkara, pour son professionnalisme et sa loyauté. En conclusion, rappelant que « la retraite n’est pas la fin d’une vie », Hamed Ag Boya a laissé entendre qu’il resterait disponible pour partager son expérience et ses connaissances avec les jeunes générations de douaniers.
Une cérémonie empreinte d’émotion, qui a touché de nombreux participants et consacré l’héritage d’un homme dont le parcours restera une référence au sein de l’administration malienne.
Auparavant le colonel major des douanes a dévoilé son grand portrait fixé au mur de la salle de formation érigée à son nom.
MAYA TRAORE
Colonel Major des douanes Ahmed Ag Boya :
Les hommes et les années passent, la douane demeure
Admis à faire valoir ses droits à la retraite, le grand commis de l’Etat a bien voulu se prêter aux questions de notre rédaction dans une interview exclusive
Le pouce : En ce départ à la retraite quel est le sentiment qui vous anime ?
Le Pouce: Quelles réformes ou réalisations majeures retenez-vous comme les plus marquantes de votre carrière?
Ahmed Ag Boya : « Au total, depuis la nomination de l'inspecteur général Amadou Konaté à la tête de la douane malienne en 2021, nous avons mis en œuvre, initié 36 réformes majeures, dont 17 réformes ont été exécutées totalement, 16 réformes en cours d'exécution et 3 en stand-by dont la douane intelligente. Toutes ces réformes sont importantes, mais je pense que je dois prendre les plus significatives pour moi. La première, c'est l'adoption du code des douanes, c'est extrêmement important. La deuxième, c'est le centre d'expertise technique avec l'internalisation du centre d'expertise technique au niveau de la douane, avec toutes les missions qui étaient dévolues avant aux sociétés d'inspection qui ont été reprises par la douane. La troisième, c'est ASIVH pour les véhicules, sans oublier l'ACPI, l'Organisation mondiale des douanes pour l'intégrité et la déontologie. La réalisation majeure que je retiens, c'est l'inauguration du siège de la Direction générale des douanes en septembre 2022 par le président de la transition. En effet, c'est la première fois que la douane dispose d'un vrai siège qui lui est destiné, réellement. Depuis l'indépendance, nous avons squatté tous les bâtiments qui n'étaient pas les nôtres. Je pense que c'est la réalisation majeure et les conditions dans lesquelles le travail s'effectue au niveau de la Direction générale aujourd'hui, sont des meilleures. C’est ce qui explique en partie les résultats auxquels nous avons abouti. Le cadre de travail qui nous a été apporté par le siège de la Direction générale des douanes à Samanko est vraiment exceptionnel. Toutes les conditions de travail sont réunies pour que les résultats soient au bout du rouleau. »
Le Pouce : Quels ont été les défis
Ahmed Ag Bo : « Au moment où nous arrivons à la tête de la DGD en 2021, l'inspecteur général Amadou Konate et moi-même, il y avait le sceptre de la pandémie Covid. Ensuite, en 2022, l'embargo qui nous a été imposé par la CDAO. Nous avons continué en 2025 avec la situation sécuritaire qui s'est dégradée, avec comme corollaire la crise des produits pétroliers dans laquelle nous sommes encore pour le moment. L'administration des douanes a toujours été en première ligne face à ces crises et le demeure aujourd'hui en cherchant des solutions innovantes et pérennes afin d'y faire face. Ensuite, lors de la nomination de l'inspecteur général Amadou Konate, le ministre de l'économie et des finances nous a donné trois orientations. La première, c'est la réalisation des recettes douanières. La deuxième, c'est la lutte contre la fraude et le trafic illicite. La troisième, c'est la réalisation des réformes. A l'heure du bilan, je pense que toutes ces orientations ont été exécutées à hauteur de souhait. Au titre de la réalisation des recettes, de 2021 à 2024, les prévisions des recettes ont été atteintes et largement dépassées. En 2025, sur une prévision de 876 milliards, il a été recouvré 891,512 milliards à la date du 18 décembre 2025, au moment de la passation du service, soit un taux de réalisation de 101,8% et un dépassement de 15,5 milliards. Nous pouvons donc dire que l'année 2025 est déjà pliée et que nous avons pour objectif d'atteindre 920 milliards le 31 décembre 2025. Au titre de la lutte contre la fraude et le trafic illicite, la douane a réalisé des saisies spectaculaires dans tous les domaines. Cocaïne, cannabis, médicaments contrefaisants, armes et munitions, explosifs, détonateurs, cyanures, cigarettes, chicha, or à l'exportation, devises, faux billets de banques, fausses vignettes, poulet de chair impropres à la consommation, etc. Au titre des réformes, sur les 36 réformes engagées, 17 ont été exécutées, 16 en voie d'exécution et 3 en attente. Je me réjouis de la décision du département de financer les data centres de la Direction Générale des Douanes à hauteur de 4 milliards de francs CFA, premier élément du projet dit « douane intelligente ».
Le Pouce: En quoi votre action a-t-elle contribué au renforcement de l'administration douanière ?
Ahmed AG Boya : « Nous nous sommes évertués, l'inspecteur général Amadou Konaté et moi-même, avec tous les cadres de notre staff, à faire de la douane une administration moderne au service des usagers attentifs à son personnel. Nous avons modernisé toutes les procédures avec la mise en œuvre des réformes et notre administration aujourd'hui est l'une des plus digitalisées de notre pays, taux de 95 %. Avec la mise en œuvre des réformes, notre administration est devenue performante dans tous les domaines de son activité. Au plan sécuritaire, avec les menaces qui pèsent sur tous les pays, nous avons créé et opérationnalisé l'unité spéciale de sécurité des douaniers SD, qui prend en charge la sécurité des installations et certaines missions particulières sensibles. Enfin, dans le cadre de la diplomatie douanière, notre pays a été élu et réélu à la tête de la vice-présidence de l'Organisation Mondiale des Douanes, OMD, pour la zone Afrique de l'Ouest et du Centre, OMD AOC. Notre pays dirige également le Bureau de renforcement des capacités de la zone à Abidjan. L'administration des douanes aujourd'hui est une administration d'élite . Au titre du personnel , il s'est opéré un changement de mentalité vis-à-vis de l'opinion. Les agents des douanes sont respectés, considérés aujourd'hui parce que les citoyens voient tous les efforts qu'ils déploient au quotidien face à toutes les crises décrites plus haut et les résultats qu'ils atteignent, aussi bien dans le cadre de la réalisation des objectifs de recettes douanières que dans le cadre de la lutte contre la fraude et le trafic illicite. »
Le Pouce: quel message laissez-vous à la nouvelle génération de douaniers?
Ahmed Ag Boya : « Les messages que je laisse peuvent aller dans les sens des conseils.Le premier point, à mon avis, le plus important, c'est la formation. Les agents des douanes doivent se former. Un agent des douanes qui n'est pas formé est un agent dangereux pour lui-même et pour le service. Heureusement que depuis des années, nous avons mis un accent particulier sur la formation. Et nous avons des cadres qui ont été formés et certains ont reçu l'accréditation de l'Organisation mondiale des douanes. Ils organisent des séminaires, des réunions, des rencontres sur tous les continents et ça c'est vraiment extrêmement important pour l'administration des douanes. Deuxième point ou un message, le respect du plan de carrière. Le directeur général lors de la leçon inaugurale l'a dit, les agents doivent éviter de prendre l'ascenseur. Il leur est recommandé de prendre l'escalier parce que souvent l'ascenseur, la chute, est difficile à éviter. Troisième conseil, d'avoir un esprit de corps et de solidarité. Enfin, la loyauté et la discipline. » »
Le Pouce : Quelles valeurs devraient selon vous, continuer à guider l'institution ?
Ahmed AG Boya: « Les valeurs qui doivent guider l'institution, à mon avis, c'est le respect de la déontologie et de l'éthique. C'est l'esprit de corps et de solidarité. C'est la loyauté et l'engagement vis-à-vis de l'État. C'est la discipline et la cohésion vis-à-vis de ses chefs. »
Le Pouce: Comment vivez-vous ce passage à la retraite après plusieurs décennies d'engagement ?
Ahmed Ag Boya : « J'ai le sentiment d'avoir accompli ma mission avec dévouement et loyauté pour mon pays qui m'a tout donné. Je pars l'esprit tranquille, mais je reste toujours au service de mon pays, chaque fois que je peux être utile. Il s'agit d'un engagement et d'un serment que tout fils du pays doit mettre en oeuvre. Je vais pouvoir, au titre des projets de ma nouvelle vie, me reposer un peu, m'occuper de ma famille et de mes petits-enfants et certainement rebondir dans d'autres domaines, si Dieu le veut. C'est une autre étape de ma vie qui va commencer à compter le 1er janvier 2026. En terminant, je ne serais terminé sans remercier l'inspecteur général Amadou Konaté, qui m'a fait confiance d'abord pour travailler à ses côtés. L'inspecteur général Amadou Konaté a donné les lettres de noblesse à notre administration et il l'a porté au sommet à tous les niveaux. C'est un grand capitaine d'équipe, un grand réformateur, un professionnel chevronné, un humaniste jusqu'au bout des ongles, un perfectionniste, un manager hors pair. Je suis fier et heureux d'avoir servi la République à ses côtés et nous partons tous les deux avec le sentiment d'avoir accompli notre mission. Pour la nouvelle équipe de la direction générale des douanes, je souhaite qu'elle continue sur la lancée des résultats, qu'elle améliore le travail et qu'elle batte tous les records que nous avons établis. Oui, les années passent, la douane demeure. »
Mes sincères remerciements à Mr le Ministre de l'Economie et des Finances ainsi qu’à son cabinet et à l'ensemble des directions du département pour son accompagnement, au Chef d'état-major général des armées pour sa solicitude et son appui, a l'ensemble des faîtières pour le partenariat fécond et dynamique; à l’ensemble du personnel d’appui et contractuel qui assure au quotidien la propriété de la direction Générale des Douanes à Samanko
Entretien réalisé par El Hadj Tiémoko TRAORE