Ousmane Amion Guindo, PDG de la CMDT : «J’apporterais un soutien franc au Président ATT s’il est candidat en 2007»

En réaction à notre article intitulé «Privatisation de la CMDT : «ni plan social ni programme de départs volontaires» paru dans notre édition n°1543 du mardi 29 août 2006, le PDG de la CMDT, Ousmane Amion Guindo...

4 Sep 2006 - 22:43
4 Sep 2006 - 22:43
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Ousmane Amion Guindo, PDG de la CMDT : «J’apporterais un soutien franc au Président ATT s’il est candidat en 2007»

En réaction à notre article intitulé «Privatisation de la CMDT : «ni plan social ni programme de départs volontaires» paru dans notre édition n°1543 du mardi 29 août 2006, le PDG de la CMDT, Ousmane Amion Guindo, nous a accordé un entretien où il apporte un éclairage sur le schéma de privatisation de la société, élaboré par la Mission de Restructuration du secteur cotonnier. Il en profite pour faire une annonce de taille : le haut cadre du RPM qu’il est ne se dissociera pas de l’action gouvernementale dans laquelle il a été fortement impliqué d’abord en tant que ministre, puis PDG de «la plus grande entreprise du Mali» et apportera, le moment venu, un appui franc et entier au Président Amadou Toumani Touré s’il se décide à briguer un second mandat en 2007.

L’indépendant : Qu’est‑ce qu’un complément du prix au producteur de coton graine ?
Quelle en est sa justification ?

Ousmane Amion Guindo :
En 2004/2005, si vous avez souvenance, l’Etat malien, dans le souci de permettre aux producteurs de rentabiliser la culture cotonnière en tirant le meilleur profit, a fixé le prix au producteur à 210 FCFA le kilo.
Dans un environnement extérieur très défavorable caractérisé, entre autres, par la baisse drastique des cours mondiaux de la fibre de coton, cette décision a entraîné un déficit dans la gestion de la CMDT d’environ 55 milliards de FCFA.
L’Etat a même été obligé cette campagne d’intervenir à la CMDT, en terme d’avance de trésorerie d’environ 28 milliards de FCFA comme effort de soutien aux activités de la filière.
Cette situation a déclenché l’ire des bailleurs de fonds, qui ont tout de suite demandé à l’Etat malien de diminuer ce prix au producteur et de  limiter les risques budgétaires liés au secteur coton.
C’est de là qu’a surgi l’idée de réfléchir à un mécanisme de détermination du prix d’achat du coton graine.
Un protocole d’accord tripartite a été ainsi signé le 13 janvier 2005 entre l’Etat/la CMDT/ les Producteurs à travers le GSCVM, à l’objet de définir le mécanisme de détermination du prix du coton graine au producteur au Mali.
Ce mécanisme prévoit dans ses articles 3, 4, 5 que:
‑ les prix d’achat de base du coton graine au producteur seront fixés conformément aux dispositions du protocole pour compter de la campagne 2005/2006 ;
‑ pour les campagnes 2005/2006, 2006/2007 et 2007/2008, le prix d’achat de base du coton graine de  1er choix sera compris entre 160 et 175 FCFA le kilo,
‑ les revenus bruts de la filière seront repartis entre les producteurs et la CMDT dans les proportions suivantes :
 part des producteurs = 60%,
part de la CMDT = 40%,
‑ le prix d’achat final du coton graine sera constitué du prix d’achat de base et du complément de prix,
‑ la rémunération finale des producteurs de coton graine est calculée, en fin de campagne de commercialisation du coton graine, selon une formule qui existe dans le protocole, et qui tient surtout compte du cours actualisé du coton fibre sur le marché international.
Nul doute que l’application de ce mécanisme en 2005/2006 a engendré une diminution du prix de base aux producteurs de 50 FCFA par kilo de coton graine.
Cela ne pouvait pas se faire sans remous, l’agitation était perceptible dans le milieu des producteurs voyant leurs revenus dégringolés de façon significative.
C’est ainsi que le Gouvernement de la République du Mali, à travers le Premier Ministre, SE Ousmane Issoufi Maïga, a entrepris une vaste campagne de sensibilisation auprès de nos partenaires producteurs pour qu’ils consentent des efforts en acceptant ce mécanisme de prix.
Par cette démarche salvatrice du Gouvernement, les producteurs ont vite compris et accepté la situation.
Ils accompagnent ainsi les efforts de l’Etat dans la lutte contre la pauvreté, qui est l’une des instructions majeures données par le Président de la République, SE Amadou Toumani Touré, au Gouvernement, qui en a fait son cheval de bataille.

L’Indép. : En quoi est‑ce que le Mali gagnerait en optant pour la privatisation ?

O.A.G :
En 2003, le Gouvernement a testé une expérience de privatisation par la session des actifs dans les zones de I’OHVN et de Kita. Cette formule est celle qui a été mise en oeuvre lors de la privatisation de HUICOMA.
L’Appel d’Offres a été rendu infructueux, faute d’acquéreurs.
Pour tirer les leçons de l’échec de la tentative de privatisation de la zone de Kita et de l’OHVN, en 2005, le Gouvernement a eu à réadapter, réaménager le processus de reforme, le calendrier, pour tenir compte de deux aspects fondamentaux:
‑ pour leur meilleure participation à la gestion de la filière, les producteurs devront être mieux organisés, mieux informés et mieux outillés pour mieux jouer le rôle qui est le leur dans le processus de réforme ;
‑ il fallait tenir compte des expériences sous‑régionales en matière de reforme du secteur coton.
En effet, au niveau de certaines filières de la sous‑région qui ont été privatisées, des dysfonctionnements majeurs et préjudiciables à la pérennité de la culture cotonnière ont été constatés.
En tenant compte donc de ces deux aspects, le Gouvernement du Mali, sur implication personnelle du Président de la République auprès des bailleurs de fonds, a obtenu le report de la privatisation de la CMDT de 2006 à 2008.
Ce report permettra :
‑ d’éviter les dysfonctionnements constatés ailleurs,
‑ de mettre en place un cadre réglementaire approprié par la mise en place des organes de régulation (interprofession, office de classement de coton, bourse du coton),
‑ de mieux préparer les intervenants, notamment les producteurs.

L’Indép. : Pourquoi la privatisation par filialisations ?

O.A.G :
Le Gouvernement a décidé que la privatisation totale de la filière coton du Mali passe par une filialisation et après session des actions détenues par la CMDT dans les filiales.
Cette approche, très bien mûrie par le Gouvernement revêt les avantages suivants:
‑ la prise de participation facile des producteurs et des travailleurs dans le capital des nouvelles sociétés cotonnières privées,
‑ le transfert facile des travailleurs de la CMDT dans les nouvelles sociétés,
‑ le temps pour être bien rodé à l’avènement des nouvelles sociétés.

L’Indép. : Ces avantages suffisent‑lis à résoudre définitivement les problèmes de la filière cotonnière du Mali ?

O.A.G :
La privatisation n’est pas une panacée. Pour preuve, les sociétés cotonnières de la sous‑région qui ont été privatisées avant nous, connaissent avec la même acuité les mêmes problèmes que nous vivons.
Vous savez, le coton est beaucoup plus tributaire des facteurs exogènes et principalement des cours de la fibre sur le marché international.
En tout état de cause, les orientations données par l’Etat permettent d’atteindre l’échéance de la privatisation dans la plus grande sérénité.

L’Indép. : Dans tout cela, quel sera le sort des travailleurs ?

O.A.G
: Au prime à bord, en 2003, je rappelle que la réforme de la filière exigeait le recentrage de la CMDT sur les activités liées au système de production coton.
Ainsi, près de 600 travailleurs ont été licenciés et ont bénéficié d’un plan social. Il a été signé pour couvrir toute la période de restructuration de la société.
Par contre, de mon point de vue, la privatisation par filialisation n’engendrerait que très peu de départ du personnel (par exemple profil non adapté).
Même dans ce cas, j’estime que le plan social devrait rester en vigueur.
D’ailleurs, je profite de votre micro pour remercier l’ensemble des travailleurs qui ont tout mis en oeuvre pour maintenir l’élan de production cotonnière malgré les difficultés. Qu’ils soient rassurés que l’Etat accorde une attention particulière à leur devenir

L’Indép. : Et si l’on vous demandait d’évaluer la mission que les autorités maliennes vous ont confiée à la tête de la CMDT ?

O.A.G :
La CMDT, à l’image de toutes les sociétés cotonnières africaines, traverse les moments les plus difficiles de son existence. Ceci est dû essentiellement à l’effondrement des cours mondiaux de la fibre et la dégradation de la parité EURO/DOLLAR.
Malgré ce contexte extrêment difficile, des réussites ont été engrangées, notamment:
‑ l’apaisement du climat social à la CMDT,
‑ le regain de confiance des partenaires producteurs envers la filière,
‑ l’instauration d’un cadre de dialogue entre les différents acteurs,
‑ l’amélioration de la qualité de notre fibre à l’export,
‑ une meilleure vente de cette fibre.
Tout cela a été possible grâce au concours permanent de l’Etat dans ces moments difficiles.
En effet, l’Etat a consenti d’énormes efforts financiers dans cette phase transitoire pour maintenir la CMDT dans le rôle prépondérant qu’elle a toujours joué au sein de l’économie malienne.

L’Indép. : En tant qu’homme politique ayant en charge la gestion de la plus grande entreprise du
Mali, quelle est votre position par rapport à la présidentielle de 2007 ?

O.A.G : Je tiens à préciser d’entrée de jeu que le poste que j’occupe n’est pas un poste politique.
Le chef de l’Etat a mis sa confiance totale en ma personne pour relever un défi majeur à la tête de la CMDT en me nommant à ce poste.
Je tiens à honorer cette confiance jusqu’au bout quelles que soient les difficultés. En outre, ayant été Ministre de la République, j’ai géré les affaires de l’Etat au plus haut sommet et je m’associe pleinement aux résultats du mandat du Président ATT.
Je pense qu’il faut le soutenir dans sa vision et les ambitions qu’il a pour ce Mali, ce qui du reste est la position du parti dont je suis issu. C’est pour toutes ces raisons que mon point de vue est très clair quant à l’appui que j’apporterais au Président de la République pour un second mandat qu’il briguerait en 2007.
El Hadj Saouti Labass HAIDARA