2018-2019 : L’année scolaire sauvée- le syndicat décrédibilisé

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Tous nos grands et éminents syndicalistes qui ont fait les beaux jours du SNEC et plus tard de la FEN se disaient fiers de ces jeunes syndicalistes de la synergie des syndicats d’enseignements (SYPESCO, SYNEB, SYNEFCT, SYNESEC, SYLDEF, FENAREC, COSES, SNEC) qui ont eu à décréter l’une des plus longues grèves des enseignants. Il fallait en être fier non pas que qu’ils eussent défié les autorités mais parce que depuis un certain temps ces mêmes syndicats s’opposaient face à certaines revendications qui en somme étaient les mêmes pour eux. Plus de cinq mois, ils ont été admirés comme des syndicalistes courageux, n’ayant devant eux que la défense des intérêts supérieurs des nombreux militants qui ont placé en eux leur confiance. Pendant un long temps, ils ont su tisser entre eux la corde de  la cohésion sans laquelle tout mouvement syndical se brise. C’était aussi des moments  glorieux de voir que ces nombreux enseignants  appartenant à différents syndicats sifflassent dans la même trompette  de ralliement. Cependant, l’arbre ne doit pas caché la forêt. Il fallait en analyste averti être dubitatif car l’expérience a montré que lorsqu’une grève dure trop dans le temps, les risques de déstabilisation peuvent apparaitre et la cohésion affichée s’effrite. Mais, en syndicaliste averti, il faut savoir être sur ses gardes parce que, il y a de ces combats, lorsque l’on  les mène, il faut être sûr de la victoire. En tant que responsable syndical de surcroit enseignant, il faut savoir anticiper l’imprévisible. L’issue d’une grève peut-être source de motivation ou de démotivation pour les grévistes. Si par extraordinaire, c’est la démotivation qui est constatée, alors le dirigeant syndicaliste perd toute crédibilité aux yeux de ceux lui font confiance. Cela est un risque pour lui car il perd toute la force de mobilisation et la fougue qui est en  lui s’éteint. Disons-le tout net, la grève initiée par la synergie des syndicats de l’enseignement a pris fin dans la surprise générale, véritable cacophonie. Cette surprise a été telle que certains militants médusés ont crié à la trahison. C’est comme si on était face à un fait divers ou à un jeu de cirque. Pour la majeure partie de tous ceux qui ne sont pas dans le secret des négociations, la grève aussi longue qu’elle a été  est un gâchis. Voici que nous vient en l’esprit cette chèvre de monsieur Seguin qui a passé toute la nuit à se battre contre le loup pour se laisser manger après. Encore que dans le jargon populaire, on dira que « la montagne a accouché d’une souris ». Que l’on n’aille pas surtout penser que nous eussions voulu d’une année blanche, Non. Mais, c’est cette manière de rendre le tablier qui va desservir le syndicat et les enseignants. Les interprétations en la matière ne manqueront pas et certains responsables syndicaux porteront le deuil de la démission. Et maintenant que le vin est tiré, il faut le boire. Voilà qu’une grève mal gérée a mis tout le monde dans le pétrin, les enseignants eux-mêmes d’abord. N’aurait-on pas fait du tort à ces pauvres enfants, ces tout petits qui sont obligés de rester en classe sous la forte chaleur jusqu’à 14H15 et même sous la menace des tornades ? Que dire de ces parents d’élèves obligés de modifier leur emploi de temps pour conduire ou ramener les enfants à l’école ? Et la bourse de ces mêmes parents, il faut la réorienter autrement  pour satisfaire les caprices des enfants partis à l’école. Non messieurs les décideurs, dans le contexte malien, l’hivernage n’est pas le moment indiqué pour faire les cours. C’est la période des travaux champêtres et généralement dans nos villages, ces élèves sont les bras valides de beaucoup de familles. Mieux, avec les fortes pluies, certaines écoles sont inaccessibles dans des zones à fortes pluviométries.  Quoi qu’on dise, ce sont les conséquences d’une grève mal gérée qui font du mal à tout le monde. Tant mieux, l’année scolaire est sauvée mais les enseignants que nous sommes, reconnaissons que la crédibilité de notre militantisme syndical est entamé. C’est notre faute et il faut s’assumer.

Abdoulaye Yérélé

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