Suspension des cours au Mali : une solution trop facile face à la crise du carburant
L’éducation devrait être la dernière chose à sacrifier, même en temps de crise.
Depuis le 27 octobre 2025, le gouvernement a décidé de suspendre les cours dans tout le pays à cause de la crise du carburant. Les universités, lycées, collèges et écoles primaires resteront fermés jusqu’au 9 novembre 2025. Cette mesure est justifiée par les difficultés de transport rencontrées par les élèves et les enseignants. Cependant, cette décision, bien que compréhensible dans l’urgence, soulève plusieurs interrogations. Était-ce réellement la seule option possible ?
A première vue, on peut comprendre la réaction du gouvernement. La pénurie de carburant paralyse les transports, empêche les enseignants et les élèves de se déplacer, et crée une situation difficile à gérer dans de nombreuses localités de la capitale. Dans un pays où la majorité dépend des transports à moto ou à voiture, il semble logique de suspendre les cours pour éviter les absences massives et garantir une certaine équité entre les établissements.
Mais en y regardant de plus près, cette solution paraît surtout être la plus simple, et non la plus réfléchie. Suspendre les cours, c’est interrompre la continuité pédagogique et creuser encore davantage le retard dans un système éducatif déjà fragilisé par la greve des enseignants, des crises sécuritaires et économiques.
De plus, cette mesure générale ne tient pas compte des réalités locales. Certaines régions, moins touchées par la pénurie, auraient pu continuer les cours sans grande difficulté. Une approche plus décentralisée, laissant les académies régionales décider selon leur situation, aurait été plus équilibrée et moins pénalisante pour les élèves.
La suspension nationale des cours montre une fois de plus la fragilité de notre système éducatif face aux crises. Le ministre a certes voulu éviter le désordre, mais il a opté pour la voie la plus facile : tout arrêter. Or, l’éducation devrait être la dernière chose à sacrifier, même en temps de crise. Il est temps que les autorités réfléchissent à des stratégies durables, capables d’assurer la continuité de l’enseignement quelles que soient les difficultés du moment.
Suspendre les cours, c’est éteindre la lumière du savoir au moment où le pays en a le plus besoin. Le Mali doit apprendre à affronter ses crises sans mettre l’avenir de ses enfants en pause.
Yaye Astan Cissé
A.S.