Conférence publique du Think Tank Momentum Africa à la FSEG Formation et emploi : les étudiants face aux enjeux du marché
Le rideau s’est levé sur une réalité préoccupante : depuis plus de quatre décennies, le Mali fait face à une inadéquation structurelle entre l'offre de formation et la demande du marché.
Les experts réunis à l'amphithéâtre de la FSEG ont souligné que près de 60 % des diplômés de l'enseignement supérieur peinent à trouver un emploi correspondant à leurs qualifications. Le paradoxe de notre système réside dans le fait que l’université continue de former massivement, mais le marché du travail n’absorbe pas ces profils. Ce décalage crée ce que les intervenants appellent un «chômage caché», où les compétences académiques ne rencontrent pas les besoins des secteurs porteurs.
Cette conférence s'inscrit dans une initiative de Momentum Africa visant à mobiliser la jeunesse africaine autour de la résolution endogène de ses propres défis. Le rassemblement à la FSEG avait pour but principal d'analyser la problématique persistante de l'inadéquation entre les formations académiques dispensées et les besoins réels du marché du travail malien. L'organisation cherche ainsi à amplifier une dynamique de réflexion collective où les solutions proviennent directement des acteurs locaux et des futurs cadres du pays.
Le marché de l'emploi ausculté à l'aune de l'employabilité des formés
À la lumière de la densité des échanges qui ont animé l’amphithéâtre de la FSEG ce 29 janvier 2026, la conférence a d’emblée posé un diagnostic clinique : l'université malienne, malgré sa résilience, demeure prisonnière d'un paradoxe systémique. Nous produisons des diplômés là où le marché réclame des opérateurs, des techniciens et des innovateurs. Les intervenants ont fustigé cette «fabrique de diplômes déconnectés» qui alimente un chômage structurel. Le constat est sans appel : avec 60 % de diplômés en inadéquation avec leurs qualifications, le système actuel ne forme plus pour l'avenir, il gère des stocks de compétences obsolètes face à des secteurs porteurs comme le numérique et l’agro-industrie qui restent en friche de main-d'œuvre qualifiée.
Analyse des enjeux de l'inadéquation formation-emploi
Le constat partagé durant les échanges souligne que le système éducatif actuel peine à absorber la pression démographique constante de la jeunesse malienne. Les discussions ont mis en lumière le fait que de nombreux étudiants, bien que diplômés, se retrouvent démunis face aux exigences techniques et pratiques des entreprises locales. Cette déconnexion alimente un taux de sous-emploi élevé, particulièrement dans les centres urbains, et pousse une partie de la main-d'œuvre vers le secteur informel, moins protecteur et moins productif.
Face à ce défi, les responsables universitaires présents ont rappelé que des efforts de réforme sont déjà en cours. La FSEG a notamment mis en place des filières spécialisées, telles que l'entrepreneuriat, pour rompre avec le modèle classique de formation purement théorique. L'idée centrale est d'insuffler une culture de création d'entreprise dès l'université, transformant ainsi l'étudiant de demandeur d'emploi potentiel en futur créateur de richesse.
La réponse à cette crise ne réside pas dans un simple ajustement des volumes horaires, mais dans une révolution de l’insertion socioprofessionnelle qui doit s'accompagner d'une adaptation des programmes pour anticiper les mutations économiques.
Les propositions formulées par les éminents professeurs Sidibé, Traoré et Mariko appellent à une hybridation du parcours académique. L’université doit cesser d'être un sanctuaire théorique pour devenir un laboratoire de solutions. Cela passe par l'institutionnalisation de l'approche Ntola et la création de passerelles organiques entre les amphis et les entreprises.Face à ce défi, les communications des Professeurs Ousmane Oumarou Sidibé, Djeneba Traoré et Ousmane Mariko ont convergé vers des solutions concrètes pour transformer le savoir en compétences pratiques. La première priorité est l'intégration des secteurs gisements d'emplois, tels que l'agriculture moderne, l'énergie et la santé, au cœur des curricula universitaires. Il est impératif d'institutionnaliser des passerelles permanentes entre le monde académique et l'entreprise via les stages, l'alternance et les incubateurs. L'entrepreneuriat étudiant ne doit plus être une option marginale mais une voie d'insertion centrale. En somme, l’université malienne doit anticiper les métiers de demain, notamment dans la cybersécurité et les énergies renouvelables, pour garantir la souveraineté économique du pays. Comme l'a souligné l'un des panels, former pour former revient à créer du chômage, tandis que former pour transformer revient à bâtir l'avenir.
Un volet crucial des discussions a porté sur la révolution technologique en cours. L’appel à l’usage rationnel de l’Intelligence Artificielle a été un point d'orgue de la journée. L’IA ne doit être ni un luxe optionnel, ni un outil de substitution à la réflexion, mais un accélérateur de compétences. L'intelligence humaine doit rester au sommet de la pyramide pour piloter ces outils vers la résolution des défis locaux, tels que la cybersécurité ou l'optimisation agricole. Utiliser l'IA de manière stratégique, c'est permettre à la jeunesse malienne de sauter des étapes technologiques pour se positionner directement sur les métiers de demain.
En conclusion, cette conférence a rappelé une vérité fondamentale : former pour former est un non-sens économique. L'avenir du pays repose sur une formation qui transforme l'individu et, par extension, l'économie nationale. L'université doit être le tremplin qui propulse le Mali vers sa souveraineté, en faisant de chaque diplôme une clé réelle pour le marché de l'emploi et non un simple certificat d'assiduité académique.
MKL