Mi-janvier 2016, lors de la première attaque terroriste à Ouagadougou, quand trois jeunes hommes envoyés par
Al-Qaida au Maghreb islamique (
AQMI) avaient lancé un assaut contre le café Capuccino puis l’hôtel Splendid, tuant 30 personnes, les forces de l’ordre burkinabées avaient montré d’immenses failles. Venues
appuyer les soldats locaux, des forces spéciales françaises, qui disposent d’un détachement sur place, avaient notamment essuyé des tirs amis. « L’intervention a été extraordinairement cafouilleuse », maugréait quelques heures plus tard un responsable sécuritaire français.
Cancer malien et métastases
Cette fois, même si le périmètre de sécurité autour de l’avenue Kwame-Nkrumah, où s’est produit l’attentat, n’était pas bouclé – chacun pouvait en
sortir ou y
entrer plus de deux heures après que les premiers tirs ont été entendus –, les forces antiterroristes ont su
contenir les assaillants et en
venir à bout.
La France et les Etats-Unis ont proposé un appui, mais, selon une source proche du président Roch Marc Christian Kaboré, l’offre a été déclinée car, dit-elle, « nos hommes tenaient la situation malgré la modicité de leurs moyens ». Alors que des formations antiterroristes ont été dispensées par le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), « l’expertise est là, même s’il faut
avouer que nous n’avons pas le même matériel ni la même technologie qu’en
Europe et aux Etats-Unis », avance encore notre source.
Si aujourd’hui le Burkina Faso est le théâtre d’une insécurité grandissante, il le doit tout d’abord au
contexte régional et en premier lieu à son voisin septentrional, le
Mali. Le
cancer de ce dernier, toujours loin d’être soigné, a produit des métastases de l’autre côté de ses frontières. Outre AQMI, qui a mené des assauts sanglants et des enlèvements de ressortissants occidentaux au Burkina Faso (un minier roumain et un chirurgien australien sont toujours retenus en otages), le pays a aussi dû
subir les attaques du groupe d’Adnane Al-Sahraoui, un ancien d’Al-Mourabitoune qui a prêté allégeance à l’
Etat islamique en septembre 2016 et a revendiqué aux moins deux opérations meurtrières sur son sol.
Devenu la cible des djihadistes de la région qui lui reprochent de
fournir des casques bleus à la mission des Nations unies au Mali, d’offrir l’hospitalité aux forces spéciales françaises ou encore d’être engagé dans le G5 Sahel, le Burkina Faso fait également face à une insurrection islamiste locale.
Depuis décembre 2016, Ansarul
Islam, un mouvement fondé par Ibrahim Malam Dicko, un imam peul, mène des raids meurtriers contre l’
armée – douze soldats tués le 16 décembre à Nasssoumbou – ou la
police, sème la terreur parmi les élites de l’extrême nord du pays et n’hésite pas à
abattre ceux qui, dans cette région frontalière du Mali, seraient tentés d’envoyer leurs enfants
suivre une scolarité normale.
« Nous avons mené un travail de fourmi »
Pour les Burkinabés, cette insécurité est une nouveauté. Durant les années de règne de Blaise Compaoré (1987-2014), le pays vivait dans une apparente tranquillité, habitué à
jouer les médiateurs – pas toujours neutres – dans les conflits internes de ses voisins.
Ainsi au Mali, le Mauritanien Moustapha Ould Limam Chafi, un
conseiller de Blaise Compaoré, ou le général Gilbert Diendéré, l’ancien chef d’état-major particulier du président renversé par une révolte populaire, avaient noué des contacts avec certaines figures djihadistes et permis la libération d’otages occidentaux. Avant qu’il ne devienne la figure tutélaire des combattants salafistes maliens et l’une des
personnalités les plus recherchées par l’armée française, le Touareg Iyad Ag Ghali était lui-même un habitué des hôtels du nouveau quartier de Ouaga 2000.
« Les gens de Blaise [Compaoré] disent qu’ils avaient des réseaux, mais moi je parlerais plutôt de deals entre eux », persifle une personnalité influente au sein des autorités actuelles. Après l’attaque de janvier 2016, la première d’envergure, certaines
personnalités officielles, comme le président de l’Assemblée Salif Diallo, avaient voulu
voir la main déstabilisatrice de l’ancien régime derrière l’attentat.
« Toutes ces accusations d’accords avec les djihadistes sont là pour
masquer des échecs », s’agace un ancien proche de Blaise Compaoré très au fait des questions djihadistes. « Contrairement aux allégations, nous avons mené un travail de fourmi pour
obtenir du renseignement humain. Quand nous nous sommes rendu compte que l’on ne pouvait pas
compter sur les Maliens pour
protéger notre frontière, nous avons identifié les points de passage entre les deux pays et recruté des informateurs au Mali. C’est notamment grâce à l’un d’eux que nous avons retrouvé les premiers le site où s’était crashé l’avion d’Air Algérie [en juillet 2014]. Nos services de renseignement nous ont aussi permis aussi de
déjouer un attentat d’envergure en Côte d’Ivoire et l’enlèvement d’un Israélien à Bamako. »
Puis de
conclure, amer : « Aujourd’hui, notre capacité de
défense est nulle. L’armée, quand elle est en mission, refuse de
dormir en brousse. Et dans la lutte antiterroriste, nos dirigeants ne comptent que sur la France et l’étranger. »