ATT a-t-il trahi la CEDEAO pour 5 millions de dollars ?

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Après le livre du « Sphinx », intitulé « ATT-Cratie, la promotion d’un homme et de son clan », parait un autre torchon : « Sommet extraodinaire d’Abuja sur la Côte d’Ivoire : pourquoi ATT a trahi la CEDEAO pour Laurent Gbagbo ? ». Un véritable roman d’espionnage, plutôt qu’un reportage sur le Sommet d’Abuja, gribouillé par un certain… Arsène Lepigeon. Mais pourquoi un tel pamphlet contre le chef d’Etat malien ?…

C’est à croire que les dieux du dénigrement n’attendaient que l’aubaine des présidentielles, pour se liguer contre le général ATT. Et l’on peut parier qu’à cette allure, il n’a pas, encore, fini d’en voir de toutes les couleurs.

LE FILM DU SOMMET

Vendredi 6 octobre 2006, un sommet extraordinaire réunit, à Abuja (Nigeria), les chefs d’Etat de la CEDEAO et la diplomatie française. Il s’agissait, pour cette dernière, de trouver « une issue » à la crise ivoirienne. Plutôt que de les « convaincre » de la position de la France. Rappelons que, selon l’arrêté 1633 du conseil de Sécurité de l’ONU, le mandat de Laurent Gbagbo devrait se terminer le 31 octobre 2006. Parce que prolongé d’un an, le temps de trouver les voies et moyens, pour organiser les présidentielles ivoiriennes… Le projet ayant capoté, la tactique de Paris consiste à faire gober deux choses aux chefs d’Etat de la Communauté : suspendre la Constitution ivoirienne, et mettre en place, un cadre institutionnel. En clair, il s’agissait d’affaiblir Gbagbo, en le dépouillant de ses pouvoirs, qui seront, désormais, confiés au Premier ministre, Charles Konan Banny.

Mieux, la stratégie de l’Elysée consiste à confiner Laurent Gbagbo dans un conseil présidentiel, où siègeront Alassane Dramane Ouattara du RDR, Henri Konan Bédié du PDCI, et le Secrétaire général des Forces nouvelles, Guillaume Soro. Aussi, le diplomate français en poste à Abuja, Yves Gaudet, a mobilisé les services secrets français – avec les grands moyens – en vue d’obtenir gain de cause. Pour ce faire, le secrétaire exécutif de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas, est mis à contribution, dès la veille du sommet. Son rôle consiste à appliquer les consignes de la communauté. Aussi, s’entendra-t-il avec les diplomates burkinabé, nigérien et sénégalais : Youssouf Ouédraogo, Aïchatou Mindaoudou et l’inusable Cheick Tidiane Gadio. Est-ce pour les convaincre d’adhérer à la position française ?…

Chambas avait, au préalable, pris le soin de s’assurer du soutien d’Obasanjo sur le « projet ». Grâce à l’appui du Haut représentant de l’ONU, en charge des élections ivoiriennes, Gérard Stoudman, et des diplomates Pierre Schori et Ralph Uwechue, respectivement, Représentants spéciaux du Secrétaire général de l’ONU et de celui de la CEDEAO à Abidjan. La réunion débutera à 11 heures, pour se terminer… à 21 heures. Car, le huis-clos, entre les chefs d’Etat, bien que suivi de près par les services secrets français, bute sur un hic de taille : Le grain de sable qui va empêcher les chefs d’Etat de se plier au désir français de marginaliser Gbagbo, n’est pas loin.

DESILLUSION DE LA FRANCE

En effet, les chefs d’Etat, présents à ce Sommet, ne sont guère parvenus à accorder leurs violons sur la question. Trois tendances se sont dégagées, au cours des débats. La tendance, composée d’Abdoulaye Wade, Amadou Tandia, Blaise Compaoré et Obasanjo, opte pour la proposition franaçaise. La seconde préfère rester neutre : le béninois Yayi Boni et le togolais Faure Gnassingbé. Et la troisième, composée du bissau-guinéen Nino Vieira, du Cap verdien Pedro Pires, et du Malien ATT, se dit favorable au maintien de Gbagbo au pouvoir. Sur ce sujet, ATT est catégorique. Il n’est pas question, pour lui, de se faire complice de la mise à « l’écart » d’un président élu, par la voie des urnes ! On doute qu’à la place de Gbagbo, aucun de ceux qui ont voté pour son éviction, n’acceptât la chose, sans réagir ! Même s’il a déjà expiré (officiellement depuis le 31 octobre 2005), il n’appartient pas à la CEDEAO de l’écarter, sans que les ivoiriens aient leur mot à dire.

Pour ATT, il n’est pas question de souscrire aux desiderata de la France et de l’opposition ivoirienne : marginaliser Gbagbo, c’est exposer la Côte d’ivoire à un bain de sang, un génocide, dont les premières victimes seront les ressortissants de la CEDEAO, résidant en Côte d’Ivoire. La sous-région garde, encore, en mémoire le triste souvenir de ces milliers de refoulés vers leur pays d’origine. Sans parler des dépenses folles, occasionnées par ces exodes massifs, et leur impact sur les budgets des pays d’accueil. Et qui ne se souvient des conséquences, engendrées par la crise ivoirienne, sur les économies des pays de la sous-région ?

Le Niger, le Sénégal et le Burkina Faso se sont pourtant rangés derrière l’Elysée, pour « carroter » Gbagbo. A lui seul, le Mali compte près de 2 millions d’âmes en Côte d’Ivoire. Et le Niger, le Burkina Faso, le Sénégal ?… Peut-être qu’en souscrivant à cette décision de la France (écarter Gbagbo), les chefs d’Etat de ces pays visaient des intérêts, autres que ceux de leurs concitoyens, résidant en Côte d’Ivoire. C’est le refus d’ATT de cautionner cette combine, qui lui a valu l’article au vitriol, publié par un certain Arsène Lepigeon. Comme si un chef d’Etat africain n’a droit à d’autre choix… que de suivre la France. Moutonnement.

ATT, UNE MARIONNETTE ?

Mécontent de la position, prise par ATT, Alassane Ouattara a vite fait de donner des consignes, à son Directeur de Publication du quotidien « Nord-Sud », Moussa Touré, afin qu’il salisse l’image du chef de l’Etat malien. Et l’écrivassier a tôt fait de concocter un article – plutôt un romain d’espionnage -, l’accablant de tous les péchés d’Israël. Et pour mettre son pamphlet au goût d’autres lecteurs, il le met sur internet. En plus d’une réelle intention de discréditer, le chef de l’Etat malien, l’article pêche par des élucubrations délirantes. Tant dans sa forme, que dans son fond. Tantôt l’écrivaillon traite ATT de « faible, indécis, marionnette, traître… » et parle… de ses « ennuis d’argent » (quelle hérésie !) ; tantôt il parle de la rébellion du Nord, et tutti, et quanti.

Le con-frère oublie qu’il se contredit, sans s’en rendre compte. En effet, comment peut-on être « un faible, une marionnette », et s’opposer à la marginalisation de Gbagbo, chose décidée par la France ? Et comment ATT pourrait-il « trahir » Gbagbo, pour venir ensuite lui « quémander » de l’argent, pour sa campagne ? Et quel argent ? Cinq millions de dollars ! Pour 5 millions de dollars, soit 2,5 milliards F CFA, ATT trahirait son pays, en tendant la sébile à Gbagbo ?! Rien que pour faire face à ses « ennuis » financiers ?!

Le Mali est pauvre, certes, mais pas au point de pousser son chef d’Etat à tomber aussi bas !… Dans l’interview accordée à Moussa Touré, celui-là même qui s’est caché sous le nom de plume d’Arsène Lepigeon, le journaliste Albert Bourgi dément, formellement, avoir servi d’intermédiaire entre Gbagbo et ATT. Plutôt une couleuvre, que même une vipère ne s’aviserait à avaler ! La velléité d’avilir ATT est si manifeste, si indigeste, qu’elle vomit toute logique ! Bref, les maliens – et le Canard déchaîné en première ligne – ont beau critiquer ATT, ils n’accepteront qu’il soit  traîné dans la boue par des gens, sans « nationalité » ! Et si nous avons des linges sales à laver, même en famine, qu’on nous laisse les laver. Mais en famille, et entre nous maliens !…

En signant ces âneries, l’auteur, un « journaliste français » (mon œil !), se cache sous le nom d’Arsène Lupin, pardon, d’Arsène Lepigeon. Si le personnage d’Arsène Lupin, spécialiste en vols et braquages, existe dans les romans, celui d’Arsène Lepigeon n’existe nulle part. Ni en France, ni en Côte d’Ivoire, ni même au cinéma ! A moins que ce soit une vue de l’esprit. A l’image d’un certain… « Le Sphinx », c’est le nom d’emprunt du Dir Pub du quotidien « Nord-Sud ». Tout un symbole ! Et quand on sait que cet organe de presse broute dans le râtelier de Alassane Ouattara… La raison de cette cabale est, dès lors, connue : mécontent de la position prise par le Mali, Alassane Dramane Ouattara a vite fait d’approcher le Directeur de son journal, Arsène Lupin,… pardon, Arsène Lepigeon, pour tenter de « pigeonner » le chef de l’Etat malien, en le traitant de tous les noms d’oiseau.

Mais ce qu’oublie Ouattara, il faut plus que le « torchon » d’un journaleux de bas étage, pour salir la réputation du chef de l’Etat malien, qui a dépassé les frontières de l’Afrique. D’autre part, la France oublie que, l’Afrique a bien changé. Et que les Etats africains ne peuvent plus se laisser téléguider à partir des consignes, émanant de l’Elysée ! Des consignes qui ne sont pas, après tout, paroles d’évangile.

O. Diawara

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