Outre les importations stratégiques tels que les intrants agricoles et les produits pétroliers, les effets de la crise politique en Côte d'Ivoire sur le système d'approvisionnement alimentaire du Mali concernent surtout les importations de céréales, de tubercules et de banane plantain.
La crise ivoirienne aura causé au total un manque à gagner de 14,2 milliards de FCFA sur les recettes durant le dernier trimestre de 2002 dont 8,6 milliards de FCFA pour les recettes douanières et 5,6 milliards de F CFA pour la fiscalité intérieure.
C'est à la date du 19 septembre 2002 qu'éclata la crise ivoirienne à partir du nord du pays. à l'époque le stock des marchandises à destination du Mali en transit au port d'Abidjan était estimé à 200.000 tonnes et 1500 containers pour une valeur de plus de 300 milliards de FCFA. Ce blocage fut total jusqu'en février 2003, soit pendant six mois d'affilée. Les autorités politiques et les opérateurs économiques face aux signes de ruptures dans l'approvisionnement du marché national et l'inflation ont imaginé des scénarios de sortie de crise. A l'époque, la pure perte et la détérioration des produits n'étaient pas à écarter.
Une mission ardue
Pour débloquer le problème, le président du Conseil malien des chargeurs, dont l'institution n'était pas encore dotée de textes législatifs et réglementaires en dehors de l'ordonnance de création, fut le premier à se rendre dans la capitale ivoirienne. Pour l'occasion, il était accompagné de certains membres de son bureau. A Abidjan, la délégation du Conseil malien des chargeurs posa le problème des stocks maliens emprisonnés au port aux autorités portuaires et administratives. Il s'agissait de trouver une entente à la fois avec les autorités nationales et les forces rebelles du nord pour évacuer les produits maliens vers Sikasso, Bamako, Mopti et d'autres localités. Cette première mission buta à la confusion qui régnait encore dans le pays, les autorités ivoiriennes suspectant leurs voisins du nord de complicité active ou passive avec la rébellion.
Il a donc fallu pour le conseil malien des chargeurs d'organiser deux autres missions pour aplanir toutes les divergences : recensement des objections de part et d'autre, ouverture des conteneurs pour vérifier l'absence de matériel de guerre, escorte douanière avec frais à la charge des importateurs maliens, évaluation de la sécurité. C'est ainsi qu'un corridor de sécurité fut dégagé allant d'Abidjan à Bouaké en passant par Pogo puis Zégoua au Mali. Cet axe avait l'avantage d'être moins long que l'axe Abidjan-Ghana-Burkian-Mali d'une distance de 2400 km sans compter les tracasseries des services de contrôle routier. Les forces rebelles et les autorités d'Abidjan conscients des liens historiques et multidimensionnels entre la Côte d'Ivoire et le Mali donnèrent leur accord de principe sur la question. Le président du Conseil malien des chargeurs informa les autorités maliennes du résultat de ses démarches tout en demandant leur soutien.
Le 7 février 2003, les premiers camions et conteneurs franchissaient la frontière malienne à Zégoua dans une ferveur de soulagement.
L’implication présidentielle
Quelques jours plus tard, le président de la République, Amadou Toumani TOURE, se rendit en personne à Abidjan en compagnie de certains membres du gouvernement, du président de la Chambre de commerce et d'industrie, du président du Conseil national du Patronat du Mali et du président du Conseil malien des chargeurs pour appuyer le déblocage de la situation auprès des autorités ivoiriennes. Selon Amadou DJIGUE, président du CMC, cet appui politique au plus haut niveau fut décisif pour la motivation de la majorité des opérateurs économiques et des transporteurs. Les choses reprirent donc l'envol jusqu'en novembre 2004, date à la quelle interviendra un nouveau blocage qui menaça sérieusement les importations d'intrants de la CMDT bloquées au port d'Abidjan.
Il a fallu à nouveau que le président du CMC se mette personnellement au charbon pour évacuer au Mali l'ensemble des commandes de la CMDT. Tirant les leçons de cette expérience, le conseil malien des chargeurs conseilla aux importateurs et aux exportateurs maliens changer de part de transit en attendant la normalisation de la nouvelle situation. C'est ainsi que les ports de Lomé et de Téma au Ghana furent choisis par la majorité des opérateurs contrairement aux Bukinabé et aux Nigériens qui n'ont pas réussi à mettre en place un corridor bilatéral. Le Burkina et le Niger ont d'ailleurs profité du corridor négocié par le Mali pour extraire leurs stocks de produits en transits bloqué au port d'Abidjan. La performance du CMC, dans la crise, lui a valu les félicitations des autorités nationales et son président fut décoré «Officier de l'ordre national du mérite » ivoirien. Amadou DJIGUE fut égalent décoré par les autorités burkinabé et nigériennes. Reste que le Mali qui n'a pas décoré le président du CMC. Mais ses efforts ont été salués par les membres consulaires du CMC lors de leur dernière session.
Même si l'axe Dakar-Bamako a eu un regain d'intensité aujourd'hui, le trafic marchandises se déroule normalement sur l'axe Abidjan-Bamako via Pogo et Zégoua.
Par Ibrahim SANGALA