Détroit ouvert, détroit fermé: pourquoi la diplomatie “bipolaire” de Trump s’essouffle face à l’Iran
Nous venons de traverser un week-end qui restera dans les annales comme un cas d’école de confusion géopolitique. L’Iran a rouvert le détroit d’Ormuz pour finalement, moins de 24 heures plus tard, tirer à nouveau à balles réelles sur des navires marchands. De son côté, Trump a menacé une fois de plus de ne plus jouer les “enfants de chœur”, tout en envoyant des négociateurs au Pakistan pour poursuivre les discussions dès ce lundi. Problème: l’Iran semble avoir perdu toute envie de dialoguer. La diplomatie bipolaire de Donald Trump semble atteindre ses limites. Voici pourquoi.
Pas de “fucking”, de “bastards” ou de “hell” cette fois-ci, contrairement à ses sorties de Pâques. Mais un message clair: “FINI DE JOUER!”. Accompagné d’une nouvelle menace: “Les États-Unis raseront chaque centrale électrique et chaque pont en Iran. Ce sera un honneur pour moi de faire le nécessaire, ce que d’autres présidents auraient dû faire depuis 47 ans. IL EST TEMPS QUE LA MACHINE À TUER IRANIENNE S’ARRÊTE!”
En privé, Donald Trump serait un adepte des jurons fleuris. En public et sur les réseaux sociaux, il reste pourtant plus mesuré. Interrogé par un conseiller sur ses éclats de voix de Pâques, il aurait confié vouloir paraître aussi instable et insultant que possible, convaincu que cela pousserait les Iraniens à la table des négociations, rapporte le Wall Street Journal. Le mardi suivant, il en remettait une couche: si l’Iran ne scellait pas d’accord dans les douze heures, “une civilisation entière disparaîtrait”. Un message au but identique. Pourtant, moins de 90 minutes avant l’échéance de son propre ultimatum, il annonçait un cessez-le-feu précaire de deux semaines.
Une imprévisibilité prévisible
Cette diplomatie impulsive et bipolaire a parfois porté ses fruits par le passé. Cependant, elle n’avait jamais été testée lors d’un conflit militaire complexe et prolongé face à un adversaire aussi coriace que l’Iran. Il semble aujourd’hui qu’elle ait atteint ses limites. Pourquoi? Parce que ce jeu consistant à alterner menaces de destruction et propositions de paix perd de son efficacité. Quatre raisons cruciales l’expliquent: les propres craintes de Trump, le fait que son imprévisibilité est devenue prévisible, un manque de concentration et les divisions au sommet du pouvoir iranien.
Commençons par le premier point. Le Trump que le monde voit, à savoir le commandant en chef intrépide prêt à rayer la civilisation iranienne de la carte, contraste radicalement avec l’homme qui occupe le Bureau ovale. Là-bas, Trump est hanté par les fantômes du passé. Son scénario catastrophe? Celui de Jimmy Carter en 1979: un président qui perd les élections après un bras de fer désastreux avec ce même Iran.