Entre Emmanuel Macron et Donald Trump, une fausse complicité qui tourne à la vraie confrontation
Après les foucades du président américain sur le Groenland, l’Europe et la France, la relation entre les deux chefs d’État apparaît plus dégradée que jamais.
« Vous êtes le meilleur. » La scène, un brin surréaliste, a été captée le 10 mai 2025 par les caméras de France Télévisions, dans le cadre du documentaire La Guerre, Donald Trump et nous, diffusé ce mardi 20 janvier sur France 2. On y voit le président américain complimenter son homologue français Emmanuel Macron. La raison ? L’annonce faite par le locataire de l’Élysée, l’informant que Volodymyr Zelensky a accepté son plan de paix pour l’Ukraine. Un accord qui a fait long feu, en raison du refus de Vladimir Poutine d’y prendre part.
La relation, a priori joviale, entre Donald Trump et Emmanuel Macron aussi n’a pas survécu. Ce mardi, le président américain a (encore) dépassé toutes les limites de la décence diplomatique pour enfoncer le chef de l’État français. En publiant une capture d’écran d’un SMS censé rester confidentiel, et en affirmant que « plus personne ne veut de lui », sur fond de chantage à une taxe de 200 % sur les vins et champagnes français.
Des (fréquents) coups de sang
En cause, le refus de la France de participer à l’obscur Conseil pour la paix à Gaza que Donald Trump veut instaurer, et le soutien sans faille apporté par Paris au Danemark face aux menaces d’annexion du Groenland par les États-Unis. En réalité, ce n’est pas la première fois que le milliardaire déverse sa bile sur le chef de l’État lorsqu’il s’estime contredit. Dès 2018, et malgré une poignée de main ridiculement viriliste restée célèbre et une complicité mise en scène depuis un restaurant de la Tour Eiffel, Donald Trump tirait à boulets rouges sur le locataire de l’Élysée.
« Le problème, c’est qu’Emmanuel souffre d’un taux d’approbation très faible en France », avait attaqué sur Twitter le président américain, en réaction à un discours contre le nationalisme prononcé par Emmanuel Macron. À plusieurs reprises, Donald Trump a soufflé le chaud et le froid sur sa relation avec le président de la République. Tantôt en lui donnant du « great guy » (« mec génial », en français), tantôt en le ridiculisant en imitant son accent français et en affirmant l’avoir fait plié sur le prix des médicaments (ce qui est faux, comme le rappelle la vidéo en tête d’article).
« Volontairement ou pas, Emmanuel ne comprend jamais rien », a-t-il encore taclé au mois de juin, conscient que le président de la République, affaibli en interne depuis sa dissolution ratée, ne sera plus en charge au printemps 2027. Du côté de l’Élysée, la ligne demeure intacte depuis le retour du milliardaire à la Maison Blanche: « zéro naïveté, zéro volonté d’escalade ». En clair, inutile de braquer artificiellement l’imprévisible président américain, ce qui n’empêche pas de hausser le ton selon les circonstances. En 2017, Emmanuel Macron avait détourné le slogan de Donald Trump, après son annonce concernant la sortie unilatérale des Accords de Paris sur le climat.
« Principe de réalité »
Car, côté français, les coups de sang de l’intéressé sont perçus comme des impondérables, sur lesquels il serait stérile de s’attarder. Et si le milliardaire est si sensible à la flatterie et aux marques d’affection de façade, autant lui accorder ce plaisir à peu de frais pour le garder dans le jeu européen. « Je pense que le Président Trump aime faire des opérations. J’ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien », avait déclaré le chef de l’État, à l’occasion d’une conférence de presse à l’issue de la signature de l’accord de Charm el-Cheikh. Une séquence diplomatique qui avait d’ailleurs donné lieu à une scène gênante de la part du leader américain, reprochant à Emmanuel Macron sa discrétion à ce sommet traitant de la paix à Gaza.
Citée par l’AFP, Célia Belin, chercheuse au groupe de réflexion Conseil européen pour les relations internationales, estime que c’est un « principe de réalité » qui s’impose au président de la République. « Quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles », souligne-t-elle. D’où la nécessité pour Emmanuel Macron de « choisir ses batailles » ou, dit autrement, de prioriser les actions pouvant délivrer des résultats diplomatiques plutôt que de s’épuiser à répondre aux provocations fantasques de Donald Trump, dont l’administration ne cache même plus sa volonté de faire advenir une victoire de l’extrême droite en France en 2027, en utilisant notamment la pression sur les magistrats chargés de juger Marine Le Pen. Reste que, à la longue, jouer les punching-balls pour les besoins de son obsession maladive à vouloir reconfigurer l’ordre mondial devient lassant. D’où un début de changement dans la stratégie de riposte, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les discours du chef de l’État.
« Nous préférons le respect aux harceleurs. Nous préférons la science au complotisme. Et nous préférons l’État de droit à la brutalité », a lancé Emmanuel Macron depuis Davos, où il était censé justement rencontrer Donald Trump ce mercredi, avant une incompatibilité d’agendas. En 2018, l’éditorialiste américaine Susan B. Glasser avait pourtant prévenu dans le New Yorker : « Cher Emmanuel Macron, la bromance avec Donald Trump finira mal ». Huit ans plus tard, et après une avalanche de menaces proférées contre l’Europe, nous y sommes.
Source: https://www.huffingtonpost.fr/