Le Sénégal « n’a pas à se justifier des lois qu’il prend ni devant l’Occident ni devant personne », affirme Sonko
- Le président de l’Assemblée nationale sénégalaise assure qu’il n’y aura « pas de déchirure » avec Bassirou Diomaye Faye, lors d'un entretien exclusif accordé à France 24 et RFI
Dans un entretien exclusif accordé à France 24 et RFI à Dakar, le président de l’Assemblée nationale sénégalaise, Ousmane Sonko, est revenu sur ses relations avec le président Bassirou Diomaye Faye, son départ de la Primature, la dette, les élections, la crise universitaire, l’homosexualité et ses ambitions pour 2029.
Relations avec Bassirou Diomaye Faye : « Il n’y aura pas de déchirure »
Interrogé sur les tensions avec le président sénégalais, Ousmane Sonko a rejeté l’idée d’une rupture politique susceptible de fragiliser le pays.
« Je ne pense pas qu’il y ait querelle », a-t-il déclaré, estimant que « le Sénégal est plus grand que les divergences politiques » pouvant exister entre responsables.
Il a toutefois reconnu l’existence de désaccords, tout en affirmant qu’ils ne menaceraient pas l’unité nationale.
« Je peux rassurer tout le monde qu’il n’y aura pas de déchirure. Il peut y avoir des divergences politiques, pragmatiques, programmatiques, mais pas de déchirure du pays », a-t-il insisté.
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Départ de la Primature : « Cette affaire appartient désormais à l’histoire politique du Sénégal »
Revenant sur son limogeage, Ousmane Sonko a refusé d’y voir un élément central de son parcours politique.
« Cette affaire appartient désormais à l’histoire politique du Sénégal », a-t-il affirmé.
Selon lui, cette séparation institutionnelle n’est « pas l’aspect le plus marquant » de sa carrière. L’ancien Premier ministre a dit vouloir désormais concentrer son énergie sur l’Assemblée nationale.
« Mes énergies vont être concentrées à donner à cette institution le rôle et la place qui sont les siens », a-t-il déclaré.
Il a également rappelé avoir exercé la fonction de Premier ministre pendant deux ans.
« Mon bilan parle pour moi-même », a-t-il soutenu, tout en affirmant souhaiter « tout le succès » au reste du mandat « pour le bonheur du peuple sénégalais ».
Projet du Pastef : Sonko évoque des engagements « dévoyés »
Interrogé sur ses accusations visant Bassirou Diomaye Faye concernant une supposée trahison du projet du Pastef, Ousmane Sonko a préféré éviter le registre émotionnel.
« Les notions de trahison relèvent beaucoup plus de la morale et de l’affectif », a-t-il expliqué.
Il a dit préférer se placer sur un terrain politique, celui des engagements pris devant les Sénégalais durant les années d’opposition.
« Beaucoup ont été complètement dévoyés dans la trajectoire qui a été choisie », a-t-il affirmé.
Selon lui, plusieurs engagements ne sont pas respectés.
« Pour la plupart, certains de ces engagements ne sont pas respectés, il n’y a pas de volonté de les respecter », a-t-il ajouté.
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Exclusion de Diomaye Faye du Pastef : « Nous n’en sommes pas encore là »
À la question d’une éventuelle exclusion de Bassirou Diomaye Faye du Pastef, Ousmane Sonko n’a pas fermé la porte, mais a renvoyé la décision aux instances du parti.
« Cela s’appréciera le moment venu », a-t-il déclaré.
Il a rappelé que le Pastef dispose de textes et de procédures internes.
« Le parti Pastef est très structuré, très organisé. Il a des textes et ces textes sont très clairs sur les procédures à suivre », a-t-il précisé.
Mais, selon lui, la question n’est pas encore à l’ordre du jour.
« Nous n’en sommes pas encore là. Le parti appréciera, ce sont les instances qui apprécieront », a-t-il dit.
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Assemblée nationale et motion de censure : « Il n’y a pas de chèque en blanc »
Ousmane Sonko a également évoqué le rôle de l’Assemblée nationale face au nouveau gouvernement.
Il a assuré ne pas vouloir entraver l’action de l’exécutif, tout en rappelant que la majorité parlementaire garde ses prérogatives constitutionnelles.
« Il n’y a pas de chèque en blanc qu’on délivrerait au président », a-t-il averti.
Il a toutefois précisé que l’Assemblée nationale ne chercherait pas à censurer le gouvernement pour des raisons politiciennes.
« Autant que possible, nous ne censurerons pas », a-t-il affirmé.
Mais il a prévenu que cette option restait possible si les circonstances l’exigeaient.
« Si des cas nécessitent une censure, c’est une prérogative constitutionnelle de l’Assemblée nationale. Nous n’hésiterons pas à l’utiliser », a-t-il déclaré.
Élections locales : « Elles se tiendront à date »
Concernant l’éventualité d’un report des élections locales prévues en 2027, Ousmane Sonko s’est montré catégorique.
« Les élections ne peuvent pas être reportées », a-t-il déclaré.
Il a estimé qu’aucune raison valable ne justifierait un tel report.
« Elles se tiendront à date, quelles que soient les manœuvres qui seront entreprises », a-t-il insisté.
Selon lui, la loi encadre clairement l’organisation du scrutin et impose au président de prendre les actes nécessaires dans les délais.
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Dette sénégalaise : opposition à une « restructuration sauvage »
Sur la dette du Sénégal, Ousmane Sonko a reconnu une situation difficile, mais a affirmé qu’il ne défendait pas une position figée.
« Nous ne sommes pas dans des positions dans l’absolu figé. Nous examinons avec lucidité la situation », a-t-il expliqué.
Il a toutefois réaffirmé son opposition à une restructuration brutale.
« Une restructuration sauvage, nous n’en avons pas voulu », a-t-il déclaré.
Selon lui, lorsque qu’il était Premier ministre, le pays n’était pas en défaut de paiement et ses perspectives économiques restaient relativement bonnes.
« Nos indicateurs étaient relativement corrects. Nos perspectives de croissance également », a-t-il soutenu.
Il a prévenu que l’Assemblée nationale pourrait s’opposer à toute décision contraire aux intérêts du Sénégal.
« Si une solution devait être prise qui ne va pas dans le sens de l’intérêt du Sénégal, nous ne l’accepterons pas », a-t-il averti.
Annulation partielle de la dette : « Cette dette est pour partie odieuse »
Ousmane Sonko a également défendu l’idée de discuter d’une annulation partielle de la dette.
« Cette dette est effectivement pour partie odieuse », a-t-il affirmé.
Il a estimé qu’il fallait du courage politique pour poser cette question.
« Il faut du courage politique pour poser ce débat-là », a-t-il déclaré.
Selon lui, l’exécutif devrait prendre ses responsabilités pour discuter d’une annulation d’une partie de cette dette.
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Crise universitaire : « Il y a eu un usage disproportionné de la force »
Interrogé sur l’intervention des forces de l’ordre à l’Université Cheikh Anta Diop et la mort d’un étudiant, Ousmane Sonko a rejeté l’idée selon laquelle aucune responsabilité n’aurait été recherchée.
« Vous concluez vite. Il y a une enquête qui a été ouverte », a-t-il répondu.
Il a toutefois reconnu que les images de l’intervention montraient un usage excessif de la force.
« Je considère quand même qu’il y a eu un usage disproportionné », a-t-il déclaré.
Il a dénoncé les violences contre des étudiants désarmés.
« Quand on prend des jeunes désarmés au milieu de forces de l’ordre et qu’on les bastonne publiquement, c’est déjà disproportionné », a-t-il affirmé.
Homosexualité : « Il n’y a pas de chasse aux homosexuels »
Sur le durcissement des peines contre les relations homosexuelles, Ousmane Sonko a rejeté les accusations de chasse aux homosexuels au Sénégal.
« Il n’y a pas de chasse aux homosexuels », a-t-il affirmé.
Il a rappelé que la loi pénalisant l’homosexualité n’était pas nouvelle.
« Il y a une loi sénégalaise qui date de plus de 30 ans », a-t-il déclaré.
Selon lui, seules les peines ont été renforcées.
« Ce sont les peines qui ont été renforcées. La loi est là depuis l’époque du président Léopold Sédar Senghor », a-t-il expliqué.
Il a aussi affirmé que les arrestations évoquées étaient liées, selon lui, à d’autres faits, notamment la transmission volontaire du VIH.
Souveraineté législative : « Le Sénégal est un pays souverain »
Ousmane Sonko a défendu le droit du Sénégal à légiférer selon ses valeurs religieuses, culturelles et sociales.
« Le Sénégal est un pays souverain. Il n’a pas à se justifier des lois qu’il prend ni devant l’Occident ni devant personne », a-t-il déclaré.
Il a également critiqué ce qu’il perçoit comme une pression occidentale, notamment française, sur les choix législatifs sénégalais.
« Nous sommes dans un pays qui a ses croyances religieuses, ses convictions culturelles, qui est un pays souverain », a-t-il insisté.
Interrogé sur un éventuel recul, il a été catégorique.
« Revenir sur cette loi, pourquoi ? Parce que la France n’en veut pas ? », a-t-il lancé.
Il a même évoqué un possible renforcement du texte.
« S’il y a nécessité de la renforcer, on la renforcera, mais on n’y reviendra absolument pas », a-t-il affirmé.
Présidentielle de 2029 : « Il est très prématuré de parler des candidatures »
Sur une éventuelle candidature à la présidentielle de 2029, Ousmane Sonko a refusé de se prononcer clairement.
« Il est très prématuré de parler des candidatures », a-t-il déclaré.
Il a rappelé que le Pastef désignera son candidat au moment voulu.
« J’ai un parti politique qui investira le candidat qu’il souhaiterait investir. Nous n’en sommes pas encore là », a-t-il ajouté.
Concernant une éventuelle candidature de Bassirou Diomaye Faye, Sonko a évité toute spéculation.
« Je ne m’occupe pas de la candidature du président en exercice », a-t-il répondu.
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Football et France-Sénégal : « Je pense que le Sénégal va gagner »
En fin d’entretien, Ousmane Sonko a été interrogé sur le prochain match France-Sénégal qui doit avoir lieu ce mardi, rappelant la victoire sénégalaise contre la France lors du Mondial 2002.
En effet, son pronostic est clair:
« Je pense que le Sénégal va gagner », a-t-il déclaré.
Mais il a aussi donné une lecture politique et symbolique de cette confrontation.
« Quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique », a-t-il affirmé, en référence à la présence de nombreux joueurs d’origine africaine dans l’équipe de France.
Il a enfin appelé les Africains à mieux reconnaître leur propre valeur.
« Nous avons la ressource naturelle. Nous avons la ressource humaine, avec une population essentiellement jeune », a-t-il souligné.
Selon lui, cette réalité doit nourrir une réflexion plus large sur les rapports entre l’Afrique, la France et la question de l’immigration.
Source: https://www.aa.com.tr/fr
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