Où est passé J.D. Vance? Le silence du vice-président américain sur l’Iran pose question
Alors que le président américain Donald Trump et d’autres républicains ont ouvertement exprimé leur enthousiasme face aux attaques menées contre l’Iran, le vice-président J.D. Vance reste silencieux. Une attitude inhabituelle qui interroge à Washington. Une hypothèse se murmure en coulisses pour l’expliquer: une candidature à la présidentielle de 2028.
En 2023, alors qu’il était interrogé par le Wall Street Journal, J.D. Vance a fait une déclaration représentative de sa ligne de conduite. Selon lui, la “meilleure politique étrangère de Trump” serait le fait qu’il “ne déclenche pas de guerres”. Dans la même lignée, cet ex-marine, qui a servi en Irak, s’est prononcé à plusieurs reprises contre l’implication des États-Unis dans des conflits à travers la planète. À l’époque, il était à peine entré en politique et venait d’être élu sénateur dans l’Ohio.
Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Vance le non-interventionniste est ainsi devenu vice-président d’une Amérique qui, en quelques semaines seulement, a envahi le Venezuela et lancé une guerre en Iran. D’habitude très bavard sur les réseaux sociaux, l’ancien militaire est resté silencieux pendant près de 72 heures, à l’exception de quelques messages officiels du gouvernement.
Une attitude qui n’est pas passée inaperçue à Washington. Certains républicains se sont publiquement interrogés sur les raisons pour lesquelles le vice-président se faisait si discret. “Mais où est donc passé J.D. Vance?”, s’est exclamée l’ex-trumpiste Marjorie Taylor Greene dans l’émission de Megyn Kelly. Certains imaginent même une éventuelle rupture entre Vance et Trump.
Pas avec Trump le jour-J
Vance aurait initialement exprimé en interne ses inquiétudes quant aux conséquences possibles d’une attaque contre l’Iran. Lorsqu’il est apparu clairement que le gouvernement allait mener l’opération “Fureur épique”, il n’a opposé “que peu de résistance”, selon CNN. Il se serait plutôt concentré sur la mise en œuvre des souhaits de Trump plutôt que d’essayer de les modifier. Selon le New York Times, après avoir accepté que les attaques aient lieu, le vice-président aurait insisté pour agir “de manière ambitieuse et rapide”.
Le 26 février, deux jours avant le début du conflit, J.D. Vance déclarait au Washington Post: “L’idée que nous allons nous retrouver dans une guerre au Moyen-Orient pendant des années, sans fin en vue, il n’y a aucune chance que cela arrive”. Il répétera ces mêmes termes une fois la guerre commencée, lors d’une interview accordée à Fox News, dans laquelle il défend la décision de l’administration Trump.
Changement de comportement
J.D. Vance faisait ainsi preuve de sa loyauté envers le président. Le ton était toutefois inhabituel. Cette réaction témoigne d’un changement par rapport à ses positions antérieures, déclare au Telegraph Matthew Dallek, professeur de gestion politique à l’université George Washington.
Si Vance a promis une chose pendant la campagne présidentielle de 2024, c’est que les États-Unis n’entreraient pas en guerre, notamment avec un pays comme l’Iran. “Les États-Unis n’ont pas besoin de surveiller en permanence toutes les régions du monde”, avait-il par exemple déclaré dans le podcast du comédien Tim Dillon. “Je pense qu’il est dans notre intérêt de ne pas entrer en guerre avec l’Iran. Cela détournerait énormément de ressources et cela coûterait énormément d’argent à notre pays.”
Dans un podcast avec Shawn Ryan en septembre 2024, Vance a même déclaré qu’une guerre entre Israël et l’Iran était en fait “le scénario le plus probable et le plus dangereux” pour déclencher une troisième guerre mondiale. Une réticence qu’il justifiait notamment sur sa propre expérience lors de son engagement militaire en Irak. “C’était un élément central de son identité lorsqu’il est entré en politique”, explique Matthew Dallek.
J.D. Vance a toutefois fait des virages idéologiques à 180 degrés sa marque de fabrique. Alors qu’il se déclarait autrefois opposant à Donald Trump en le comparant à Hitler, l’ex-marine s’est finalement rangé derrière lui lorsqu’il s’est présenté aux élections sénatoriales en 2022. À l’époque, Trump avait même déclaré que J.D. Vance lui “léchait le cul” pour obtenir son appui, rappelle Le Monde.
“Il modifie ou développe son point de vue en fonction de la situation, mais suit dans tous les cas le leader”, explique au Telegraph Matthew Bartlett, stratège républicain et ancien fonctionnaire du département d’État sous Trump. “Le vice-président ne s’opposerait jamais publiquement au président, voire peut-être même en privé.”
Les élections présidentielles en vue?
Cette fidélité envers le locataire de la Maison-Blanche pourrait également avoir des conséquences politiques, J.D. Vance étant considéré par certains analystes comme un candidat républicain potentiel à la présidence en 2028. Il pourrait, selon les rumeurs qui courent à Washington, entrer en concurrence avec d’autres aspirants au poste, dont le secrétaire d’État Marco Rubio, même s’il garde une bonne longueur d’avance. Selon les sondages de février 2026, le vice-président remporterait largement la primaire républicaine avec 44 % des voix, contre 12 % pour Rubio.
Ces derniers jours, les obstacles à sa candidature se sont toutefois multipliés. D’après les médias américains, un groupe de républicains influents aurait récemment exprimé son soutien à Rubio. Si Vance se présente à la présidentielle de 2028, il devra également expliquer aux électeurs pourquoi les États-Unis ont lancé une guerre en Iran, ce qui pourrait s’avérer difficile compte tenu des enquêtes d’opinion. Selon un récent sondage de CNN, près de 60% des Américains désapprouvent l’intervention militaire américaine en Iran. Seul un quart de la population soutient les attaques menées contre Téhéran, ajoute un sondage de l’agence de presse Reuters.
“La guerre de Trump contre l’Iran montre que l’opinion du vice-président au sein du gouvernement perd de plus en plus d’importance”, selon The Atlantic. “S’il se présente à la présidence, il devra concilier la politique anti-interventionniste sur laquelle il a bâti sa carrière avec le conflit dont il défend aujourd’hui la poursuite”, conclut le 'Telegraph'.
Source: https://www.7sur7.be/