Réélection de Macky Sall : La démocratie sénégalaise sacrifiée sur l’autel des intérêts privés !

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De 57%, on est passé à 58,27% pour faire réélire le président Macky Sall, en sacrifiant ainsi la démocratie sénégalaise sur l’autel des intérêts privés.

Vous connaissez sans doute le proverbe français qui voudrait qu’« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Ce proverbe est en fait une citation du Cid de Corneille, qui reprend presque à l’identique la formule utilisée par Sénèque dans l’une de ses lettres à Lucilius sur la Providence : « il sait qu’on vainc sans gloire quand on vainc sans péril ». Quand on triomphe d’une personne ou d’une situation sans avoir rencontré de résistance ou de difficulté, la victoire est dénuée de mérite. Tel est le sens courant de la citation de Corneille devenue proverbe. Ce qui m’a marqué avant tout dans cette citation, et c’est pourquoi je l’ai choisi, c’est l’insistance de Sénèque sur l’honneur et la gloire de celui qui affronte avec courage les difficultés : « Plus son martyre sera grand, plus grande sera sa gloire », dit Sénèque un peu plus loin dans la lettre, en prenant l’exemple de Régulus, prisonnier de Carthage qui défendit l’intérêt de son pays malgré les supplices qu’il allait infliger.

Déclaré victorieux devant Idrissa Seck et Ousmane Sonko par la CNRV avec 58,27% des suffrages au premier tour du scrutin, le président Macky Sall devra se féliciter lui-même d’avoir réussi à organiser l’élection la plus controversée de l’histoire de la démocratie sénégalaise. Jusqu’ici perçu comme un modèle de démocratie en Afrique subsaharienne et une référence en matière d’élections, le juge Demba Kandji vient de faire basculer dangereusement son pays dans le lot des pays aux scrutins contestés, où le vote peut être détourné, avec toutes les conséquences politiques que cela pourrait engendrer. Sommes-nous encore dans le pays du juge Kéba Mbaye?

Pourtant, obtenir un second mandat au second tour ne devrait pas être si compliqué pour un président de la République après une première élection à 65% des suffrages il y a seulement sept ans. De quoi l’équipe de campagne du candidat Macky avait-il peur en acceptant d’aller au second tour en faisant publier les résultats issus des urnes en lieu et place des 57%, pardon 58,27%! Commandités par son Premier ministre Mohamed Ben Abdallah Dionne ?

Si jusqu’au 28 février 2019 chaque citoyen sénégalais pensait qu’avec une carte d’électeur il pouvait exercer sa souveraineté et choisir librement, et que son vote sera respecté et protégé, les résultats proclamés par le président de la Commission nationale de recensement des votes (CNRV) ont fini par convaincre l’opinion publique nationale et internationale que le suffrage est, désormais, passible d’être détourné en faveur du candidat de la majorité présidentielle. En effet, l’électeur sénégalais qui croyait à la puissance de sa carte d’électeur pour sanctionner la mauvaise gouvernance en provoquant l’alternance peut la jeter à la poubelle, s’il n’est pas tenté de la brûler comme le recommande Maitre Abdoulaye Wade, ancien chef d’État, non moins mentor politique de Macky Sall.

Sambou Sissoko

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