«Signe avant-coureur de la 3e guerre mondiale», disent les médias russes

Les quotidiens russes dressent un tableau sombre de l'escalade entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran. Ils évoquent un «acte d'agression militaire ciblé» et un possible «signe avant-coureur d'une troisième guerre mondiale».

2 Mar 2026 - 11:44
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«Signe avant-coureur de la 3e guerre mondiale», disent les médias russes
Les médias russes ont une opinion claire sur l'escalade au Proche-Orient. Keystone / Screenshot / Bildmontage blue News

Dans les principaux médias russes , l'escalade au Proche-Orient est interprétée comme un tournant historique.

Le journal «Rossijskaja Gaseta», proche du gouvernement, qualifie de «sournoises» les attaques d'Israël et des Etats-Unis contre l'Iran, allié de la Russie. L'espoir de Washington et de Tel-Aviv d'un changement rapide de régime ne s'est pas réalisé. Le président américain Donald Trump a certes déclaré qu'il avait déjà en vue de «bons candidats» pour diriger l'Iran et qu'il serait désormais «plus facile de négocier». Mais il n'y a aucun signe de changement de pouvoir.

Le journal «Moskowski Komsomolez» (MK) le formule de manière nettement plus tranchante. Il y est question d'une «attaque non provoquée» qui bafoue le droit international et discrédite encore davantage l'ONU. «Les Etats-Unis n'ont, ils le montrent une fois de plus, aucun respect pour le droit international», écrit le journal. Dans une interview, le philosophe Oleg Schevtschenko parle d'un changement d'époque. La guerre actuelle n'est «pas la fin de l'ordre mondial post-Yalta», mais «sans aucun doute l'achèvement de la phase initiale de son démantèlement, à la veille d'une grande et véritable guerre mondiale».

Shevchenko se montre particulièrement drastique lorsqu'il compare la situation à un enterrement. «Le couvercle du cercueil est fermé, tous les clous sont enfoncés, mais le mort n'a pas encore été admis dans la tombe», dit-il à propos de l'ordre mondial existant. Les fossoyeurs se concerteraient encore pour savoir «à quelle musique l'ordre défunt sera enterré».

Critique de Trump

Selon «Rossijskaja Gaseta», le ministère russe des Affaires étrangères qualifie l'opération des Etats-Unis et d'Israël d'«acte d'agression militaire ciblé et non provoqué et de trahison de la diplomatie». Moscou attribue à Washington et Tel-Aviv l'«entière responsabilité» des conséquences de la crise au Proche-Orient.

Le journal «Izvestia» décrit lui aussi le conflit comme étant bien plus qu'une «action ponctuelle». En l'espace de deux jours, ce qui était annoncé comme une «autodéfense préventive» s'est transformé en un conflit régional de grande ampleur. Les experts y doutent que des frappes aériennes puissent provoquer un changement de régime. «Il est impossible de renverser un gouvernement avec des bombardements. Cela ne fonctionne pas comme ça», explique l'expert du Moyen-Orient Alexander Kargin.

Le politologue américain Peter Kuznick est cité pour avoir déclaré que la «menace nucléaire» n'était qu'un prétexte. Il s'agirait d'une «guerre électorale souhaitée». Le principe «bombarder au lieu de parler» domine manifestement à la Maison Blanche.

L'ONU bloquée, le monde divisé

Les médias russes soulignent en outre le blocage au sein du Conseil de sécurité de l'ONU. Le secrétaire général António Guterres aurait certes appelé à une désescalade immédiate, mais aucun consensus n'aurait été trouvé. Alors que les Etats-Unis parlent de «mesures préventives», Téhéran qualifie les attaques d'illégales.

Dans le même temps, les commentateurs russes mettent en garde contre des conséquences économiques massives, notamment en lien avec un éventuel blocage du détroit d'Ormuz. Selon «Izvestia», cela déclencherait un choc énergétique mondial.

Le «Moskowski Komsomolez» dessine au final deux futurs possibles. Soit les grandes puissances parviennent tout de même à s'entendre sur des règles contraignantes, ce qui est moins probable. Soit on en arrive à une nouvelle escalade avec des conséquences dramatiques et «très sanglantes» et finalement à une troisième guerre mondiale.

L'espoir, dit-on, est que ce scénario reste de la matière pour un blockbuster dystopique - «et non pour le futur proche réel du monde».

Source: https://www.bluewin.ch/fr