Trump se retire et l’Europe fait face à un gigantesque trou dans sa défense: tergiverser devient dangereux
Donald Trump retire des troupes américaines et des missiles déployés en Allemagne, ce qui crée une brèche dangereuse dans la défense européenne. Des experts prévoyaient cette faille depuis des années, mais personne n’a pris les devants pour parer à cette éventualité. Les discussions n’en finissent pas, et un groupe de députés européens tire la sonnette d’alarme: continuer à temporiser est extrêmement dangereux, et le risque d’une guerre augmente.
Dans une lettre ouverte publiée samedi dernier, les parlementaires affirment qu’une action rapide est indispensable: l’Europe doit créer dès maintenant une union européenne de la défense. “Nos armées ressemblent à des bonsaïs: petites, coûteuses et fragiles. Ce qu’il nous faut, c’est un chêne robuste pour nous protéger de la tempête.”
Le moment choisi pour ce plaidoyer, qui traduit un débat déjà ancien au sein du Parlement européen, est particulièrement pertinent, alors que Donald Trump, après un an et demi d’insultes et de menaces, a pris une décision aux sérieuses conséquences pour la sécurité européenne. Le Pentagone a décidé le retrait de 5.000 soldats américains stationnés en Allemagne. Pire encore: un accord prévoyant le déploiement à court terme de missiles américains sur le sol allemand a été annulé.
Une dissuasion affaiblie
Dans un premier temps, les Allemands ont réagi froidement à la nouvelle, mais il apparaît désormais clairement qu’un grave problème se profile. Car sans ces missiles, une brèche se crée dans la “capacité de dissuasion” vis-à-vis de la Russie. L’Europe dispose, en résumé, de bien trop peu de missiles à longue portée capables d’effrayer Moscou.
Les missiles américains devaient servir de solution temporaire, en attendant que l’Europe puisse produire elle-même des armes à longue portée grâce au programme Elsa. Celui-ci visait une production européenne d’ici 2030, mais après presque deux ans, il n’a encore rien donné de tangible, constatent les analystes.
“Maintenant que les États-Unis ont décidé d’appuyer sur l’accélérateur, nous sommes pris de court par quelque chose que les experts voyaient venir à des kilomètres”, déplore le député européen néerlandais Reinier van Lanschot (Volt Europa), initiateur de la lettre ouverte. “Depuis un an et demi, ce scénario plane au-dessus de nos têtes, et il n’existe toujours pas de réponse européenne.”
Union européenne de la défense
Les députés européens signataires de ce texte réclament une “Union européenne de la défense”, qui resterait intégrée à l’OTAN, mais serait également capable d’agir de manière indépendante vis-à-vis des États-Unis. Ils plaident pour des achats communs, une structure de commandement intégrée et une force propre capable de réagir rapidement en cas d’urgence.
Les premières propositions concrètes — par exemple sur les achats groupés — sont sur la table depuis longtemps, à Bruxelles. Ces lois auraient dû être finalisées dès 2025, écrivent les parlementaires, mais ce n’est toujours pas le cas. “Pendant ce temps, Poutine a encore renforcé six unités de combat.”
“La Commission européenne et le Parlement sont prêts, mais les États membres trébuchent dès les premières étapes”, insiste le député néerlandais. “Les responsables politiques expriment souvent leur volonté de changer les choses, mais restent enchaînés à d’anciens intérêts nationaux.”
Selon les auteurs de la lettre ouverte, cela conduit à des discussions interminables sur des détails, comme la durée exacte des procédures d’autorisation, alors qu’en Russie, la production d’armes tourne à plein régime. Les grands États membres comme l’Allemagne, la France et l’Italie protègent les intérêts de leurs industries nationales respectives, au détriment de la coordination européenne.
100 milliards d’économies
“La France, par exemple, dit toujours vouloir acheter européen, mais cela signifie en fait acheter français. Même les caleçons des militaires français doivent être fabriqués sur le sol national. Si l’on gérait ce genre de choses à l’échelle européenne, cela pourrait faire économiser 100 milliards d’euros par an.”
Plus tôt cette année, des chercheurs de l’Institut de Kiel en Allemagne avertissaient déjà que l’Europe risque de jeter de l’argent par les fenêtres si elle persiste dans cette voie. “Les achats individuels ne fonctionnent pas en temps de crise. Il faut garantir aux entreprises qu’elles peuvent réellement investir dans l’augmentation de leur capacité de production. Cela doit se faire ensemble.”
Les plans sur la table à Bruxelles sont ambitieux. En unissant leurs efforts, les États européens devraient dégager pas moins de 800 milliards d’euros pour la défense du continent. Dès l’année prochaine, 40 % de tous les achats d’armement devront être effectués conjointement. Dans des domaines comme les drones, les États membres devront se concerter pour faire de grands pas en avant.
Au Conseil européen, la volonté d’avancer est bien présente, assure un initié, mais la défense demeure un dossier sensible. Les pays ne renoncent pas facilement à leur souveraineté.
Pour l’instant, cela signifie surtout que ces plans restent théoriques — comme l’initiative de produire des missiles européens — et que les usines d’armement ne tournent pas encore à plein régime.
Selon les parlementaires, le temps presse. Des représentants européens du parti du chancelier allemand Merz et du président français Macron ont d’ailleurs également signé la lettre.
Si nous nous unissons maintenant, nous réduisons la probabilité d’une guerre. Si nous ne le faisons pas, nous l’augmenterons
Les responsables politiques se sentent par ailleurs soutenus par les sondages, qui montrent qu’une majorité des citoyens de l’UE souhaite la mise en place d’une armée européenne.
La probabilité qu’une telle armée voie le jour reste toutefois faible. La plupart des gouvernements nationaux veulent éviter un scénario où un autre pays pourrait décider de l’engagement de leurs “enfants de la patrie”.
Même parmi les signataires de la lettre, aucun accord n’existe d’ailleurs sur ce point. Mais pour Van Lanschot, il est évident que des mesures doivent être prises, surtout maintenant que les Américains mettent leurs menaces à exécution. “Si nous nous unissons maintenant, nous diminuerons la probabilité d’une guerre. Si nous ne le faisons pas, nous l’augmenterons.”
Source: https://www.7sur7.be/