Maître Fatoumata Dembélé Dourthé : «Notre société même est faite d’une sorte d’inégalité entre les hommes et les femmes»

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Maître Fatoumata Dourthé est membre de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) et présidente du groupe de travail droit catégoriel qui s’occupe des droits des enfants, des femmes et de la personne en situation de handicap, les personnes vivant avec le VIH-Sida. Elle aborde dans cette interview la problématique de la violence faite aux femmes et les mesures pour y remédier.

Le Wagadu : Qu’est-ce que la CNDH entreprend comme activité dans la lutte contre les violences faites aux femmes ?

Me Fatoumata Dembélé Dourthé : Les femmes occupent une bonne place dans le mandat et la mission de la Commission nationale des droits de l’homme. Nous avons trois sous-commissions au sein de notre structure, à savoir la commission de promotion des droits de l’homme, la protection des droits de l’homme et la commission de la prévention des tortures.

Nous recevons plusieurs plaintes des femmes au niveau de la sous-commission de la protection. La violence basée sur le genre est une activité transversale de la CNDH puisqu’elle concerne les trois autres commissions. Nous apportons aux femmes une assistance judiciaire, des conseils juridiques. Cela passe par la mise à disposition d’avocats.

Nous menons des activités de sensibilisation, de formation sur la violence basée sur le genre et des plaidoyers en direction des autorités pour l’adoption d’une loi pour réprimer les violences basées sur le genre. Nous avons même initié des formations à l’intention des acteurs gouvernementaux, les représentants des organisations de la société civile jusqu’au niveau local pour essayer de voir quels sont les types de violence.

Selon vous, qu’est-ce qui pousse les hommes à violenter les femmes? Y a-t-il des sanctions prévues en la matière ?

Notre société même est faite d’une sorte d’inégalité entre les hommes et les femmes. Car c’est l’homme qui a le pouvoir, la force et qui domine du côté coutume. C’est l’une des raisons qui pousse les hommes à commettre cette infraction. La suprématie pousse les hommes à l’abus. La femme doit, dans la tradition, obéissance à son mari. Son non-respect est source de beaucoup de violence que les femmes subissent dans leur belle-famille. À cela, s’ajoutent le harcèlement, la brimade sur les lieux de travail.

Du point de vue juridique, il y a des textes de discrimination qui font subir des violences aux femmes. Il y a des sanctions prévues pour certaines formes de violences par exemple, les coups et blessures volontaires qui sont réprimés par le code pénal et qui concernent tout le monde.

Sur le plan international, le Mali a signé beaucoup de textes et a pris beaucoup d’engagements pour lutter contre les violences faites aux femmes. Il y a la déclaration des Nations Unies sur l’élimination de toute forme de violence à l’égard des femmes, qui définit la violence comme tout acte perpétré sur le sexe féminin qui cause des préjudices au niveau physique, moral et économique, dont le Mali a adopté cette définition à travers les instruments internationaux.

Beaucoup de violences faites aux femmes échappent aux sanctions du code pénal. Il y a des violences comme la pédophilie qui sont réprimées par le traité de Rome. Les textes maliens sont très insuffisants pour punir certaines violences. Il y a aussi certains de ces textes qui renferment des discriminations à l’égard des femmes.

Quelle est différence entre la violence faite aux femmes et la violence basée sur le genre ?    

La violence faite aux femmes et la violence basée sur le genre ne sont pas forcément la même chose. La violence faite aux femmes entre dans la catégorie de violences basées sur le genre. Un homme aussi peut être victime de la violence basée sur le genre, une personne handicapée, de sexe masculin, une personne vivant avec le VIH-Sida, peuvent subir de la violence basée sur le genre. Alors que celles faites aux femmes ne concernent uniquement que les femmes.

Il y a certaines violences que la CNDH combat notamment au niveau de la sous-commission de la prévention de la torture. Il s’agit de l’excision. La CNDH veut promouvoir le genre et faire en sorte que le principe de légalité dans la constitution soit une réalité.

Justement, que faut-il faire pour mettre fin à aux violences ?

Pour mettre fin à la violence, il faut d’abord communiquer, mener une éducation ou une campagne de sensibilisation, faire des plaidoyers auprès de la population à tous les niveaux. Il faut expliquer que la violence n’est pas normale et qu’elle a des conséquences non seulement pour les femmes, les enfants et aussi les communautés.

Il faut à ce niveau signaler que les hommes ne sont les seuls auteurs de violence. Je rappelle qu’il y a certaines femmes qui sont auteures de violences à l’égard des autres femmes, notamment entre coépouses, entre jeunes, etc. Depuis quelques années, nous assistons à des violences extrêmes. C’est-à-dire l’assassinat des femmes par leur mari. Il faut que les textes soient appliqués pour que les auteurs soient arrêtés, jugés et condamnés.

Avez-vous eu des cas de femmes victimes de violence dans votre structure ? Est-ce qu’elles ont été satisfaites ?

Au niveau de mon groupe, il y a énormément de femmes qui viennent se plaindre pour des questions conjugales, à savoir des violences liées à l’habitude du mari, du côté de la belle-famille, des questions d’héritage où la femme est privée de l’héritage de son mari, ou les femmes qui sont chassées de la maison avec leurs enfants après le décès du père.

Je suis confrontée aussi à des cas où les femmes sont victimes de harcèlement sexuel. Mais nous donnons des conseils à ces femmes et les orientons dans d’autres structures qui font la prise en charge par des avocats. Je dois tout de même indiquer que les fonds ne sont pas toujours disponibles pour prendre tous les dossiers de femmes victimes de violences.

Un message à l’endroit des femmes victimes de violence ?    

    Je lance un appel à toutes les femmes de venir à l’information. Quand une femme est victime d’une violence, à un certain niveau, il ne faut pas qu’elle accepte la violence. Car le fait d’accepter la violence conduit à des situations irrémédiables. Je conseille les parents aussi à écouter leurs enfants victimes de violence afin de trouver une solution. Il faut faire  sortir la femme de la violence. Si c’est un mariage, il faut immédiatement mettre fin à l’union. Sinon elle va perdre la vie ou elle va devenir folle. La CNDH est ouverte à tout le monde. C’est une autorité administrative indépendante.

 Fatim B. Tounkara

Le Wagadu

 

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