Trois mois après la capitulation du régime, matérialisée par la signature d’un scandaleux accord à Alger, la question de la gestion solitaire et monarchique de l’accord demeure. Entre impératifs militaires et politiques ou volonté délibérée de sacrifier aux desiderata d’une bande d’insurgés irrédentistes pour des raisons plus personnelles que relevant de l’intérêt supérieur de la nation, le pouvoir a tout mis en œuvre pour se soustraire du jugement du peuple malien. En vain.
L’Accord d’Alger continue de susciter la controverse autant par son contenu qu’on ne dénoncera jamais assez, tant il hypothèque la cohésion nationale, que par les circonstances dans lesquelles il a été signé. Pour ce qui est du contenu, en faisant l’économie de tout commentaire, l’on retiendra simplement qu’il livre l’Etat souverain du Mali «poings et pieds liés » à des insurgés sans foi ni loi dont les désirs sont devenus des ordres du fait de généraux plus préoccupés à jouer les pompiers qu’à préserver l’avenir. Parce que de ce qui sort des différents commentaires et vaines tentatives d’explications de l’Accord du 4 juillet, ce qui importe, c’est d’éviter la « guerre » à tout prix à payer, même s’il faut renoncer à une partie de notre souveraineté nationale.
Ceci expliquant certainement cela, c’est incognito et dans la fébrilité que l’accord a été signé en terre algérienne loin des regards indiscrets. Tout a été mis en œuvre de ce fait par le pouvoir pour que personne au Mali ne prenne connaissance de quelque article que ce soit se rapportant à l’accord avant sa signature. Il a fallu que les rebelles, certainement plus portés sur la communication, en publient le contenu sur leur site Internet pour que le pot aux roses éclate. L’on attendait du reste amande honorable de la part de ceux qui ont tenté de tourner en dérision cette version «paraphée » publiée par la presse nationale, la version «signée » par la suite ayant été la même que celle publiée sur le site rebelle. Mais la presse se privera volontiers d’une telle excuse qui n’est rien comparativement à celle qui doit être présentée à la nation malienne pour raison de trahison.
Dans la conduite des négociations, on n’a vu aucun acte traduisant l’implication de l’ensemble des membres du Gouvernement. Ce dont on peut en effet témoigner, c’est que c’est le ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales, le général Kafougouna KONE, chargé du dossier, qui s’est rendu en Algérie pour signer l’accord et rendre compte à son mandataire, à savoir le chef de l’Etat Amadou Toumani TOURE. Le Premier ministre, chef du gouvernement, n’est apparu à aucune étape du processus ayant conduit à la signature de l’accord. Idem pour les ministres de la Défense et de la Sécuritaire intérieure dont le dossier est prioritairement du ressort puisqu’il s’agit de désertion d’éléments de l’armée et de trouble à la sécurité intérieure. C’est seulement après que le scandale a éclaté et, comme de mauvais cœur, que les autres membres du Gouvernement seront informés à posteriori du contenu de l’accord. Certainement parce que leur concours s’avérerait précieux dans la campagne de désinformation qui allait suivre.
L’Assemblée nationale, là où siègent les élus du peuple, a été à son tour superbement ignorée. Là également, c’est après la signature de l’accord que le négociateur en chef sera entendu à huis-clos avant de répondre à l’interpellation de l’honorable Boubacar TOURE. Dans sa logique de rétention et de dissimulation de l’information, le pouvoir n’a même pas daigné inscrire la question de l’accord à l’ordre du jour d’une réunion avec les partis politiques, principaux animateurs pourtant du jeu démocratique. Le ministre Kafougouna a simplement profité d’une rencontre autour de la loi électorale pour les « informer ». Il ne s’agissait donc pas pour les partis politiques de poser des questions encore moins de débattre de la question. Ce qu’ils ont bien compris ce jour. Le sort la société civile n’a pas non plus été différent en terme d’implication en amont dans la gestion de la crise du Nord, à commencer par le Collectif des ressortissants du Nord dont le président (le Dr Almouzar MAIGA) est sorti de sa réserve pour fustiger sa mise à l’écart sur ce dossier.
S’il y a quelqu’un que l’on a bien pris soin d’écarter dans cette affaire du Nord, c’est bien la presse nationale, rencontrée comme pour se dédouaner d’une faute après coup à la Maison de la presse. Mais même si les autorités n’en ont cure, cela est très frustrant pour les Maliens d’apprendre toujours par une chaîne étrangère une information se rapportant à leur propre pays. Aussi, tout porte-t-il à croire que nous sommes dans un système de censure où l’information est triée et distillée avec parcimonie quand cela arrive. Toutes choses qui mettent à nu le vrai visage d’une démocratie où l’omerta a toujours pignon sur rue. Or la lutte contre le régime UDPM visait à bannir toute gestion unilatérale, clanique ou monarchique des affaires publiques dont dépendent le sort du plus grand nombre et l’avenir du pays lui-même.
Par Bertin DAKOUO