LES ACCORDS D’ALGER : Les Maliens désapprouvent

Très peu nombreux sont les Maliens qui approuvent les accords d’Alger qui engagent le gouvernement et les insurgés de Kidal dans un Pacte national bis ne disant pas son nom. En effet, trouvant que le temps des déchirements internes est révolu au Mali, certains estiment ...

12 Juillet 2006 - 11:42
12 Juillet 2006 - 11:42
 0
Très peu nombreux sont les Maliens qui approuvent les accords d’Alger qui engagent le gouvernement et les insurgés de Kidal dans un Pacte national bis ne disant pas son nom. En effet, trouvant que le temps des déchirements internes est révolu au Mali, certains estiment que lesdits accords sont un «mal nécessaire » pour éviter la guerre «inutile » et se consacrer aux efforts de développement du pays tout entier. Aussi, souhaitent-ils le respect strict de ces accords pour en finir «une fois pour toutes » avec ces rébellions à répétition au Nord du Mali. En revanche, l’écrasante majorité est d’un avis contraire. Car, selon elle, le Pacte national suffit à lui seul à embrasser tous les volets de développement des régions du Nord dont Kidal en particulier.
C’est la raison pour laquelle, les accords ne sont pas bien accueillis dans ce milieu jugé «très patriotique » qui assimile leur signature, le 4 juillet dernier, à une capitulation du gouvernement face à une poignée de déserteurs dont la forfaiture méritait plutôt de passer devant la cour martiale pour une sanction exemplaire. Le Mali étant un et indivisible au propre comme au figuré. En signant ces accords sans être sûr que les insurgés tiendront parole comme cela est attesté par les violations répétées du Pacte national, le gouvernement malien court le risque de créer un précédent dangereux qui donne la primauté à l’argument de la force au détriment de la force de l’argument. Une façon de dire que les armes sont les moyens les plus efficaces pour se faire entendre dans le Mali démocratique où la liberté d’expression est une réalité, de même que la décentralisation n’est point un vain mot dans le concert des collectivités locales.
Ce qui a le plus fait mal aux Maliens, c’est le rôle de «simples figurants » qu’on leur a fait jouer par la manière cavalière par laquelle les négociations ont été menées en catimini entre le général Kafougouna KONE et le sieur Ag BIBI qui n’est autre que le propre chauffeur de Iyad Ag GHALI. «C’est une haute trahison », clament ceux qui sont à cheval sur la loi fondamentale de la république qu’est la constitution de notre pays. «Ça n’engage que ceux qui l’ont signé », rectifient-ils avec dépit. La seule explication aux yeux des pourfendeurs desdits accords, c’est que le président ATT veut sauver son mandat «dans la paix et la sécurité » au Nord du pays. A-t-il fait le bon choix ? L’avenir le dira sans doute. Mais en attendant, nous vous proposons la réaction des gens qui ont bien voulu donner leur opinion sur la signature de ces accords.             
 
Douga KOITA, étudiant à la FSJE
Le gouvernement a capitulé
 
L’accord que le gouvernement vient de signer avec les rebelles est une grande déception. C’est un manque d’autorité inimaginable de la part des autorités. Le peuple du Mali attend encore du gouvernement le contenu réel des ce accord. Et pendant ce temps, je ne sais pas pourquoi l’on a choisi Alger pour signer ce document. L’Algérie n’a-t-elle pas à préserver un intérêt quelconque dans cette affaire ? Voilà la question centrale qui interpelle aujourd’hui tous les observateurs. Car je ne comprends pas toute la pression qu’elle a exercée sur les autorités maliennes dans ce dossier. On peut imagine que le principal négociateur malien a dû céder à des pressions dont on ignore encore les origines, afin que ces accords soient signés à l’étranger. Avec un tel accord, je pense que le gouvernement vient de signer une capitulation grave de conséquence pour la nation malienne.
 
Adama TOURE, ancien cheminot : Je souhaite un respect strict du contenu de l’accord
 
Je salue l’esprit de dialogue qui a prévalu entre les parties. Je pense que prendre les armes ne sert à rien dans le contexte actuel de notre pays où les populations ont d’autres préoccupations plus essentielles pour leur survie. Et cette solution pacifique, à mon avis, est la bienvenue. A ce propos, je souhaite tout simplement que l’entente soit définitive et que ce genre d’évènements ne se reproduisent plus jamais.
 
Dramane KONATE, conseiller pédagogique au CAP de Sébénikoro : Le Mali est indivisible !
 
Nous avons tout d’abord été surpris de cette attitude des rebelles de la communauté touarègue. Car avec le processus de la décentralisation, tous les Maliens ont été mis à l’aise par rapport à leurs droits et devoirs. Par conséquent, on ne pouvait imaginer une telle méthode de revendication de la part d’un groupe social dans notre pays. Ce serait une utopie de penser que l’on peut accepter de céder un centime de ce territoire à qui que se soit, même au bout du canon. Nous ne pouvons pas comprendre qu’une partie du territoire soit privilégiée au détriment du reste. Toutes choses que les signataires de cet accord viennent de nous confirmer à Alger.
 
Abdoulaye DIABATE, gérant : C’est une haute trahison
 
Les accords ont été une déception pour le gouvernement et l’ensemble du peuple malien. Ces accords ont une fois de plus démontré l’échec du pouvoir en place face à la résolution de cette crise du Nord. Je ne vois pas comment le pouvoir en place peut échouer là où les pouvoirs successifs de la république du Mali ont pu réussir. Après tous les efforts consentis au nord par ce gouvernement, on est déconcerté par ce qui y est arrivé. Car il ne faut pas se voiler la face : le pouvoir ATT a consacré la presque totalité de ses efforts, depuis son arrivé à la tête de l’Etat, au Nord. Si la récompense de ses bienfaits devait passer par la prise des armes, je ne peux qu’être déçu. L’autre point que je conteste, c’est celui du lieu de la signature de ces accords, à savoir la capitale algérienne. Et pourquoi ce flou ? Parce qu’à mon avis, il s’agit tout simplement d’une volonté des autorités de masquer la vérité. La bonne pratique dans la gestion de cette affaire voulait que les protagonistes viennent expliquer aux Maliens ce qu’ils veulent. Une façon pour le peuple malien de s’imprégner de la réalité des choses. Il s’agit d’une haute trahison à l’égard du peuple malien.
 
Dasseyni BARRY, retraité : Les Maliens sont des figurants
 
Je ne dispose pas beaucoup d’informations sur le contenu de l’accord, mais selon la thèse du journal «Sanfin », je ne suis pas d’accord avec les points de revendications des rebelles qui demandent une autonomie de fait pour leur région. A mon avis, toutes les zones de ce pays doivent être traitées de la même façon pour éviter la division entre les fils du pays. En fait, je pense qu’on est en train de traiter tous les Maliens comme des simples figurants à leur propre destin. Je ne suis pas d’accord que ces accords aient force de loi dans notre pays dans la mesure où ils mettent en cause notre souveraineté nationale. La suite des évènements nous en dira davantage.
 
Seydou GUINDO, prof à l’Ensup : L’effort local avant tout  
 
La région de Kidal étant une zone spécifiquement aride, je pense qu’il n’est pas interdit d’accorder des faveurs à la localité dans le cadre de la solidarité nationale. Dans ce sens, ces accords ne sont pas mauvais en soi. Par ailleurs, s’il s’agit d’une forme d’exploitation d’une partie du pays au profit d’une autre. En ce sens, l’accord n’a pas sa raison d’être. Je pense qu’il nécessite de comprendre le contexte de cette rébellion pour pouvoir mieux l’apprécier. En fait, cette communauté qui est à l’origine agro-pastorale, à l’image de tout le territoire national, est en proie à une véritable mutation climatique. Toutes choses qui nécessitent impérativement un changement de comportement de la part de ce peuple pour s’adapter aux réalités nouvelles. Et ils doivent désormais savoir que les individus sont avant tout les premiers acteurs du développement de leur localité et l’aide n’est qu’un appui à l’effort local.
 
Amadou DEMBELE, retraité : Tout le monde peut prendre des armes
 
La signature de ces accords stipule que désormais tout le monde peut prendre les armes pour se faire entendre dans ce pays, puisque le gouvernement semble approuver cela sans l’affirmer. Nous retraités sommes en train de courir depuis plusieurs années pour nos indemnités sans succès, mais quelques mois seulement ont suffit aux rebelles pour se faire entendre sur la situation de leur localité par la signature des accords d’Alger. Mais en tant que démocrate, je conteste cette façon de faire et demande au gouvernement de savoir preuve de retenue dans ce genre de situation pour éviter de plonger le pays dans toutes sortes d’aventures. Le Général Kafoukouna que je connais pour sa rigueur et son honnêteté a-t-il mesuré ici toutes les conséquences de cet acte ?
 
Sidi Mohamed HAIDARA : La solution punitive était plus adaptée
 
Je n’ai pas le choix, sinon j’allais refuser de signer ces accords dans la mesure où ils sont susceptibles de générer une crise sociale encore plus profonde pour notre pays. En acceptant de signer ces accords, le gouvernement du Mali laisse entendre qu’une autre région du Mali ou des couches socio professionnelles, se sentant mal à l’aise, peuvent faire autant de bruits avec les armes pour obtenir des arrangements. Dans ce pays, il existe plusieurs problèmes non résolus. A titre d’exemple, le chômage des jeunes, le dossier des partants volontaires, des retraités, etc. Je pense que l’exercice auquel le gouvernement malien vient de s’engager avec les mutins rebelles est très lourd de conséquences pour notre pays. S’il s’agit de faire la paix, dans le pays, je pense que la solution punitive était la mieux indiquée pour ces insurgés pour la bonne raison qu’un groupe d’hommes ne peut pas en imposer à une armée.
 
Mamadou DIALLO, juriste : Le pacte national était suffisant
 
Sur cette histoire d’accord entre le gouvernement et les rebelles (je ne dis pas des Maliens mais des rebelles) est une trahison du peuple malien dans la mesure où il y a déjà un pacte national. Je pense que toutes les revendications devaient avoir leur résolution dans ce premier pacte. Je ne suis pas d’avis avec ceux qui pensent qu’il faut faire la paix à tout prix. Et je pense en plus que la réintégration de ces insurgés est une grosse erreur commise par le président Amadou Toumani TOURE et tous ceux qui ont collaboré avec lui dans la signature de cet accord. Cette signature apparaît, à mes yeux, comme une absurdité de la part des autorités maliennes qui s’y sont engagées.
 
Harouna DIABY, administrateur : Ça n’engage que ceux qui ont signé !
 
Il m’est difficile de me prononcer sur le protocole signé ni sur l’intervention du ministre de l’administration territoriale dans la mesure où je ne connais pas à fond son contenu. En fait, moi, je conteste tout simplement la façon de faire par nos autorités. Car, je comprends difficilement comment, dans un pays démocratique comme le Mali, l’on peut aussi passer sous silence ces accords jusqu’à commettre des bêtises de ce genre. Ni le peuple malien, ni l’Assemblée nationale ne sont informés de ce qui s’est passé à Alger entre le gouvernement et les rebelles. Puisque les plus hautes autorités en ont décidé ainsi, c’est-à-dire mettre à l’écart le peuple malien, nous ne pouvons imaginer autrement que l’accord n’engage que ceux qui l’on signé. Cependant, je suis resté inquiet sur un point : c’est le fait qu’une petite minorité de personnes est parvenue à dicter sa volonté à tout un peuple au nom de la paix et de la démocratie.
 
Moussa TANGARA, architecte : Le temps des déchirements est révolu
 
Si le gouvernement a opté pour la solution de la négociation pour résoudre cette crise, eh bien, je le félicite dans cette voie. En fait, je pense que le gouvernement a raison dans la mesure où les Maliens ont, aujourd’hui, d’autres préoccupations que de se faire la guerre. Il faut admettre avec le président que sans paix, il n’y a pas de développement. Je pense que nous ne devons plus se laisser manipuler par les politiciens. Le Mali nous appartient et c’est à nous de le développer. C’est la raison pour laquelle, je pense que le temps des déchirements internes doit être révolu une fois pour toutes. Mais, je tiens ces propos en ayant l’espoir que cet accord marquera définitivement la fin des révoltes pour la communauté touarègue du Nord. Pour ce qui concerne la prise en charge des dépenses inhérentes à ces accords, je pense que les autorités maliennes sont suffisamment responsables pour mesurer les conséquences conformément aux capacités de l’Etat malien de les supporter.
 
Kassa KEITA, enseignant : ATT veut sauver son mandat
 
Je pense que ni le ministre, le général Kafoukouna KONE, ni le président de la république, le général Amadou Toumani TOURE, n’ont été convaincus de la justesse de l’acte qu’ils viennent de poser à Alger. Leur manière d’intervenir à la télé le prouvait éloquemment. Aucun Malien n’est content de cette façon de gérer cette crise. Les Maliens ne sont pas aussi dupes pour ne pas pouvoir lire entre les lignes en ce qui concerne ce problème spécifique. La première façon de se convaincre de cela, c’est que l’affaire est restée secrète entre une minorité de responsables de premier plan. Il est insupportable que des déserteurs soient continuellement intégrés dans l’armée sans aucune sanction. De cette même manière, il est inacceptable d’imposer aux autres Maliens d’alimenter un fonds spécifique de développement pour une seule région pendant qu’ils souffrent de pauvreté et de chômage. La vérité que l’on peut tirer de ces accords, c’est la «capitulation » du gouvernement malien et une façon pour le président Amadou Toumani TOURE de sauver son second mandat à la magistrature suprême du pays. Et je pense que c’est une honte pour le Mali et tout son peuple entier lorsque l’on doit gérer le pays dans le seul but de sauver ses propres intérêts. 
Par Sidi DAO Mohamed DIAWARA et Oumar TRAORE (stagiaire)