Avril meurtrier : La presse malienne perd trois figures majeures en sept jours De Yacouba Doumbia à Mahamane Hameye Cissé, en passant par Diaby Makoro Camara, une génération s’éteint
La presse malienne traverse l’un des moments les plus sombres de son histoire récente. En l’espace d’une semaine, trois figures emblématiques du paysage médiatique national ont tiré leur révérence, plongeant toute une corporation dans le deuil et l’émotion
Du 3 au 9 avril, les décès successifs de Yacouba Doumbia, de Diaby Makoro Camara et de Mahamane Hameye Cissé ont laissé un vide immense dans un secteur déjà fragilisé.
Yacouba Doumbia, une mémoire de l’audiovisuel public
Premier à disparaître, Yacouba Doumbia s’est éteint le 3 avril 2026 à l’âge de 70 ans. Journaliste chevronné à la retraite, il a marqué de son empreinte l’audiovisuel public malien, notamment en tant qu’ancien Directeur de la Télévision nationale de l’ORTM et Directeur de la Communication du CSLP.
Homme de rigueur et de professionnalisme, il aura contribué, durant plusieurs décennies, au rayonnement de la télévision publique. Sa disparition a suscité une vive émotion au sein de l’ORTM et parmi les anciens professionnels des médias, qui ont salué la mémoire d’un serviteur engagé de l’information.
Diaby Makoro Camara, une pionnière engagée
Trois jours plus tard, le 6 avril, la presse malienne perdait Diaby Makoro Camara, Directrice de publication du journal Kabako. Figure incontournable du secteur, elle laisse derrière elle un héritage riche et diversifié.
Promotrice de Mousso TV et de Radio Oxygène, fondatrice du journal Wassa et de l’imprimerie HIPPO, elle s’était imposée comme une actrice majeure de l’entrepreneuriat médiatique au Mali. Militante pour la promotion des femmes dans les médias, elle a également occupé des fonctions importantes au sein d’organisations professionnelles, tant au niveau national qu’international.
Sa disparition a provoqué une onde de choc dans la corporation, qui salue une « femme battante » et une voix engagée pour un journalisme inclusif et responsable.
Mahamane Hameye Cissé, le pionnier de la presse privée
Le 9 avril, la série noire s’est poursuivie avec le décès de Mahamane Hameye Cissé, figure emblématique de la presse privée malienne et fondateur du journal satirique Le Scorpion.
Considéré comme un véritable bâtisseur, il a joué un rôle déterminant dans l’essor du journalisme indépendant au Mali depuis les années 1990. Son style incisif, son engagement pour la liberté d’expression et sa quête permanente de vérité ont profondément marqué plusieurs générations de journalistes.
Au-delà de son œuvre éditoriale, il était également un mentor respecté, formant et inspirant de nombreux professionnels des médias. Jusqu’à ses derniers jours, il restait engagé dans la vie du secteur, notamment en tant que président du comité scientifique du Forum panafricain des médias prévu à Bamako.
Les hommages n’ont pas tardé à affluer, saluant unanimement un homme de conviction, un intellectuel rigoureux et un artisan majeur de la liberté de la presse.
Une perte immense pour toute une génération
Ces disparitions successives constituent un coup dur pour la presse malienne, qui perd en quelques jours trois de ses piliers. Trois parcours différents, mais un même engagement : servir l’information, défendre l’éthique journalistique et faire progresser la profession.
Dans un contexte déjà marqué par de nombreux défis, ce mois d’avril 2026 restera gravé comme une période de deuil pour les médias maliens. Mais aussi comme un moment de recueillement et de reconnaissance envers celles et ceux qui ont consacré leur vie à informer.
Un héritage à préserver
Au-delà de la douleur, la disparition de ces figures emblématiques interpelle la nouvelle génération sur la nécessité de préserver leur héritage. Rigueur, engagement, courage et sens du devoir : autant de valeurs léguées à une presse malienne appelée à poursuivre leur combat.
En ces jours sombres, une certitude demeure : leurs noms resteront inscrits dans l’histoire du journalisme malien. Et leur mémoire continuera d’inspirer celles et ceux qui font vivre, chaque jour, la liberté d’informer.
Sékou TAMBOURA